Récidive. Abderezak Makri s’est attaqué de nouveau à ce qu’il qualifie de courant « extrémiste laïc» qui aurait été, à ses yeux, à deux doigts de s’accaparer « le cœur du pouvoir » au détriment bien entendu de son parti qui serait favorable depuis toujours à un « Etat civil ».
Après donc son offensive contre les partis du courant « moderniste », le président du Mouvement de la société pour la paix a mis à profit l’activité organique de son parti, abritée par la capitale de l’Ouest, pour endosser au « courant laïc moderniste » toute la responsabilité du déficit de démocratie en Algérie.
La semaine écoulée, et alors qu’il s’exprimait à Constantine, Makri a ouvertement nommé ses
« ennemis ». « J’accuse et je porte la responsabilité du mouvement laïc extrémiste de vouloir monopoliser le Hirak et qui estime que le MSP est plus faible qu’eux», a-t-il déclaré dans ce qui a sonné comme une déclaration de guerre contre les partis de la mouvance démocratique dont la feuille de route est aux antipodes de ce qu’approuvent Makri et son parti politique.
A Oran et sans nuance, le chef islamiste convoque la période des années 1990 et tous ses dogmes et antagonismes qui n’ont pas servi les luttes démocratiques et la construction d’un Etat de droit. « Un vrai danger guettait l’Etat depuis les années 1990, avant qu’il ne s’intensifie durant les dernières années à travers le glissement du cœur de l’Etat, des militaires vers le courant extrémiste laïc», a-t-il déclaré devant les militants et les cadres du parti.
Même s’il a atténué son propos plus tard en affichant sa disponibilité à travailler avec « les laïcs qui respectent la démocratie et les constantes de la nation », il ne fait point de doute que Makri fait de ce courant un point de fixation. Il a appelé cependant, par la même occasion,
« tout le monde » à ne pas « saborder la présente opportunité d’une transition démocratique », feignant de mettre en garde « contre ceux qui seront tentés par des réformes formelles». Dans ses attaques contre le courant extrémiste laïc, Makri a donné à sa formation politique le statut de victime qui aurait été empêchée de gagner des élections qui auraient pu lui permettre d’appliquer son programme. Le président du MSP s’est distingué, dans ce chapitre lié à la fraude électorale, en n’épargnant pas les extrémistes du courant islamiste et ceux du courant dit « nationaliste ». Qui sont visés par ces attaques ? Difficile de deviner les cibles tant le discours de Makri est bâti sur l’ambiguïté et l’ambivalence. Y compris quand il s’exprime sur le mouvement populaire qui serait, lui aussi, « victime de tentative de récupération par les laïcs extrémistes ». « Le Hirak est algérien. Il n’a pas d’appartenance à une dimension politique ou religieuse. Il est algérien « pur-sang » avec l’objectif de libérer le pays. Il a réussi dans certains aspects et il lui reste des objectifs à conquérir », a ajouté M. Makri défendant le MSP comme partie intégrante du Hirak.
« Nous voulons que le Hirak se poursuive pour concrétiser la transition démocratique qui n’est pas que discours et promesses », a-t-il plaidé, non sans évoquer les élections législatives anticipées qui seront visiblement organisées avant la fin de l’année en cours. Une échéance électorale qui semble faire courir le MSP avant l’heure. Mais en attendant, il a fait part de son adhésion au processus de réforme, estimant qu’il
« ne peut y avoir d’élections sans une nouvelle Constitution et de nouvelles lois ».<