Au début du mois de mars 2021, le ministre de l’Energie et des Mines annonçait devant la Commission des affaires économiques et financières du Conseil de la nation (Sénat) le lancement cette année d’un programme minier de vingt-six projets de prospection et d’exploration. Mohamed Arkab précisait que ces projets concernaient vingt-cinq wilayas au sud et au nord du pays pour des ressources minérales comme l’or, le cuivre, le manganèse, le lithium, les pierres précieuses et semi-précieuses, la bentonite et autres. Il soulignait surtout la conviction du gouvernement que le secteur minier n’est pas encore suffisamment développé, en tout cas pas à la hauteur de son « grand potentiel », et que le sous-sol algérien regorge de richesses dormantes qu’il convient d’extraire au bénéfice de notre économie et de la recherche d’alternative aux hydrocarbures, dont les gisements sont en déclin. Depuis 2016, pratiquement, le discours de l’Exécutif sur l’industrie extractive est au plaidoyer et à l’appel à l’investissement national et international. Mais qu’en est-il réellement ? Au point de vue géo-scientifique, au moins ? C’est cette question que nous avons posé à Nacereddine Kazi Tani, un connaisseur du système géologique naturel algérien. Entretien.

Propos recueillis par Nordine Azzouz

Reporters : Vous êtes devenu une figure familière et très suivie dans le débat sur le potentiel minier algérien que vous estimez par ailleurs important, voire capital pour l’avenir industriel et économique du pays. La première question qu’on est tenté de vous poser à ce sujet concerne inévitablement les champs d’hydrocarbures, qui sont au cœur du développement de l’Algérie actuellement et sujets à des lectures diverses et divergentes sur leur avenir. Quelle estimation feriez-vous des réserves nationales en pétrole et en gaz conventionnels ? Et pour quelle durée d’exploitation encore ?
Nacereddine Kazi Tani :
Les réserves pétrolières et gazières originelles de l’Algérie ne sont pas exceptionnelles, elles se montent à 4,562 milliards de m3 (Gm3) d’huile, 3567 Gm3 de gaz, dont 593 de gaz dissous dans l’huile (GOR= Gas Oil Ratio=130) et 0,630 Gm3 de condensat, soit un total en équivalent pétrole de 8,759 Gm3. Certes, les relativement récentes découvertes du Bassin de Ghadamès (actuellement Bassin de Berkine) viennent augmenter de 0,349 Gm3 ces réserves initiales, mais cela représente moins que les réserves du seul gisement de Ghawar, 11 Gm3 (Arabie saoudite) ou de Burgan, 10 Gm3 (Koweït) qui ont en plus l’avantage d’avoir des taux de récupération bien meilleurs. Donc un peu d’humilité en reconnaissant qu’on n’est pas un grand pays pétro-gazier au sens conventionnel.



