Du nouveau dans l’affaire de l’attaque terroriste qui a frappé Palma, devenue ville fantôme, dans le nord-est du Mozambique, faisant des dizaines de tués parmi les civils, les policiers et les militaires. Les terroristes ont été délogés de cette ville portuaire stratégique, a affirmé hier le président mozambicain Filipe Nyusi, dans un discours à la nation.

Synthèse de Feriel Nourine
Le raid sanglant opéré par les terroristes, le 24 mars dernier, a été minutieusement préparé. Il a été attribué à des combattants islamistes connus localement sous le nom d’Al-Shabab, auxquels le Mozambique fait face depuis plus de trois ans, dans la province pauvre mais riche en gaz naturel du Cabo Delgado, où est implantée la firme française Total, contrainte à se retirer des lieux où d’énormes projets d’investissements étaient en cours de réalisation.
Les autorités du pays ont déclaré avoir partiellement repris le contrôle de la ville lundi et tué un nombre «important» de combattants islamistes, au terme de plusieurs jours d’offensive pour reprendre Palma, tombée aux mains des assaillants fin mars.
Le commandant des opérations, Chongo Vidigal, avait dit sentir «l’odeur des cadavres des terroristes». Mais depuis les premières attaques, les forces gouvernementales se sont montrées incapables de les combattre efficacement.
L’attaque, revendiquée par le groupe Etat islamique (EI), a aussi déclenché une série de réactions de quelques pays occidentaux et des Etats d’Afrique australe, inquiets que la rébellion ne se propage hors du Cabo Delgado.
Six présidents de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) doivent se réunir aujourd’hui en urgence sur le sujet. «Notre gouvernement a exprimé à la communauté internationale les besoins pour lutter contre le terrorisme et ces besoins sont en cours d’évaluation», a déclaré Filipe Nyusi.
Le voisin sud-africain, principale puissance militaire de la région et dont plusieurs ressortissants étaient pris dans les violences, a déclaré engager une réflexion.
Après l’attaque, le Portugal, l’ancienne puissance coloniale, a envoyé une soixantaine d’hommes au Mozambique et les Etats-Unis ont offert leur assistance. «Ceux qui viennent de l’extérieur ne viendront pas pour nous remplacer. Ils viendront pour nous soutenir», a toutefois souligné le président mozambicain, évoquant «un sentiment de souveraineté». Cette attaque a aussi aggravé la crise humanitaire dans la région. Près de 11.000 personnes ont été déplacées, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Quelque 23.000 autres se trouveraient encore près du site de Total.
Plus de 670.000 personnes avaient déjà été forcées à quitter leur foyer à cause des violences dans la région, selon l’ONU. Depuis deux semaines, de nombreux habitants continuent à errer dans la brousse, sans nourriture ou accès à l’eau, marchant sur des centaines de kilomètres vers les villes voisines pour trouver refuge, ou vers la frontière tanzanienne au nord.
Les groupes armés, qui contrôlent le port stratégique de Mocimboa da Praia depuis août 2020, sont montés en puissance depuis un an, multipliant les attaques. L’ONG Acled recensait déjà 2.600 morts avant l’attaque de Palma, dont la moitié de civils. n