Un grand travail de réévaluation des réserves attend la compagnie pétrolière nationale, seule ou avec ses associés, d’ici cinq ans, car les découvertes qui ont été réalisées ces dix dernières années doivent être suivies de travaux de délinéation pour mieux cerner l’étendue des réservoirs.

Par Khaled Remouche
L’Algérie vient d’être classée au premier rang des pays membres de l’Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole (Opaep) avec six découvertes au premier trimestre 2022. L’organisation cite notamment la découverte de pétrole par l’association Sonatrach-ENI de Zemlet El Arbi, situé dans le bassin de Berkine, avec une estimation de 140 millions de barils équivalent pétrole. La plus importante est celle de Touggourt. Sonatrach estime les réserves de pétrole découvertes à 1 milliard de barils. Ces découvertes augurent de perspectives prometteuses en termes d’augmentation des réserves de pétrole et de gaz de l’Algérie.
La question est de savoir si l’Algérie est en train de renouveler ses réserves de pétrole et de gaz. En l’absence de données précises, il est difficile de répondre à cette question. Mais ce qui est sûr c’est que les réserves de gaz sont passées de 4 100 milliards de mètres cubes à 2 500 milliards de mètres cubes. Ce qui veut dire que durant ces dix dernières années, l’Algérie n’a pas renouvelé ses réserves de gaz. En termes de cumul, l’Algérie n’a pas, loin s’en faut, renouvelé ses réserves. En termes annuels, Sonatrach n’a pas encore fourni de données précises pour répondre à cette question. Durant ces dix dernières années, Sonatrach a réalisé au moins 200 découvertes, des petites et moyennes structures. Tout cet effort d’exploration a conduit à la découverte d’accumulations de pétrole et de gaz qui demandent à être mieux cernées par une évaluation précise de l’étendue des réservoirs par des puits de délinéation.
Pour un spécialiste de l’exploration proche du secteur, les découvertes récentes de Sonatrach seule et avec des associés l’ont été par des puits de délinéation qui permettent de mesurer avec plus de précision l’étendue du réservoir. Mais comment augmenter les réserves de pétrole et de gaz ? Par un effort d’exploration. Ce qui est évident. Mais pas seulement. L’ex-vice-président amont de Sonatrach M. Babaghayou soulignait que le renouvellement des réserves s’effectuait également par un travail de réévaluation des réserves des gisements par des travaux de délinéation ou des forages de délinéation. L’essentiel des découvertes récentes de Sonatrach avec son associé ENI dans le bassin de Berkine, notamment dans les périmètres de Zemlet El Arbi, Ourhoud II et Berkine sud, l’ont été grâce à des travaux antérieurs d’exploration, effectués par Sonatrach, d’où la rapidité avec laquelle ces découvertes vont être exploitées en moins d’un an.
Par ailleurs, la stratégie de Sonatrach est de concentrer ces efforts d’exploration autour des gisements de Hassi Messaoud ou du bassin d’Amguid Messaoud, autour des gisements découverts dans les bassins de Berkine et ceux du sud-ouest.
Pour les zones plus risquées, telles que le bassin de Tindouf, l’extrême sud du pays, les investissements sont beaucoup moindres. Pour Ali Kefaifi, spécialiste pétrolier, c’est dans des zones moins prospectées que se trouvent les chances de trouver des gisements plus importants. Selon lui, il existe de fortes probabilités de trouver un important gisement de pétrole ou de gaz entre Béjaïa et Sétif. Dans la conjoncture actuelle, seule Sonatrach peut prendre des risques dans ces zones. Mais se pose pour Sonatrach le problème de financement de ces investissements d’exploration. La nouvelle loi sur les hydrocarbures permet à Sonatrach de ne pas engager ses fonds dans l’exploration, l’associé prenant le risque. S’il y a découverte, Sonatrach rembourse à l’associé les dépenses engagées. En outre, l’augmentation des réserves passe également par des travaux d’amélioration du taux de récupération dans les gisements anciens, Hassi Messaoud notamment.
Les cinq prochaines années seront donc décisives. Car durant cette période le travail de réévaluation des réserves se poursuivra avec nombre de puits de délinéation forés. Là, on saura si l’Algérie durant cette période a renouvelé ses réserves ou non. Il faudra également attendre une augmentation des réserves avec de nouvelles découvertes. Mais il faut compter cinq à dix ans pour passer à l’exploitation des gisements. Les nouveaux contrats de Sonatrach, voire ceux conclus après le lancement du nouvel appel d’offres en matière d’exploration, permettront de lancer une dynamique exploration et développement si l’environnement de l’entreprise suit. Mais il est clair que le renouvellement des réserves ne peut passer que par le développement des ressources non conventionnelles : augmentation du taux de récupération, gaz et pétrole de schiste, tight gas et tight oil. <