Pensez-vous que de nouvelles découvertes sont encore possibles en Algérie ? Et surtout à quelle échelle, sachant que des experts pétroliers n’excluent pas la probabilité de nouveaux gisements, mais modestes ?
Cependant, ce ne sont pas là les réserves ultimes de l’Algérie pour la simple raison qu’elle possède des roches mères tout à fait exceptionnelles étendues sur 1,5 million de km². A titre d’exemple, le COT (Carbone Organique Total) du Silurien inférieur atteint un maximum de 31% (B. Tissot et al. 1973, M. Hassan 1976), le Frasnien 11,5%, le Turonien 14%, etc. et leur kérogène est à très bon rendement pour le Silurien inférieur (type I : rendement 80%) et à bon rendement pour le Frasnien et le Turonien (type II: rendement 60%). Seule une petite partie des hydrocarbures générés est piégée dans les gisements découverts, le reste est disséminé dans la porosité irréductible des roches mères et objet des recherches gaz schistières, et dans des gisements stratigraphiques à découvrir (biseaux eustatiques et géodynamiques, injectites…). Si le Sahara présente aujourd’hui un déficit en pièges structuraux, anticlinaux en particulier, largement explorés par le forage, il n’en est pas de même pour l’Algérie du Nord encore très sous-explorée où de belles structures anticlinales plus ou moins complexes, mais modélisables, sont légion ainsi que de vastes dômes indiscernables que seule la modélisation numérique de terrain a permis la caractérisation. De plus, les roches mères sont nombreuses, notamment dans le Crétacé supérieur – Eocène et pour l’essentiel arrivées à maturation comme le prouvent les nombreux indices actifs rencontrés dans les oueds (Tliouanet, Guétérini…), les sources (Aïn Toricha…), les suintements de talus et les éruptions d’huile dans les forages (Aïn Régada, Oulad Rahmoune, etc.). Ces deux derniers cas forés respectivement en 1954 et en 2021 appartiennent à la même zone proche constantinoise, qui est probablement comparable à la province pétrolière mexicaine de Tampico. En bref, la mise en évidence de nouveaux gisements pétroliers tant au Sahara qu’en Algérie du Nord n’est pas affaire de sismique réflexion, par ailleurs fort coûteuse, mais par l’exploitation intelligente des données déjà acquises appuyée sur des réinterprétations avec les nouveaux outils (modélisation structurale, modélisation géodynamique, chronostratigraphie séquentielle, etc.). Enfin, il est utile de signaler le cas du Mont Tellou (Tassili N’Ajjer), qui est une injectite aujourd’hui à l’air libre, qui si elle avait été préservée de l’érosion aurait constitué un gisement géant de 500 millions de barils. Il est probable que d’autres injectites de ce type sont encore enfouies, car cette zone au nord du Hoggar est astronomiquement favorable à la chute d’objets célestes créant des cratères d’astroblèmes et provoquant la liquéfaction des sables ordoviciens et leur injection dans les argiles siluriennes sus-jacentes.

On en parle moins actuellement, mais selon le discours gouvernemental il semble acquis que la question du recours aux ressources fossiles non conventionnelles – pétrole et gaz de schistes – se posera à nouveau tôt ou tard. Vous avez déjà donné une estimation importante concernant le potentiel de ces ressources en 2012. La maintenez-vous ?
Il serait déraisonnable de se priver et de ne pas tirer profit dans un futur plus ou moins proche de nos ressources exceptionnelles en hydrocarbures non conventionnels. Sous condition que les exploitations gaz-schistières soient respectueuses de l’environnement, en particulier de ses aquifères ; ceux-ci s’étendent sur les territoires de l’Algérie, la Tunisie et la Libye sur une surface de 1 100 000 km² et engrangent 31 000 Gm3 d’eaux souvent saumâtres, seuls 17 millions d’hectares dans le Sahara algérien sont à eaux douces. Dès lors, le reste peut être considéré comme eaux à usage industriel qui peuvent servir aux besoins des exploitations gaz schistières. Il est vrai qu’en 2012, dans une réaction d’humeur par rapport à l’estimation de l’AIE des potentialités de l’Algérie en gaz de schiste, les fameux 19,8 Tera m3, j’ai recalculé et abouti à un chiffre bien supérieur. Ce qui n’est pas surprenant lorsqu’on sait que les estimations AIE fluctuent d’année en année parfois dans un rapport de 1/10, y compris pour les ressources des USA. Du reste, les investisseurs qui ont suivi les estimations AIE en Pologne réputée prolifique ont été très déçus et plié bagage. Enfin, pour revenir à mon estimation du potentiel algérien, elle n’est pas parfaite. Pour mieux apprécier ce potentiel, il faut beaucoup de travaux, car il faudrait, puits par puits, calculer l’amplitude verticale de l’intervalle roche mère, son COT, sa micro-porosité, le type et la maturation de la matière organique, etc.


