Le palais de la Culture Abdelkrim Dali affichait complet vendredi soir. A 19heures, la salle de spectacle était archicomble et le balcon plein à craquer à telle enseigne que certains ont dû s’assoeir par terre, entre les travées capitonnées. Même les places réservées à la presse étaient squattées, les agents de sécurité laissant faire, débordés par l’affluence du public.

Les réseaux sociaux et la radio locale ne sont pas étrangers à ce rush. En tête d’affiche, la pétillante artiste Manel Gharbi avec en lever de rideau, l’inénarrable humoriste Mustapha Zaza. La soirée musicale, organisée par le palais de la Culture, était rehaussée par la présence du wali Ali Benyaïche. Et pour cause. L’évènement était placé sous son patronage. A ses côtés, un illustre hôte, Cheïkh Ghaffour. Au fond de la scène se dressait un portrait géant de Cheïkh Larbi Bensari (1863-1964) à la mémoire duquel est dédié ce concert musical. Un hommage insigne qui intervient à la veille de la commémoration du 54e anniversaire de sa mort. En tenue traditionnelle, Amine et Amina, les deux animateurs attitrés du secteur de la Culture, donnent le «La», en annonçant le slogan thématique de ce concert : «Evasion mauresque» à travers une nouba zidane. En lever de rideau, Mustapha Zaza qui gratifiera le public d’un one man show époustouflant, illustré de deux sujets : la harga et Facebook. Au milieu de la scène trônait un piano devant lequel s’installera Manel Gharbi, arborant une jolie robe du soir pailletée. «Je suis très émue d’être à Tlemcen, et beaucoup plus devant un public aussi nombreux ; c’est la première fois que je me produits à Tlemcen où j’ai des amis», dira-t-elle, en saluant Cheïkh Ghaffour qui lui rendra la pareille en signe de «baraka». Il faut savoir que Manel Gharbi, qui vit à Alger, est mariée à l’un des petits fils de Redouane Bensari, fils de Cheïkh Larbi Bensari. Aussi, ce concert se veut un hommage au maître de la musique andalouse et un clin d’œil à Tlemcen. L’artiste était accompagnée par un orchestre composée de 13 instrumentistes, dont le percussionniste Sofiane à la voix de ténor, style Bachtarzi, représente son bras droit.
Les musiciens portaient un smoking anthracite, coiffés d’un fez grenat. Quant à Manel, tantôt elle jouait du piano, tantôt elle prenait le luth ou chantait debout devant un pupitre répertoire. Au menu, une nouba zidane (valse), du hawzi, du gherbi et du medh. Avec sa voix mélodieuse, Manel interprètera tour à tour «El hawa dalla el oussoud», «Matwala’ bi ghnakoum», «Mani Sabra’, «Amchi ya rassoul», «Sir ya naker lahcène», «Ya riq el assal», «Laqitou habibi», «Ya ghadi sahra chouf li ghzel», «Salli houmoumek fi del achia», «Ya belaledj» (chanson fétiche de Fadila Dziriya), «Ya aïn elkahla»(valse), «Mazal wa ana matwala’ fi hawaya»(flamenco), «Zawagna fi hmek»(melhoun), «El kaoui»(qacida culte de Cheïkh Abdelkrim Dali), «Hanina» (chanson nostalgique de Cheïkh Larbi Bensari, «importée» du Cham), «Qoumou namdahou rassoul allah», «Allah allah, ya rassoul allah», «Bin mekka wa el madina»… Et de terminer en apothéose avec une note lyrique mystique «Ya rabbi saffi qloubna bi djah el mostafa», une prière dédiée à la réconciliation et le vivre-ensemble. Sa prestation sera parasitée par les caprices intermittents de la sonorisation qui faisait des siennes. Un intermède forcé a dû être imposé au public pour permettre à la régie de régler ce souci technique. Les organisateurs auraient dû appeler Hadja Zaza à la rescousse pour meubler ce «blanc». Salima, la cousine de Cheïkh Tetma, dansait pendant la soirée, en agitant l’emblème national ; cantatrice funéraire à ses moments libres, elle a été conviée pour faire de l’ambiance à cette occasion. Même un photographe, appareil en bandoulière, ne résistera pas à l’appel rytmique en formant avec elle un duo chorégraphique. A la fin de la soirée, une photo de famille sera prise sur scène avec le wali qui sera encadré par l’orchestre, Manel Gharbi et sa famille ainsi que Mustapha Zaza. Le selfy supplante pour la circonstance l’autographe. «ça fait du bien, vous êtes un public magnifique», lancera Manel, visiblement satisfaite de sa prestation. Cette dernière devait se produire le lendemain (samedi) à Sidi Bel Abbès, à l’invitation de l’Association «El Andalousia». Il faut rappeler que Manel Gharbi, pharmacienne de formation, faisait partie de l’Association musicale «Nouba» dirigée par Mezaguer avant d’animer l’émission «Alhane wa chabab». Pour notre part, on a eu du mal à accéder aux coulisses et à la loge des artistes ainsi qu’un confrère, à cause de l’excès de zèle de certains agents de sécurité du palais de la Culture dont le directeur considère cet espace public comme une propriété privée.