Le président du parti Mouvement de la société pour la paix (MSP) a réagi, hier, aux résultats des élections législatives qui ont accordé à son mouvement 64 sièges sur les 407 que compte l’APN. Abderrazak Makri, sans considérer les 78 candidats indépendants élus comme «un tout», estime en ce sens que le MSP est aujourd’hui la deuxième force politique du pays.

Par Nadir Kadi
Le responsable qui s’est dit «très satisfait» du résultat, voyant une «réussite du MSP (…) et pour l’Algérie», a en ce sens précisé : «Ces élections confirment la justesse de notre choix pour la participation (…) Malgré tous les dépassements qui ont impacté les résultats, l’élection a montré la force, la popularité et le militantisme de notre mouvement.» Une position de force pour le MSP, qui permet à son président Abderrazak Makri de se positionner en tant que partenaire probable d’un futur gouvernement : «Nous allons étudier les propositions de notre participation au gouvernement, les circonstances de sa création et la compatibilité de son programme avec notre programme.»
En ce sens, rappelant que le MSP avait promis la formation d’un gouvernement d’union nationale en cas de première place, le président du MSP a évoqué entre les lignes sa position quant à un futur gouvernement, en écartant aucune possibilité. «Ce n’est pas la question du moment. A l’heure actuelle, il s’agit de savoir si les irrégularités seront corrigées», précise ainsi Abderrazak Makri, avant d’ajouter : «Le programme politique du MSP stipule qu’en cas de majorité nous entrons en négociations avec les autres forces politiques (…) pour construire un pacte national (…) et former un gouvernement d’union nationale.» Cependant, les «résultats annoncés ne nous permettent pas de réaliser ce programme (…) Mais s’il y a un vrai dialogue national qui se rapproche de nos visions, nous reviendrons à notre bureau politique qui tranchera». Le responsable rappelle toutefois les «repères» et les conditions de son mouvement pour une éventuelle participation à un gouvernement : «Nous continuerons à soutenir le Hirak (…) à appeler à la libération des détenus d’opinion.». Quant aux objectifs économique et sociétal du parti, il s’agirait entre autres de «lutter pour le développement», assurer les «libertés en poursuivant la démocratisation réelle», «lutter contre la corruption et le reste de la bande», ou encore, «la promotion de l’identité nationale».

«Nous innocentons le Président de la République»
Quant à la question des «irrégularités» que le MSP avait dénoncées sur sa page Facebook dès le lendemain du scrutin, Abderrazak Makri, sans jamais parler de «fraudes», et dans un discours beaucoup plus nuancé, a déclaré : «Nous innocentons le Président de la République de ce qui s’est passé et des dépassements dangereux qui ont eu lieu (…) Nous n’accusons même pas le président de l’Autorité indépendante des élections, il ne peut pas savoir ce qui se passe dans les wilayas, il n’a pas les outils pour cela.» Cependant, le responsable du MSP est apparu convaincu que les «irrégularités» qu’il dénonce ont été suffisamment nombreuses pour modifier les résultats finaux. Et plus concrètement, il s’agirait notamment de l’absence d’observateurs dans certains bureaux de vote : «Nombre de bureaux de vote n’avaient pas d’observateurs (…) Le problème est que le tirage au sort s’est fait selon les listes et non selon les noms comme il était convenu.»
Autres «irrégularités» selon Abderrazak Makri, l’existence de «cas» ou les P-V de dépouillement n’auraient pas été communiqués : «Les procès-verbaux de dépouillement n’ont pas été donnés aux représentants des partis dans plusieurs bureaux de vote, ce qui est une violation claire de la loi (…) Peut-on concevoir que dans les bureaux où nous avons réussi à obtenir les P-V, nous sommes le plus souvent en tête. Mais dans les bureaux où nous n’avons pas eu de P-V, le résultat est contre le MSP (…) Comment est-ce possible ?»
Même chose en ce qui concerne les bulletins de vote où aucun nom de candidat n’a été coché par l’électeur. Abderrazak Makri explique ici que dans un tel cas, le «bulletin doit être enregistré au profit de la liste» et non pas «être considéré comme nul, comme cela a été le cas dans plusieurs bureaux d’Alger et d’Oran». En ce sens, le président du MSP a demandé hier à l’ANIE de «répondre aux interrogations». Son président Mohamed Charfi «doit répondre point par point, nous l’avons contacté et il ne l’a pas fait, c’est pour cela que nous organisons cette conférence de presse».