Sur les ressources non conventionnelles, vous avez un avis qui les présente comme une opportunité pour l’Algérie d’enrichir son bouquet énergétique et en tirer profit pour son développement socio-économique avec des retombées plus importantes que celles observées aux Etats-Unis par exemple, notamment en raison de la spécificité géologique algérienne. Qu’est-ce qui est si spécifiquement différent dans la géochimie du Sahara algérien et qui vous fait défendre une position favorable au schiste ?
Le 3 mars 2014, lors de «la foire aux permis» organisée par Alnaft à Alger et devant une assemblée d’investisseurs étrangers, j’ai posé une question singulière au Président de cette institution, à savoir sous quel régime légal, code minier ? ou code pétrolier ? devrait s’exercer l’exploitation gaz schistière, car en termes financiers, le contenu des roches mères sahariennes, en particulier celle du Silurien inférieur prise comme exemple, est à 96% sous régime minier et seulement 4% sous régime pétrolier. Dans le premier cas, il s’agit des métaux associés et mis en évidence par les analyses géochimiques (M. Hassan 1976, D. Massa 1998) en teneurs appréciables. Il s’agit de Titane, de Vanadium, d’Uranium, de Lithium etc. Bien entendu, cette liste n’est même pas exhaustive, limitée à quelques éléments, mais cela n’est pas bien important en l’état actuel de l’attention que l’on porte en Algérie aux gisements miniers non conventionnels même si l’extraction de ces métaux est rendue très aisée par les différentes techniques de l’hydrométallurgie (lixiviation…) et l’extraction totale (98 à 100%) (voir R. Bensimon 2011) des contenus métalliques de la roche. Dans cette affaire, mon seul mérite est d’avoir déniché ces analyses géochimiques dans des thèses académiques, très difficiles d’accès par ailleurs et d’avoir compris, en raison des teneurs observées, qu’il s’agissait là pour le Silurien d’un gigantesque gisement polymétallique non conventionnel. Les conditions géologiques particulières du Sahara ont permis cette anomalie minière géante. En effet, peu de temps auparavant à l’Asghillien s’établissait sur 17 millions de km² de surface un inlansis (calotte glaciaire) centré sur le Sahara entraînant l’abrasion des socles déjà fertilisés par un magmatisme hot spot, leurs lixiviations géantes par les eaux de fonte du début du Silurien, les dispositions continentales barrant la route des courants océaniques profonds et oxygénés, la prolifération d’organismes primitifs (Tasmanacées) dans des eaux dessalées expliquant la grande richesse en matière organique, etc., fait que le Tarannon (Silurien inférieur) est une roche mère exceptionnelle et un formidable réservoir métallique hérité de la lixiviation des socles. Son épaisseur moyenne, de l’ordre de 55 m, permet une exploitation aisée. Les ressources pétro-gazières et minières étant jumelées au sein d’une même formation caractérisée par sa richesse en COT et en métaux, il n’est pas interdit de jumeler les activités industrielles pétrolières et minières au sein d’une même exploitation.

Venons-en maintenant au domaine géologique et minier hors hydrocarbures. Beaucoup de choses sont dites sur ce domaine et certaines poussent des observateurs à déclarer qu’elles empruntent au mythe et nous projettent dans une Algérie qui est soudain vue comme un Eldorado de métaux rares et précieux. Quelle réponse avez-vous à ce sujet ?
Dans l’énumération des ressources qui existent au Hoggar, le Sahara central, dans les Eglab, le Tamlelt (secteur du Bou Kaïs) ou en Algérie du Nord, il ne s’agit pas de mythes, mais des réalités tangibles, souvent évaluées (Wolfram, Étain, Cuivre etc.), mais restées inexploitées pour des raisons bureaucratiques, le secteur minier (hormis les carrières d’agrégats) est resté interdit aux Algériens, car les lois et décrets d’application posent tant d’obstacles que nul citoyen ne peut y prétendre hormis quelques privilégiés qui, par défaut de culture minière, les laissent en jachère. Ce qu’il faut retenir, c’est que depuis des siècles et millénaires, l’exploitation minière a été une des activités essentielles dans ce pays et inscrite dans la toponymie : les Djebel Hadid, Koudiat Ressas, Oued Nhass, Chabet el Kebrit, Garat el Djebs etc. sont légion pour nous rappeler l’Algérie minière.



En 2015, vous avez vous-même réalisé une étude sur le domaine minier. Apparemment, son contenu a été l’origine de l’engouement ou de l’intérêt pour ce secteur des gouvernements qui se sont succédé depuis. Par faute d’information publique suffisante sur son contenu ou à force d’avoir servi au discours politique et médiatique plutôt que scientifique, il a sans doute fait l’objet de beaucoup d’interprétations erronées. Pouvez-vous nous éclairer au sujet de cette étude ? Comment a-t-elle été élaborée et quels résultats et données a-t-elle fourni par rapport aux connaissances antérieures ?
En 2015, j’avais été sollicité par le ministre de l’Industrie et des Mines pour l’aider à voir plus clair dans ce domaine qui croupissait à l’ombre de quelques barons bureaucrates. Je me suis donc engagé corps et âme avec mon compère, le Dr Kéfaïfi qui m’accompagnait dans la mission qui nous était confiée. J’ai rédigé des centaines de pages de rapports scientifiques et de programmes de travaux et Dieu Seul Sait où ce travail se trouve, puisque le secrétaire général de l’Administration suivante m’avait demandé de lui transmettre ces documents qu’il a vainement cherchés dans les archives. Ces documents ont été récapitulés dans mes publications et émissions radiophoniques afin de les diffuser auprès du plus large public et évoqué dans les différents chapitres de ce texte.

