Devant la multiplication des enquêtes et des procès ouverts depuis plusieurs semaines, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) a dénoncé une «justice aux ordres». Le parti va jusqu’à exprimer des doutes concernant l’empressement des tenants du pouvoir à envoyer tout le monde devant le tribunal. «De glissement en glissement, et sous prétexte de protéger le mouvement, les nouveaux donneurs d’ordre ont, rapidement, entraîné l’appareil judicaire dans une opération de chasse aux sorcières dont, eux seuls connaissent les tenants et les aboutissants», a écrit, hier, le RCD dans un communiqué, à l’issue de la réunion de son secrétariat national ce week-end. Le parti de Mohcine Belabbas, sans citer de nom, visait sans aucun doute le chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah. Son constat, il le tire du fait qu’au moment où «ceux qui ont mis le pays à genoux sont en liberté et pour certains aux commandes, un opérateur économique qui a subi les entraves du système Bouteflika est mis sous mandat de dépôt pour un simple litige commercial, et une responsable politique est jetée en pâture avant même sa comparution devant la justice militaire». Allusion faite à Issad Rebrab, patron de Cevital, et à Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT). Tout en condamnant «avec la plus grande vigueur» ce qu’il qualifie d’«agissements qui relèvent d’une politique de règlements de comptes et de provocations, destinée à détourner la révolution actuelle de son cours», le RCD réitère «son refus d’instruire le procès du régime et de ses clients par une justice aux ordres». Selon lui, l’heure n’est pas à ces procès, ce n’est qu’une fois l’Etat de droit mis en place qu’on pourra les ouvrir. «Seule une justice indépendante, dans un Etat de droit, libérée par une phase de transition démocratique, disposera de la légitimité pour traiter de tels dossiers», estime le RCD, pour qui, «l’empressement manifesté» et entrepris par le pouvoir de fait pour instruire la justice est plus que suspect». Il en veut pour preuve le fait que «tout est fait pour éluder les réponses» aux revendications essentielles du mouvement, à savoir l’organisation d’une phase de transition démocratique, pilotée par un personnel non compromis avec l’ancien régime. A commencer d’ailleurs par le maintien de la présidentielle à la date fixée. Sur ce, il doute qu’il y ait un plan caché. «L’entêtement à vouloir organiser une présidentielle, le 4 juillet 2019, pilotée de bout en bout par un personnel politique passé maître de la fraude électorale, ne relève pas d’un simple passage en force pour désigner un nouveau président ou d’un déni ordinaire de la réalité, mais participe d’une stratégie de reprise en main par une partie du système de la décision par un agenda caché», assène le RCD. Le parti donne plusieurs exemples qui accréditent d’ailleurs sa thèse, notamment «l’instrumentalisation de la justice», et «la reprise en main déjà en cours des médias publics» qui dénotent, estime-t-il, «de cette volonté de ne rien ‘lâcher’ ou de ‘‘lâcher’’ le moins possible devant le mouvement citoyen». Et d’accuser : «Le pouvoir de fait veut être le maître des horloges pour s’imposer à la mobilisation populaire», rappelant que jusqu’à présent, aucune proposition venant d’autres acteurs de la scène nationale «ne trouve grâce» y compris celles qui viennent de ceux qui affichent leur disponibilité à «dialoguer» avec les nouveaux décideurs.
Mais, il ne faut pas pour autant désespérer ni s’engouffrer dans une voie qui consiste à doter le mouvement d’une forme de direction, pense le parti de Belabbas, car «ni la nature du mouvement ni l’état des institutions ne plaident pour une telle démarche». Bien au contraire, il soutient que «l’heure n’est ni à la peur ni aux petits calculs, encore moins aux découragements ou aux renoncements» et «aucune manœuvre d’intimidation ou de division et aucun scénario ne peut venir à bout durablement d’une détermination qui prend racine dans la soif de liberté, de justice et d’affirmation de notre jeunesse et des profondeurs de la société».