Le Conseil des ministres s’est penché dans sa réunion d’hier sur les mesures pratiques pour limiter ce phénomène. C’est dire combien la situation est aujourd’hui préoccupante au plus haut niveau des responsabilités de l’Etat.

Par Feriel Nourine
Le monoxyde de carbone poursuit son offensive meurtrière. Le gaz inodore et incolore ne s’arrête plus de tuer des personnes dans des opérations silencieuses dont on ne découvre les dégâts trop tard, empêchant les secours de sauver les victimes.
Le drame touche de nombreuses familles et le deuil est national. La situation dure depuis de nombreuses années, à travers des pics d’accidents qui se reproduisent durant la saison hivernale avec le retour du froid et des basses températures imposant naturellement le recours à des appareils de chauffage.
Ennemi public avéré, le monoxyde de carbone mobilise constamment les pouvoirs publics et autres parties concernées dans diverses opérations de sensibilisation et de prévention. Mais cet effort ne semble plus suffire au vu des nombreux décès qu’il provoque en s’invitant dans les foyers sans s’annoncer ni être suspecter.
Le renfort des mesures et des moyens de riposte étant devenu aujourd’hui une urgence, le Conseil des ministres a inscrit dans sa réunion d’hier un exposé des mesures pratiques pour limiter ce phénomène. C’est dire combien la situation est aujourd’hui préoccupante au plus haut niveau des responsabilités au sein de l’Etat. Ceci d’autant qu’avant même l’arrivée du grand froid sur l’ensemble du pays, ces derniers jours, le tueur silencieux a causé la mort de 17 personnes en l’espace de seulement 24 heures. Le drame collectif a eu lieu le 10 janvier. Parmi les 17 victimes recensées par la Protection civile, 9, à Msila, sont issues d’une même famille, intoxiquées par le monoxyde de carbone émanant d’appareils de chauffage.
Moins d’une semaine plus tard, une autre famille de 6 membres à Alger (Eucalyptus) était décimée par le même gaz toxique. Lequel a causé la mort de 175 Algériens en 2022, tandis que 3 617 personnes ont été sauvées in extrémis par les agents de la Protection civile. «La plupart des décès dus au monoxyde de carbone sont le résultat d’un défaut de prévention et d’application des conditions de sécurité et de sûreté», a expliqué, de nouveau, le sous-directeur des statistiques et de l’information à la Direction générale de la Protection civile, le colonel Farouk Achour.
Un bilan 2022 très lourd, et celui de 2023 risque de lui ressembler face à une chute de température que le pays n’avait plus vécu depuis quelques années, poussant les citoyens à recourir davantage aux appareils de chauffage, fonctionnant souvent au gaz ou au fioul, et s’exposant ainsi au danger mortel du monoxyde de carbone. Le nombre de morts engendrés pour la seule première moitié du mois de janvier est plus qu’inquiétant et préoccupant.
Alors que la Protection civile poursuit sa campagne nationale de sensibilisation et de prévention contre ce phénomène qui plonge de nombreuses familles dans le deuil, les initiatives se multiplient à d’autres niveaux pour le pousser à la reculade. A l’exemple de la campagne lancée début décembre dernier par le ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire en vue de prévenir les risques d’asphyxie au gaz de monoxyde de carbone. Cette campagne a été lancée à Alger, avec la participation de tous les secteurs concernés, dont les autorités locales, la Protection civile, la société Sonelgaz, ainsi que les composantes de la société civile.
Samedi dernier, le ministère de la Santé mettait en garde, dans un communiqué, contre les dangers de l’intoxication au monoxyde de carbone qui, souvent, conduit à la mort. n