Le ministre d’Etat émirati aux Affaires étrangères a admis hier lundi que des bavures pouvaient se produire lors d’opérations militaires, après un raid aérien meurtrier contre un bus d’enfants, jeudi dernier dans la localité de Dahyan, province de Saâda et fief des rebelles houthis.

Selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), au moins 29 enfants âgés de moins de 15 ans ont péri dans cette attaque attribuée à la coalition.  «Cette guerre a été et reste une sale guerre» où des civils sont bombardés et tués, a déclaré Anwar Gargash lors d’une conférence de presse à Dubaï. «Malheureusement, cela fait partie de n’importe quelle confrontation» et «la guerre ne peut pas être une opération propre», a-t-il dit, en «acceptant que la coalition soit critiquée», comme «toutes les parties».  Pour le raid de jeudi, les rebelles Houthis ont donné un bilan plus élevé, faisant état de 51 tués, dont 40 enfants, et de 79 blessés, dont 56 enfants. Les funérailles d’une partie des victimes ont eu lieu lundi dernier. Anwar Gargash a qualifié «d’importante» l’enquête ordonnée par la coalition vendredi d’avant.  Aux appels à une enquête indépendante, le ministre émirati a rappelé que dans divers conflits, de nombreuses parties n’avaient pas autorisé de telles investigations dans des zones de guerre. « L’appel devrait plutôt porter sur un renforcement de nos règles d’engagement», a-t-il dit. Un engagement confirmé par ailleurs par le général Mousallam Al-Rashedi, rappelant que son pays, les Emirats, est un pilier de la coalition militaire intervenant au Yémen. Le haut gradé a surtout évoqué la guerre menée contre Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa). Il s’est exprimé hier à Dubaï après une tournée organisée pour la presse étrangère dans le sud du Yémen.

Après le boulevard, un front contre l’Aqpa

Interrogé sur des informations de presse faisant état d’accords secrets avec Al-Qaïda pour que ses combattants se retirent avec leurs armes de localités qu’ils occupaient, le général Mousallam Al-Rashedi a fermement rejeté cette «fausse accusation», selon lui sans fondement, qui le «met en colère». «Il n’y a rien à négocier avec ces types», a-t-il dit. Les Émirats interviennent depuis mars 2015 au Yémen, aux côtés de l’Arabie saoudite, pour repousser les rebelles pro-iraniens Houthis –venus du nord– qui ont pris la capitale Sanaâ et progressé vers le sud, après avoir chassé le gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi. Mais quand ils ont aidé les forces pro-Hadi à reprendre, durant l’été 2015, cinq provinces du Sud, ils se sont heurtés à la présence de djihadistes qui ont profité du chaos pour prospérer dans ces régions, allant même jusqu’à contrôler pendant un an Moukalla, chef-lieu de la vaste province de Hadramout.  Après deux années, le général yéménite Faraj Salemine al-Bahsani, gouverneur de la province et commandant de la 2e zone militaire couvrant une bonne partie du sud, décrit comment Al-Qaïda a été chassé de Moukalla. «Nous avons formé une force de soldats de la région, avec l’aide des Emirats», a-t-il déclaré. «L’aviation de la coalition a paralysé Al-Qaïda avant de l’expulser de la région», a-t-il expliqué dans son bureau, sous un portrait du président Hadi. Des experts ont expliqué à l’époque qu’Al-Qaïda, qui avait institué la terreur d’avril 2015 à avril 2016 à Moukalla, avait préféré se retirer sans combat afin de préserver ses forces et de se replier vers des zones difficiles d’accès. La situation semble normale aujourd’hui à Moukalla. La ville vit sous perfusion des Emirats qui ont rétabli les services publics et fournissent l’essentiel de l’aide qui permet de faire fonctionner les hôpitaux, les écoles, les tribunaux et le port, selon le gouverneur.  Pour illustrer le reflux d’Al-Qaïda, un responsable militaire émirati a affirmé qu’il n’y avait eu que cinq attaques d’Aqpa dans le sud du Yémen au premier semestre 2018, contre 77 au cours de la même période de 2016. Selon lui, jusqu’en 2016, Aqpa avait une présence importante dans des grandes villes, ce qui constituait une source importante de financement et de recrutement pour le groupe. Les Emirats ont formé et équipé 60.000 combattants yéménites, dont 30.000 ont été directement impliqués dans la lutte contre Aqpa, a-t-il assuré. Au total, environ 1.000 combattants d’Aqpa ont été tués depuis 2015, dont 13 des 18 leaders les plus recherchés, et 1.500 capturés, a déclaré la même source. Par ailleurs, les Emirats ont donné 3,8 milliards de dollars d’aide depuis 2015 pour soutenir et stabiliser le Yémen, selon ce responsable militaire émirati.

Selon le général Rashedi, depuis début 2016, Aqpa a «perdu la moitié du territoire qu’il contrôlait» dans le sud du Yémen et «sa capacité à transporter le terrorisme mondialement a été sérieusement entravée». Le général Bahsani a cependant admis que la province de Hadramout n’avait pas été totalement nettoyée des combattants d’Aqpa et du groupe Etat islamique (EI) qui s’est implanté tardivement dans le sud du Yémen. Il leur a attribué des assassinats de responsables de la sécurité.