L’élection présidentielle du 12 décembre prochain continue de faire parler d’elle entre partisans et opposants, alors que le pays entre dans son huitième mois d’une crise politique sans pareil. Pour le politologue et professeur universitaire Mustapha Bourzama, il est vrai qu’il y a une partie qui rejette les élections présidentielles, mais qui, en même temps, ne présente pas d’alternative à même de faire sortir le pays de la crise. «Nous avons déjà essayé l’expérience de la transition, durant les années 1990, avec le Conseil national de transition (CNT) qui a duré de 1994 à 1997.
Le constat après ces années était que, finalement, le système s’était régénéré sous un nouvel habit. Maintenant, il y en a qui appellent à dialoguer avec ce qu’ils appellent le pouvoir réel, parce que, justement, ils cherchent à ce que le pouvoir réel les désigne au sein d’un Conseil de transition – s’il devait y en avoir un –, avec tout ce que cela implique comme avantages matériels et autres. Je pense que ceux qui appellent à la non-tenue d’une élection présidentielle ne jouissent pas, en réalité, d’une forte représentation populaire. Car si c’était le cas, ils auraient été aux élections car forts de leur représentativité», estime le politologue.
Pour lui, «il est préférable, dans l’intérêt du pays, d’avoir un président de la République pour mettre un terme à cette crise qui n’a que trop duré. Car je ne vois pas où est l’intérêt de rester sans président encore plus longtemps. Il faut dépasser les différents clivages et les différentes idéologies et regarder dans une seule direction : l’intérêt du pays. Cela d’autant que plus la crise dure, plus elle aura un prix élevé».
L’impact de la crise, selon lui, «commence déjà à être perceptible, notamment sur le plan économique, où la situation se caractérise, le moins qu’on puisse dire, par une stagnation certaine. C’est pourquoi nous devons aller massivement aux élections». Il poursuit en déclarant qu’«il y a également le fait que nous devons écouter la partie silencieuse des Algériens qui, comme constaté lors des dernières élections législatives et communales, s’était exprimée par le biais des urnes alors qu’il y avait des voix qui s’étaient prononcées contres ces élections. Par exemple, lors de mon déplacement récemment dans six wilayas de l’Ouest, j’ai eu à constater, également dans les lieux publics, que la majorité des Algériens était pour les élections».
M. Bourzama est, par ailleurs, sans concession à propos de la classe politique qui se caractérise par des clivages et, parfois, par un manque de visibilité, alors que le pays a, plus que jamais, besoin de la contribution de tous sans tergiversation aucune. «Il y a plusieurs expériences que nous devons prendre en considération, à savoir celle de la Syrie, de l’Egypte et de la Libye. L’expérience la plus proche de nous est celle de la Libye, mais nous voyons aujourd’hui où en est ce pays. L’opposition veut l’exclusion politique, à savoir que tous ceux qui avaient une relation avec l’ancien système ou étaient en poste à ce moment-là doivent partir. Est-ce normal, est-ce logique ? Il faut tout de même admettre qu’il y a des gens intègres et crédibles», dit-il.
Usant de termes durs à l’encontre de la classe politique, M. Bourzama ajoute qu’«il y en a qui n’ont pas le courage d’aller aux urnes pour les raisons de représentation que j’ai déjà citées, mais aussi parce qu’ils ont pris l’habitude de la politique des désignations, du téléphone, des quotas…» et cela est «valable pour l’ensemble des partis, qu’ils soient islamistes, démocrates ou socialistes», assène-t-il.
Le politologue rappelle que l’Algérie vit une expérience unique depuis l’indépendance suite à la naissance du Hirak, mais aussi par la création de l’Autorité nationale indépendante des élections à laquelle appelait l’opposition, et par la mise à l’écart de l’ensemble de l’administration, à savoir les ministères de l’Intérieur, de la Justice, des Affaires étrangères et le gouvernement, dans l’organisation des élections. Il y a également les walis, les P/APC ainsi que les chefs de daïras qui ne sont plus concernés par l’organisation des élections.
Mais «le constat est que la classe politique, après avoir réclamé tout cela et après la concrétisation de ce qu’elle avait pourtant demandé, s’est mise à décrier ce qui a été réalisé».
«La classe politique doit avoir une autre méthode que le dénigrement pour convaincre les citoyens d’aller aux urnes et choisir leur président. Pour ce faire, les partis doivent veiller à avoir leurs propres représentants au niveau des bureaux et centres de vote, comme ils doivent veiller au contrôle de l’opération de dépouillement, et ce, avec les moyens technologiques notamment», recommande le politologue. Quant au Hirak, «c’est lui le seul garant que ses revendications ne soient pas mises au placard. Le Hirak doit se poursuivre, tout en restant prudent quant aux éventuelles infiltrations dont les instigateurs visent des objectifs idéologiques, l’application d’agendas étrangers ou toute autre considération visant à dévoyer le mouvement populaire», a-t-il conclu.
A noter que jusqu’à hier en fin de journée, ils étaient 115 postulants à avoir retiré les formulaires de souscription des signatures individuelles auprès de l’Autorité indépendante d’organisation des élections.