Le scepticisme ou la prudence observés chez certains observateurs les incitent à dire que l’actualité du secteur minier est dominée par les projets d’extraction des métaux de base tels que le fer à Gara Djebilet, le phosphate dans la région de Tébessa, le zinc et le plomb à Tala Hamza dans la Soummam et, à la marge, le gisement aurifère du Hoggar qu’on confie maintenant aux exploitants. Ils ajoutent que le ministre de l’Energie et des Mines ne parle pas d’autre chose et reste prudent sur les autres ressources minières dont vous certifiez l’existence. Un commentaire à ce sujet ?
No comment. Le ministre chargé des mines fait ce qu’il a à faire, il est responsable de ses actes.

Ces mêmes observateurs sceptiques ou prudents vous disent entre autres que la révélation d’une trace minérale n’est pas synonyme de découverte d’un gisement exploitable, ce qui pose évidemment la question suivante et tranchante : à quand le grand «scan» du sous-sol algérien pour le cartographier et évaluer ses richesses ? Et qu’en est-il de l’apport dans cette opération de la recherche minière universitaire qui ne semble plus aussi visible qu’elle ne l’était auparavant ?
Un indice n’est pas un gisement, c’est une preuve de présence. Un gisement se définit par l’amplitude de la concentration minérale, sa minéralurgie, son accessibilité et divers paramètres du marché. En deux mots, un gisement est une accumulation minérale exploitable de façon rentable. Ceci étant, il est vrai que l’établissement de l’infrastructure géologique du territoire est et restera un acte majeur de l’action politique des gouvernants, car l’infrastructure géologique conditionne les découvertes futures de matières minérales, pétro-gazières et hydriques, mais également indispensables dans les tracés linéaires (routes, pipes, chemin de fer), les stockages stratégiques, le génie civil, les stratégies agricoles, etc. Si l’état des lieux constate que cette infrastructure est à peu près terminée grâce aux efforts consentis par Sonatrach et Sonarem, ainsi que les universités, durant la seule décennie 1970, âge d’or du développement de l’Algérie, les documents ne sont malheureusement pas consultables, car non publiés en raison de carences du service géologique de l’Algérie qui a été mutilé par les différentes «réformes» qu’il a dû subir depuis les années 1980 et surtout le deuxième millénaire. Dès lors, si ces cartes géologiques n’étaient pas publiées, elles peuvent être considérées comme irrémédiablement perdues. En outre, d’autres documents d’infrastructure (coupes de sismique réflexion, logs de forages, cartes radiométriques et aéromagnétiques, etc.) représentant plusieurs centaines de milliards de dollars US sont oubliés dans les archives, alors qu’ils ont été à peine exploités et risquent également d’être comptabilisés en pertes et profits. Il ne s’agira pas de les éditer en version papier, mais de les mettre en ligne sur le web afin d’en faire profiter la communauté scientifique et ainsi de les faire fructifier pour un apport à la connaissance du sous-sol algérien. Enfin, à la question de l’apport de la recherche universitaire, je pense que malgré la misère financière qu’elle vit, elle reste la seule encore active. La connaissance de la géologie touareg depuis une quarantaine d’années a progressé grâce aux équipes de l’USTHB.

