Reporters : Vacances, mouton de l’Aïd, fêtes familiales ont mis aujourd’hui la poche du citoyen à rude épreuve. La plupart des Algériens accumulent aujourd’hui les dettes pour boucler le mois alors que la rentrée scolaire est dans un mois. Comment en sommes-nous arrivés la ?

Nabil Ferguenis : Ce qu’il faut savoir c’est que de nos jours, il y a des personnes dont le salaire ne dépasse pas 18 000 DA, voire moins. En ce qui concerne les enseignants, je tiens à corriger cette fausse idée sur leurs salaires, ils sont loin d’être aussi élevés qu’on le pense. Un enseignant stagiaire dans un collège touche 32 000 DA par mois. Pour espérer une augmentation, il doit attendre 3 ans pour toucher un échelon estimé à 1 800 DA. Il faudra compter dix ans pour pouvoir toucher un salaire de 40 000 DA, qui demeure aussi insuffisant. La majorité des Algériens n’arrivent plus à boucler le mois et croulent sous les dettes, surtout en cette période qui va être dure pour les petites et moyennes bourses.

Quelle est la part de responsabilité du gouvernement ?

L’Etat a vraiment laissé tomber son rôle qui est de veiller sur l’absence des dépassements à tous les niveaux. Il n’y a plus aucun contrôle, c’est l’anarchie totale. Même pour aller à une plage publique, le citoyen se fait racketté par des parkingueurs et plagistes qui exercent dans l’illégalité et demeurent impunis. Pareil pour le marché des fruits et légumes, où les prix flambent du jour au lendemain selon les circonstances, Aïd, Ramadan, etc. Pire, dans les superettes les prix varient de l’une à l’autre et c’est l’anarchie totale. L’Etat est aujourd’hui dans l’obligation d’agir et de mettre de l’ordre s’il veut éviter une explosion sociale et cela à tous les niveaux. Car, aujourd’hui, on ne peut ni bien manger, encore moins se permettre une location ou des vacances. Nous avons touché le fond.

Face à cette crise et l’inflation des prix, de nombreuses campagnes de boycott ont été lancées, qu’en pensez-vous et risquent-elles de faire pencher la balance ?

Ce n’est pas une solution car il ne s’agit pas là de voitures ou autres, ce sont des produits dont on ne peut se passer, comme le pain, le lait, les fournitures scolaires pour bientôt. Quant aux viandes rouge et blanche, on ne peut pas les boycotter, vu qu’on ne les achète plus depuis déjà un bon moment. Peu de personnes peuvent aujourd’hui se permettre l’achat d’un kilo de viande dont le prix dépasse les 1 500 DA.

Prévoyez-vous des actions pour dénoncer cette situation ?

Ce qui est certain, c’est que la rentrée sera chaude. Les syndicats se sont beaucoup focalisés sur le problème de la retraite et de la réforme du code du travail mais je pense que, maintenant, il est de notre devoir de faire de l’amélioration du pouvoir d’achat notre fer de lance. C’est devenu une priorité dans toutes les revendications syndicalistes. Ce qui s’est passé à Ouargla, Sidi Bel-Abbès n’est que les prémices d’une crise sociale. Nous sommes contre ce genre d’action menées contre la culture mais chaque chose doit être à sa place. Les jeunes Algériens ont besoin autant de manger, bien vivre et de culture aussi. Nous ne sommes plus au stade où on demande une augmentation des salaires, mais un alignement du salaire sur les prix pratiqués sur le marché.

Il ne suffit pas d’augmenter les salaires de 5 000 DA alors que les prix ne cessent de grimper.

A ce rythme, la baguette de pain va atteindre les 30 DA. La situation des travailleurs est aujourd’hui désastreuse.