La montée de tension entre l’Iran et Israël sous fond d’instabilité de la Syrie augure d’une guerre probable aux conséquences incalculables dont les ingrédients tendent à se rassembler. Le retrait de Washington de l’accord sur le nucléaire iranien aura vite fait de faire basculer la situation, déjà assez tendue avec la complexe crise syrienne, vers des extrêmes où se profile déjà une conflagration généralisée.

Certains acteurs tirent déjà la sonnette d’alarme. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, estime que la situation devient « très dangereuse » au Moyen-Orient en raison d’un télescopage entre « les enjeux syrien et iranien ». « La région était déjà très déstabilisée avec la guerre en Syrie et l’annonce du retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien a contribué à renforcer cette déstabilisation », a-t-il estimé. Le face-à-face Iran-Israël se fait de plus en plus tendu. Les Israéliens ont effectué des dizaines d’agressions en territoire syrien sous le prétexte de vouloir endiguer une supposé « menace iranienne ». Les Israéliens jouissant d’une impunité illimitée se permettent de bombarder à plusieurs reprises un Etat voisin sans susciter la moindre récrimination. Tel Aviv se présente même comme une victime d’une supposée menace alors que les territoires palestiniens et le plateau du Golan sont toujours occupés par cet Etat agresseur. Il faut relever qu’Israël qui se veut être l’armée la plus invincible de la région et qui tente de garder une supériorité considérée comme vitale pour son existence a essuyé deux revers durant les derniers mois qui semblent avoir changé les règles du jeu : la destruction d’un F16 israélien par la DCA syrienne et les dizaines de missiles tirés jeudi sur des positions militaires israéliennes dans le plateau du Golan occupé. Une évolution qui n’est pas sans conséquences dans le rapport des forces actuelles. S’achemine-t-on vers une guerre ouverte avec cette brusque exacerbation de la tension ? Une guerre ouverte pourrait constituer une menace sérieuse pour toute la région à commencer par l’Etat hébreu exposé aux missiles du mouvement de résistance libanais Hezbollah qui avait montré ses capacités en 2006. Du côté iranien, on accuse Israël « d’inventer des prétextes » pour bombarder en Syrie. Téhéran « condamne fermement les attaques du régime sioniste » en Syrie estimant que « les attaques répétées du régime sioniste contre le sol syrien ont été menées sous des prétextes inventés qui sont sans fondement ». Les bombardements israéliens en Syrie et « la violation de la souveraineté de ce pays, en particulier ces derniers jours, est une agression claire et un exemple de la nature de ce régime dominateur et menteur, qui cherche à provoquer des crises, et ne peut tolérer la stabilité et la sécurité dans la région », a estimé Téhéran. Ces derniers mois, l’armée israélienne a mené des dizaines d’agressions sur le sol syrien arguant à chaque fois viser des « positions iraniennes ». Ces attaques répétées ont provoqué une réplique sur le Golan occupé. Une réplique limitée mais qui sonne comme un avertissement.

Trump « un bug de l’empire »
Le retrait de Washington de l’accord du nucléaire avec ses conséquences incalculables sur la stabilité de la région pourrait bien être un signal adressé aux Israéliens de passer à l’action. Mais cette possibilité n’est pas sans conséquences sur les Etats alliés de l’Amérique dans une région où les distances sont mineures. Cette posture belliqueuse des Etats-Unis envers un pays qui a pourtant mené, de façon assidue, durant une dizaine année des négociations ardues avec ses partenaires occidentaux, semble répondre à une ancienne inimitié. L’ancien ministre des Affaires étrangères de la France Hubert Vedrine estime que l’Amérique veut toujours se venger de l’Iran de 1979. « Je pense qu’aux Etats-Unis ce que j’appellerai ‘’l’Etat profond’’, c’est-à-dire les services, l’administration, l’armée, et j’ajoute le parti républicain, n’a jamais pardonné aux Iraniens d’avoir renversé le shah d’Iran, et pris en otage les diplomates de l’ambassade. Une certaine Amérique veut sa vengeance, ce durcissement en est l’expression. La rancune anti-iranienne est profondément implantée dans le système et Trump ne voudra pas ou ne pourra pas les remettre en cause, au contraire. C’est ce qu’il y a de pire dans la politique américaine actuelle, une erreur aussi néfaste que l’invasion de l’Irak en 2003 », a estimé cet observateur de premier plan. Un analyste de la scène internationale estime que le président américain qui semble vouloir appliquer aux relations internationales les termes du business est un véritable « bug de l’empire ». Le style Trump dénote avec la rationalité de ses prédécesseurs notamment dans la forme. « Obsédé par sa haine jalouse contre Obama », Donald Trump semble aller à l’encontre de tout ce qu’a entrepris son prédécesseur. En consentant aux désirs de Tel Aviv et de Ryadh, il risque de mener le monde vers une guerre aux enchainements désastreux.