Vos déclarations sur le potentiel minier algérien et l’existence de «ressources stratégiques» ou «ressources du futur» ont de quoi rassurer sur la vision du gouvernement qui déclare qu’une grande partie de l’avenir économique de l’Algérie pourrait être garantie par l’investissement dans le secteur minier. Mais quels sont selon vous les gisements qui sont exploitables à court et à moyen termes ? Avec quelle technologie si elle est disponible ? A quel prix ? Et à quel degré de rentabilité ?
Bonne question que j’attendais et qui tardait à venir. Dans la longue liste des opportunités minières qu’offre le sous-sol algérien, la plupart d’entre elles n’exigent pas de technologies particulières pour l’extraction du minerai, puisque les techniques d’abattage en carrière sont maîtrisées en Algérie. Je pense, par ailleurs, que pour l’exploitation à grande profondeur de la sylvinite (Potasse) qui est le sel minéral le plus soluble, les ingénieurs-producteurs de Sonatrach sauront mener les opérations, habitués qu’ils sont à travailler avec la saumure (l’eau de gisement de Hassi Messaoud est à 370 g/l de NaCl). Il en est de même pour les gisements polymétalliques en situation de subsurface, ex. la roche mère silurienne hors ceinture tassilienne, la lixiviation acide (H2SO4 8%) in situ permet de récupérer la plupart des métaux (Uranium, Cuivre, Vanadium, etc..) jusqu’à 100%. C’est ainsi qu’au Kazakhstan, plus grand producteur d’Uranium, l’exploitation minière classique a été abandonnée au profit de l’extraction par fracturation hydraulique et fluide acide lixiviant. Cette technologie peut être utilisée même en ex situ surtout lorsque le minerai est à très faible teneur, c’est ainsi que le stérile des mines d’uranium du Limousin a été traité et «essoré» de tout son U résiduel. Les problèmes de technologie se poseront par la suite et seulement dans certains cas, par exemple lorsqu’il s’agira de séparer les Lanthanides (Terres rares) les uns des autres. Les prix et la rentabilité ? Le coût technologique de l’abattage en carrière du concassage et de la lixiviation ex situ étant très bas comme le sont les coûts d’exploitation des carrières d’une part, et le cours des matières premières très hauts (Cuivre : 8,71 $/kg en Février 2021, Vanadium (V2O5) :70 $/kg en Janvier 2019…) d’autre part, montre qu’à l’évidence les exploitations de ce type envisagées pour le Cuivre du Bou Kaïs et le Vanadium des Tassilis sont rentables. Pour ce qui est des priorités dans l’exploitation des minerais, la réponse est simple on va au plus simple et au plus rentable en attendant que nos universités forment des chimistes-métallurgistes pour assurer les minéralurgies complexes et débuter la chaîne des valorisations d’une industrie industrialisante.

Vous êtes formel sur la disponibilité dans le sous-sol algérien de ces «ressources du futur» telles que les terres rares par exemple. Ne faut-il pas en fixer la nomenclature précisément et officiellement pour un éventuel appel à l’investissement en raison de l’enjeu économique qu’elles représentent ?
Vous avez pris l’exemple des Terres rares et je vous réponds sur ce thème. Ces Lanthanides sont détenues pour l’essentiel par un seul pays, la Chine et qui de surcroît détient une force de frappe financière considérable et pour être franc, je ne souhaite pas pour l’humanité qu’un seul pays contrôle la totalité des ressources aussi stratégiques que les Terres rares. Aussi, pour la première fois dans mes choix, je voudrais que la totalité de la ressource reste la propriété inaliénable du peuple. Par ailleurs, l’autre matériau qui devrait s’abriter sous le parapluie de l’État pour échapper à la prédation et pour les mêmes raisons que précédemment, car concentré entre les mains de deux groupes monopolistiques, l’un canadien et l’autre russe-biélorusse. Il s’agit là de Potasse, dont l’importance dans l’alimentation mondiale est essentielle comme les phosphates et l’ammoniaque (triplet KPN).
Un mot pour la fin de cet entretien.
Le mot de la fin. Pour libérer les énergies créatrices de richesses, créer un secteur minier efficace, il n’y a pas d’autres solutions que de nettoyer le cadre juridique en supprimant les entraves bureaucratiques et permettre à l’Algérien d’accéder à l’entrepreneuriat minier, car l’Algérie a essayé d’autres voies, dogmatiques, celles des entreprises étatiques qui ont toutes sombré ou sont perfusées.

*Pr. Nacereddine Kazi Tani, docteur es Sciences, ancien professeur des Universités, ancien responsable Exploration à Sonatrach, Directeur-fondateur du Centre de recherches CRAG, Directeur de GEORESSOURCES bureau d’études géologiques.