La Journée mondiale des droits de la femme, fêtée le 8 mars de chaque année, constitue cette année une opportunité pour rappeler les inégalités et les injustices que continue de subir la gente féminine en Algérie.

Une réalité qu’a rappelée, hier, Nadia Aït Zaï, militante des droits de la femme, avocate et présidente du Centre d’information et de documentation sur les droits de l’enfant et de la femme, invitée du forum du quotidien El Moudjahid.
Abordant d’emblée la participation de la femme dans la vie politique et économique du pays, qu’elle a jugée «très limitée», la conférencière a indiqué que «la politique des quotas n’a pas réglé le problème de l’intégration des femmes dans la sphère politique» contrairement à ce que peuvent
suggérer les apparences et certains chiffres.
Pour Me Aït Zaï, «le programme du président de la République a marginalisé la gente féminine. Nous ne trouvons pas beaucoup de choses concernant la femme. Nous ne sommes pas dans un cadre égalitaire. Il n’est pas question de dire que c’est un programme pour tout le monde». La conférencière a motivé son propos par le nombre des femmes ministres dans le gouvernement de Djerad.
«Sur 39 ministres, nous n’avons que 5 femmes dans ce gouvernement. Cela reflète l’absence d’une volonté politique pour intégrer la femme dans la chose politique», a-t-elle regretté. Relancée sur la question des quotas, elle a souligné qu’il s’agit d’une «mesure temporaire en absence de lois consacrant l’égalité des sexes», estimant que «si nous arrivons à un Parlement de 50% de femmes, nous assisterons à un changement de la donne politique et sociale».
La conférencière a appelé par la même occasion les pouvoirs politiques à s’impliquer dans la vie sociétale pour changer les mentalités patriarcales. «La politique de l’Etat doit intervenir pour changer les mentalités quant au rôle de la femme dans la vie sociale et politique», en faisant part de l’absence de l’Etat à ce niveau.
Pour elle, il est temps de supprimer certaines lois marginalisant et empêchant les femmes d’être des citoyennes au sens propre du terme. «L’Etat doit s’imposer en mettant en place des lois et à veiller sur leur application», a plaidé l’avocate.
L’invitée d’El Moudjahid a évoqué également les sources du législateur notamment en ce qui concerne la femme, l’héritage et la famille. Selon Mme Aït-Zai «le droit musulman est un travail humain», ajoutant que «la loi dite musulmane est faite dans un contexte particulier, elle est faite par des hommes et pour des hommes». «En Algérie, la loi dite musulmane s’applique quand il s’agit de polygamie, de droits à témoignage partiel ou de l’héritage partiel. Mais elle ne s’applique pas quand il s’agit de droit des femmes au logement en cas de divorce. Elle ne s’applique pas quand il s’agit de garder les enfants même en cas de mariage», a-t-elle noté.
En outre, elle a estimé qu’il est «important» de créer un ministère de la femme afin de mieux prendre en charge les différentes questions relatives aux femmes dans notre société et favoriser les principes de l’égalité, la parité et la citoyenneté. «Un ministère dédié à la femme est de nature à permettre une meilleure prise en charge de la femme dans tous les secteurs», a-t-elle soutenu.