Reporters : Le chantier de la réforme du système éducatif, entamé il y a 20 ans, essuie toujours des critiques. A quoi renvoyez-vous le bilan peu reluisant ?
Mustapha Haddab : A mon sens, personne n’est habilité à s’exprimer sur la réforme du système éducatif, car aucune évaluation exhaustive ou bilan réel n’ont été réellement faits sur les deux dernières décennies. Ceux qui s’expriment se contentent de dire des généralités sans qu’elles reposent sur des analyses précises. Il faut savoir également qu’il n’est pas aisé d’élaborer un programme scolaire, et on cherche à en avoir un parfaitement satisfaisant du jour au lendemain.
Je pense qu’il faut plutôt reprendre le travail et améliorer les défaillances soulevées. C’est exactement ce qu’on se disait il y a 20 ans. Recommander de tout refaire est inconcevable, notamment dans le domaine éducatif, dans lequel, on ne peut démarrer un travail ex nihilo.
Il s’agit donc d’identifier et de pointer les défaillances pour ensuite les corriger…
Absolument. On doit plutôt faire le bilan de ce qui a été fait et ce qui n’a pas été réalisé pour, ensuite, améliorer les choses. Le programme scolaire existe, il présente certes des lacunes, mais le gros problème qu’on n’évoque pas est lié à la compétence des enseignants. Ces dernières années, énormément d’enseignants ont été recrutés sans avoir les conditions adéquates pour la prise en charge des classes et des élèves. Cela est également un travail de longue haleine qui ne peut se faire du jour au lendemain. Il y a des points sur lesquels il faut travailler comme l’amélioration du niveau des enseignants. Des points qu’il faut prendre concrètement pour qu’on puisse les résoudre sur le terrain, car une réforme de l’éducation ne peut tomber du ciel.
Le Conseil des ministres a pointé les faiblesses des élèves en mathématiques et en langues étrangères. A quoi renvoyez-vous la défaillance et la contreperformance des écoliers ?
C’est un réel problème. On peut imputer cela aux méthodes de l’éducation et de l’enseignement qui ne sont pas bonnes ni adéquates à l’apprentissage. Il y a des matières comme les maths qui ne peuvent être récitées. Les enseignants doivent apprendre aux élèves à réfléchir à comprendre et à avoir l’esprit de synthèse et de réflexion. Idem pour les langues étrangères, notamment le français, dont plusieurs facteurs font que le niveau n’est pas de qualité, particulièrement dans certaines régions, où l’environnement linguistique des élèves ne les aide pas à apprendre cette langue. Ajoutons à cela, le problème des méthodes d’enseignement et les ouvrages dont on dispose et qui font en sorte que le niveau n’est pas de qualité et qu’on ne peut l’améliorer d’un coup de baguette magique. Il faut donner des ouvrages et des instruments de travail aux élèves de manière à ce que leur apprentissage puisse se faire de manière convenable. Je pense qu’il y a tout un chantier de travail et des solutions sur le long terme.
Que pensez-vous du mouvement social dans le cycle primaire qui perdure depuis quelque mois ?
Pour être franc, ce mouvement manque totalement de maturité. A commencer par les revendications qui ne sont pas présentées de façon cohérente. Et qui manquent souvent de réalisme. Il n’est pas censé de réclamer un départ à la retraite après 25 ans de service. Leurs revendications portent sur les salaires sans qu’elles ne soient accompagnées de propositions pour améliorer les conditions de travail. Ajoutons à cela que la manière dont ils organisent les arrêts de travail manque de rationalité, vu qu’ils n’arrivent pas à s’entendre sur la nature des actions de protestations. Ce manque de coordination gêne beaucoup les élèves et entraîne une déperdition très importante du nombre de semaines enseignées.