La 9e édition du Festival de musique andalouse «Koléandalouse», organisée par l’association culturelle Dar El Gharnatia de Koléa du 1er au 3 novembre à la maison de la culture Ahmed-Aroua à Koléa, a été clôturée en apothéose. Un vibrant hommage a été rendu à l’ex-ministre de la Culture Lamine Bechichi,
en présence du wali Bouchemma Mohamed.

La musique andalouse « source de beauté et de paix» est le slogan de cette 9e édition qui a eu tout son sens à travers la présence de troupes musicales venues du Maroc et de Tunisie, qui se sont produites en totale symbiose avec leurs camarades des associations algériennes. Elles ont montré s’il en était besoin que la musique est source de rapprochement, d’amitié dans un esprit de vivre ensemble combien nécessaire aujourd’hui. S’inscrivant dans les festivités du 64e anniversaire du déclenchement de la Révolution, Dar El Gharnatia a tenu à rendre hommage à Lamine Bechichi, le moudjahid, journaliste et homme de lettres, qui a toujours été présent et fidèle aux activités culturelles aussi bien à Koléa qu’à Tipasa. Cet hommage, de son vivant, à Lamine Bechichi n’est que justice rendue à cet homme qui, du haut de ses 91 ans, était présent à la cérémonie et a apprécié cette marque de sympathie d’une association culturelle qui s’est distinguée par son sérieux et son école qui veille à la préservation du patrimoine musical ancestral. Lamine Bechichi s‘est dit ému de cet hommage fait à l’occasion d’une rencontre musicale et de surcroît maghrébine, tout en se félicitant, modestie oblige, de la chute importante de pluie qui est, pour lui, un bon signe pour la wilaya et le pays tout entier auquel il souhaite la paix et l’expansion. Peu avant la cérémonie d’hommage, le musicologue Abdelkader Bendâamache est intervenu pour parler de l’homme, à l’issue d’une projection d’un court documentaire. Durant la lutte de Libération nationale, Ahcène Lamine Bechichi, un des fondateurs en 1955 de la revue « Al Mouqawama El Djazaïria » (la Résistance algérienne), a occupé le poste de secrétaire de rédaction suite à la création du journal «El Moudjahid», mais officiait, aussi, comme commentateur politique à la radio « Sawt El-Djazaïr ». Cet homme de radio, pendant la guerre de Libération et après l’indépendance, disciple de son père, Cheikh Belkacem El Oudjani, un des fondateurs de l’Association des oulémas musulmans algériens est, aussi, auteur et compositeur. Cet enfant de Sedrata doit son érudition à de grands noms qu’il a côtoyés durant sa jeunesse, puisqu’il a été l’élève de Cheikh Larbi Tebessi et Saïd Zemouchi, avant de poursuivre ses études à la Zitouna, en Tunisie, où il a obtenu son premier diplôme en 1951. De retour au pays, il exercera la fonction de directeur de l’école El Hayat, dans sa ville natale. A l’Indépendance, il occupe de nombreux postes de responsabilité dont celui de conseiller auprès du ministère de l’Education nationale, au Secrétariat d’Etat à la culture, chef de délégation diplomatique au Caire de 1986 à 1988 puis consul au Soudan, directeur de la Radio nationale en 1992 puis ministre de la Communication en 1995. Il a, aussi, dirigé l’Institut national de musique d’Alger (INMA) au début des années 1980, tout en exerçant sa plume en tant qu’auteur de nombreux ouvrages sur la guerre de Libération nationale. L’association de Dar El Gharnatia a clôturé la manifestation musicale par la prestation et la production de l’orchestre maghrébin de musique andalouse, constitué par les maestros et les élèves des associations de musique andalouse de la wilaya de Tipasa, accompagnés de leurs camarades musiciens de Noubat El Andalous de Casablanca (Maroc), de Chabab Monastir (Tunisie) et Dar El Gharnatia de Koléa (Algérie). A ce rendez-vous de la 9e édition de Koléandalouse, des musicologues et des chercheurs maghrébins, dont les Marocains Ibrahim Ouazani et Nabil Khairane et les Tunisiens Mahmoud Frih et Leïla El Ouarghi, ont animé des débats lors des conférences inscrites dans le programme de cet événement musical. Les mélomanes et amateurs de musique andalouse ont apprécié les prestations des artistes dont le talent et les voix féminines telles que Hini Asna, Lila Borsali et Manel Gharbi, qui les ont transportés dans une belle évocation des chants andalous de l’époque. L’association musicale « Bibane El Andalous » de Bordj Bou-Arréridj et celle d’El-Mossilia d’Oujda se sont, également produites, lors de cette 9e édition du festival de Dar El Gharnatia qui a réaffirmé son ancrage en tant qu’école de musique andalouse sous la direction de son maître et chef d’orchestre Mohamed Cherif Saoudi.
La surprise :
la découverte de la troupe de Bordj Bou-Arréridj
L’association «Bibane El Andalous» de Bordj Bou-Arreridj a été le clou de ce festival puisqu’elle a réussi à la faire sortir hors de ses fiefs traditionnels et démentir les puristes qui veulent que ce genre musical se cantonne à Alger, Constantine, Tlemcen, et autres villes du centre du pays. Elle a été créée en 2009 et tenu contre vents et marées grâce aux efforts soutenus des élèves, au soutien de leurs parents et surtout la ténacité et la persévérance de deux professeurs, en l’occurrence Tibourtine Mohamed Cherif et Abdelwahab Belkacemi dit Djemâa diplômés tous deux de l’école normale supérieure d’Alger et l’Institut national d’art dramatique et du Cinéma de Bordj El Kiffan. Au-delà de toutes les espérances, comme le diront, non sans fierté, les membres fondateurs, l’association parvient très vite à s’imposer en atteignant un niveau technique appréciable et surtout une maîtrise instrumentale qui étonnera plus d’un. Dès sa sortie de la wilaya pour aller à la rencontre d’autres publics, l’association obtiendra des distinctions dont le Prix du Jury au Premier Festival régional de la musique andalouse, tenu à Lakhdaria, Bouira, en mars 2009, et le 2e Prix au 7e Festival de la musique de l’éducation tenu à Boumerdès en juillet 2009. Après avoir élu domicile à la Maison de jeunes puis au complexe culturel Aïcha-Haddad, et galéré à cause d’absence de sièges pour abriter les activités de la troupe musicale, l’association réussit à mettre en place son école, organisée en deux groupes, l’un constitué d’une vingtaine d’éléments et le second de 22 jeunes filles et garçons en plus de la classe d’initiation. Bibane El Andalous s’imposa très vite grâce à sa troupe et devint une association incontournable dans le paysage culturel de Bordj Bou-Arréridj, mais aussi dans toute la région incluant les Hauts-Plateaux et le Hodna, s’inscrivant dans le sillage de ses consœurs, à savoir la sauvegarde et la vulgarisation de patrimoine musical andalou. Un des membres fondateurs de l’association, Tibourtine Ahmed, ne manque pas de rappeler qu’il tient «à rendre un hommage posthume à mes deux maîtres, Sid-Ahmed Serri et Brahim Benladjreb, qui m’ont appris l’amour de ce style de musique». Un bel héritage en somme à démultiplier et valoriser pour sortir le pays et surtout la jeunesse de la déprime ambiante.