Pour que l’Algérie puisse réellement s’affranchir de sa dépendance excessive aux hydrocarbures et au financement rentier de son économie, elle doit être orientée vers un nouveau
« paradigme, basé sur la création de richesses et la libération de l’énergie des entrepreneurs», estime l’économiste Mustapha Mekidèche.
Ce paradigme passe, entre autres, par une reconsidération du mode de gouvernance du pays qui permettrait de prendre en charge un certain nombre de missions dévolues au seul Exécutif sans contre-pouvoir en face, a souligné Mekidèche, hier, sur les ondes de la Radio nationale. Autrement dit, il s’agit de « libérer notre système de gouvernance des pratiques qui l’ont gangrené », précisera-t-il.
Pour l’économiste, « il faudra, bien-sûr, libérer les missions régaliennes de l’Etat », à travers la justice, le législatif ou encore l’Exécutif. Toutefois, le changement de mode ne pourrait se réaliser sans espace de contre-pouvoir pour « permettre à la société de respirer mais aussi pour éviter que la capture du pouvoir par des lobbys ou d’autres structures qui pourraient s’en approprier », précisera-t-il, rappelant que cette démarche est incluse dans les orientations du président Abdelmadjid Tebboune.
Quant à la procédure pour concrétiser cet espace de contre-pouvoir, M. Mekidèche dira qu’elle consiste en « la mise en place d’agences de régulation » qui « prendront en charge un certain nombre de missions dévolues dans un temps passé à l’Exécutif mais qui sont aujourd’hui des institutions de plus en plus indépendantes et capables d’intervenir dans différents secteurs économiques », a-t-il expliqué en guise de mode d’emploi à suivre, citant les cas de l’énergie, l’eau ou encore les télécommunications.
Ces agences « doivent être, bien sûr, indépendantes », insistera l’intervenant. « Elles doivent également trouver des formules qui puissent leur permettre d’élaborer des rapports annuels à des institutions comme le Parlement, de sorte que les choses soient transparentes et qu’il y ait une harmonie dans les pouvoirs », ajoutera-t-il à ce propos.
Il reste toutefois que les instruments de régulation auxquels appelle l’économiste existent depuis de nombreuses années, sans pour autant fonctionner en harmonie avec les missions qui leur sont dévolues. Une réalité que M. Mekidèche connaît sans doute suffisamment en sa qualité de vice-président du Conseil national économique et social (Cnes) depuis plusieurs années. C’est pourquoi d’ailleurs, il est bien placé pour expliquer cette situation qui, dira-t-il, est liée au fait que
« les organes de régulation, installés dans les télécommunications, dans le secteur de l’eau, dans le commerce, dans l’énergie ou dans d’autres secteurs, étaient, en fait, des démembrements des ministères et dont certains devenaient gênants ». C’est pourquoi « le pouvoir précédent avait décidé de geler un certain nombre de ces organes », poursuivra le même économiste, non sans insister sur l’impératif de séparer ces instances du pouvoir exécutif.