L’attaque menée par le groupe islamiste armé contre cette localité côtière marque un tournant sécuritaire majeur dans un pays riche en ressources, mais dont l’Etat est en situation de quasi défaillance.

Synthèse Anis Remane
Hier, lundi, le groupe Etat islamique (EI, Daech) a annoncé avoir pris le contrôle de la ville côtière de Palma dans le nord du Mozambique, cible d’une attaque surprise lancée par des jihadistes mercredi et qui a fait selon la Défense mozambicaine des dizaines de morts.
Dans un communiqué publié sur l’un des sites de propagande de l’EI sur Telegram, le groupe islamo-terroriste a déclaré avoir attaqué «des casernes militaires et des quartiers généraux du gouvernement». Il a également dit avoir pris le «contrôle de la ville» et fait état de la mort de dizaines de militaires «de l’armée mozambicaine et de chrétiens, dont des ressortissants d’Etats croisés», en allusion à des pays occidentaux.
La Défense mozambicaine a fait état dimanche soir de dizaines de morts parmi les habitants de Palma. Au moins une centaine de personnes restent portées disparues. Selon des témoignages recueillis par les agences de presse, la petite ville de 75.000 habitants s’est transformé en ville fantôme, tandis que des milliers de civils continuent à fuir par tous les moyens.
Les groupes armés, qui terrorisent cette région frontalière avec la Tanzanie depuis trois ans, sont montés en puissance depuis un an, multipliant les attaques sanglantes. Contrôlant le port stratégique de Mocimboa da Praia depuis août 2020, crucial pour l’arrivée du matériel nécessaire aux installations gazières, ils sont désormais maîtres d’une bonne partie de la zone côtière.
Selon l’AFP, qui cite «plusieurs sources», le raid surprise de mercredi a été mené dans trois endroits de la ville. Il aurait été en partie motivé par l’arrivée d’un bateau rempli de nourriture, selon plusieurs sources. Il a été déclenché juste après l’arrivée de ce navire, ont raconté des témoins à l’agence de presse. Selon eux, le chargement était destiné à alimenter les commerces de la ville, mais aussi à distribuer de l’aide aux personnes déplacées, installées en grand nombre à Palma après avoir fui, déjà, des violences jihadistes dans leurs villages.
«Les attaques ont commencé juste après l’arrivée du gros navire», confie à l’AFP un homme qui a quitté Palma à pied pour se réfugier 180 km plus loin dans les terres. «Ils voulaient la bouffe. Ils ont attaqué la ville et apporté des camions pour décharger la nourriture qui venait d’arriver». Les jihadistes, qui pratiquent la sidération, mettant le feu et tuant à tour de bras dès les premières minutes de leurs attaques, ont foncé vers les banques, pour les piller, et les postes de police, ont encore raconté ces témoins. Depuis, plusieurs habitants de Palma, interrogés via messagerie, décrivent une ville fantôme largement abandonnée.
Sur la route de l’exode en direction de Mueda, à l’intérieur des terres, «beaucoup tombaient de fatigue et ne pouvaient plus continuer, surtout les vieux et les enfants», confie le même homme soucieux de conserver son anonymat. Hier lundi, de nombreuses organisations humanitaires et onusiennes se concertaient pour tenter d’aider les milliers de civils en rade, qui ont tout laissé derrière eux. Entre 6.000 et 10.000 personnes se trouvaient à proximité ou à l’intérieur du site gazier voisin piloté par Total, selon une source participant aux opérations d’évacuation.
Un ferry a transporté 1.400 travailleurs et civils pendant le week-end vers Pemba, capitale de la province pauvre et majoritairement musulmane de Cabo Delgado, à quelque 200 km au sud. Pirogues et bateaux à voile traditionnels, chargés de réfugiés, continuaient à affluer au compte-gouttes sur la plage, selon témoins et ONG. n