Dans cet entretien, le président de l’Apoce revient sur trois sujets importants qui alimentent l’actualité ces derniers jours. Il s’agit d’abord de la campagne de collecte de 2 millions de signatures contre la hausse du prix du carburant, du problème de la hausse du prix du pain et, enfin, de la réduction de la liste des médicaments remboursables par la sécurité sociale.

Reporters : L’Apoce vient de lancer une campagne pour recueillir 2 millions de signatures contre la hausse du prix du carburant afin d’envoyer une lettre au Président de la République. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette campagne ?
Mustapha Zebdi : Nous avons commencé notre campagne, dimanche, pour recueillir 2 millions de signatures afin d’envoyer une lettre au premier juge du pays. Le sujet est très sensible car des milliers de consommateurs nous interpellent quotidiennement sur le sujet par crainte de voir leur pouvoir d’achat se dégrader encore. C’est une crainte légitime pour nous. L’association, à travers cette campagne, veut montrer le mécontentement des citoyens et l’ampleur de leur désarroi.
Cette demande populaire découle de la conviction que les prix élevés du carburant auront un impact direct sur les prix de tous les matériaux et services de base. Ils peuvent ouvrir la porte à la spéculation dans tous les prix des secteurs sans exception. Ce qui va affecter le pouvoir d’achat d’un large segment de consommateurs. Les pouvoirs publics vont certainement réagir si cette campagne réussit, c’est-à-dire si nous pouvons atteindre les 2 millions de signatures. L’Organisation algérienne pour la protection du consommateur lance donc un appel à travers cette campagne au Président de la République afin d’intervenir pour geler ces mesures et de préserver le pouvoir d’achat de millions de consommateurs. Mais, nous souhaitons que cette campagne ne soit pas mal interprétée, car nous ne voulons pas politiser les choses. Nous voulons juste défendre les droits des consommateurs.

Combien de signatures avez-vous pu collecter jusqu’à présent ?
Je dirai qu’au premier jour de la campagne, c’est-à-dire pour le seul jour de dimanche, nous avons pu collecter plus de 5 000 signatures.

Sur un autre sujet qui fait l’actualité ces derniers jours, celui de la hausse anarchique du prix du pain, que votre association désapprouve. Quel commentaire faites-vous sur la réaction du ministre du Commerce à ce sujet ?
Je dirai que c’est une bonne décision de rassurer les boulangers sur l’augmentation de la marge bénéficiaire afin d’éviter la hausse du prix du pain. L’Association algérienne de protection des consommateurs (AApoce) a été la première, faut-il le rappeler, à réagir à la décision de certains boulangers d’augmenter le prix du pain à 15 DA. L’Association désapprouve cette décision unilatérale prise sans l’aval des autorités compétentes. Et nous avons appelé les citoyens au boycott des boulangeries jusqu’à dimanche, car les agents de contrôle des directions de commerce ne travaillent pas les week-ends. Nous avons donc décidé d’appeler les citoyens au boycott de l’achat du pain jusqu’à dimanche, jour du retour des agents de contrôle à leurs postes de travail. Mais je rappelle aussi que nous soutenons les boulangers dans leurs revendications mais dans un cadre légal. Nous demandons aussi que les décisions du ministère du Commerce soient appliquées le plus tôt possible afin d’éviter des scénarios pareils car même les boulangers de certaines wilayas comme Tizi-Ouzou sont entrés en grève. Et au moment où je vous parle, certains boulangers de la wilaya d’Oran continuent de vendre la baguette de pain à 15 DA.

Et concernant le problème que vous avez soulevé, également, ces derniers jours, celui de la réduction de la liste des médicaments remboursables par la sécurité sociale. Est-ce qu’il y a eu des réactions suite à votre plainte ?
La seule réaction que nous avons enregistrée jusqu’à aujourd’hui est celle du ministère du Travail qui a déclaré qu’il n’y a pas eu de restriction, mais nous confirmons qu’il n’y a pas de transparence dans l’information. Je confirme que nous recevons jusqu’à aujourd’hui des plaintes des consommateurs et surtout des malades. Il y a maintenant deux à trois ans que nous assistons chaque fois à une restriction de la liste des médicaments remboursables de la Sécurité sociale. L’Apoce a été informée de l’adoption des décisions du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale en date du 29 août 2017, publiée récemment dans le Journal Officiel, concernant la liste des médicaments pouvant donner lieu à indemnisation par la garantie selon les prix de référence approuvés pour l’indemnisation des médicaments. Dans le communiqué que l’Apoce a publié, nous avons expliqué que la protection sociale est essentielle au développement, à la préservation des ressources humaines et aux valeurs de solidarité et de synergie entre les différents groupes et générations, à l’amélioration des conditions de vie des individus et des familles, à l’amélioration de la stabilité et de la cohésion sociale.
L’Apoce précise également que le droit à la sécurité sociale est l’un des droits économiques et sociaux énoncés dans une série de chartes et instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme, qui sont tout aussi importants que les droits civils et politiques. Donc pour nous, la décision de la commission de la sécurité sociale de réduire la liste des médicaments pour l’indemnisation, ainsi que le prix de référence des produits pharmaceutiques à plus de la moitié des prix de référence précédents, est considérée comme une transformation et une atteinte grave au principe de la protection sociale. C’est pour cela que nous avons demandé à être associés aux réunions de cette commission.
Actuellement, nous avons saisi les organismes impliqués dans le secteur, c’est-à-dire le Syndicat des pharmaciens, le Syndicat des producteurs de médicaments et même l’UGTA, afin de travailler ensemble dans l’intérêt du malade.