Le torchon brûle entre le Liban et l’Arabie saoudite Bahreïn et les Émirats arabes. Ces quatre monarchies du Golfe ont rappelé leurs diplomates à Beyrouth, samedi 30 octobre 2021.

Par Anis Remane
Le Koweït, de son côté, a expulsé le chargé d’Affaires libanais du pays et a rappelé son ambassadeur. Une réaction sévère en réaction à des déclarations du ministre libanais de l’Information, Georges Kordahi, datant d’août dernier lorsqu’il n’était pas encore membre du gouvernement Nabil Mikati mais diffusées récemment sur un média libanais où il qualifie d’«absurde» la guerre au Yémen menée par Riyad et alliés du Golfe. Des propos de l’ancien homme de télévision jugées «inacceptables et répréhensibles tenus contre l’Arabie saoudite et le reste des (six pays) du Conseil de coopération du Golfe (CCG)», a réagi le Koweït samedi 30 octobre. Membre du CCG, le Qatar a condamné des propos «irresponsables». Mais il n’a pas pris de mesures de rétorsion, appelant seulement le gouvernement libanais à agir «pour surmonter les dissensions entre (pays) frères». Poids lourd du CCG, l’Arabie saoudite a décidé d’«arrêter toutes les importations libanaises», disant «regretter» la détérioration des relations bilatérales, selon un communiqué officiel. Dimanche, 31 octobre, elle a jugé «inutile» de traiter avec le Liban tant qu’il est «dominé» par le Hezbollah. «La domination du Hezbollah dans le système politique au Liban nous inquiète et rend inutile pour l’Arabie saoudite et les autres pays du Golfe de traiter avec ce pays», a déclaré le ministre saoudien des Affaires étrangères, Fayçal ben Farhan, à la chaîne de télévision Al-Arabiya. Le ministre saoudien a assuré qu’«il n’y avait pas de crise (entre son pays et) le Liban», mais qu’il «s’agit d’une crise interne au Liban causée par l’hégémonie iranienne». Il a souligné que «le problème allait bien au-delà des simples commentaires d’un ministre», dénonçant une «hégémonie du Hezbollah sur le Liban et l’incapacité du gouvernement libanais à sortir le pays de la crise». Les Emirats, qui participent ainsi que Bahreïn dans la coalition militaire intervenant au Yémen, ont en outre appelé dimanche leurs ressortissants se trouvant au Liban à quitter le pays «le plus tôt possible». Le Premier ministre libanais, Najib Mikati, s’était démarqué des propos de M. Kordahi, nommé au gouvernement par un parti chrétien allié au Hezbollah, et l’avait appelé implicitement à démissionner alors qu’il misait sur une potentielle aide financière des riches monarchies du Golfe pour relancer l’économie du Liban en plein effondrement. Mais le ministre Kordahi refuse de s’excuser et a souligné samedi que ses propos reflétaient son «opinion personnelle» avant sa nomination en tant que ministre.
Dimanche 31 octobre, il a affirmé que sa démission était «hors de question». Au Yémen, où Ryad accuse le Hezbollah d’avoir entraîné les Houthis et de les soutenir, les propos de M. Kordahi ont été salués par les rebelles. Des portraits du ministre libanais ont été affichés dimanche dans les rues de Sanaa sous contrôle des insurgés, avec la légende: «Oui, George, la guerre au Yémen est absurde». Des commerçants ont également affirmé à l’AFP que les Houthis avaient rebaptisé la rue commerciale Ryad du nom du ministre libanais. Les relations entre le Liban et l’Arabie saoudite étaient déjà tendues ces dernières années, Ryad accusant Beyrouth de ne pas contenir le Hezbollah, poids lourd de la politique libanaise et allié indéfectible de l’Iran. Déjà en mai, le ministre des Affaires étrangères du gouvernement précédent, Charbel Wehbé, avait démissionné après avoir qualifié les pays du Golfe de «bédouins» et les avoir accusés de liens avec le groupe jihadiste Etat islamique. Déclenchée en 2014, la guerre a plongé le Yémen dans l’une des pires crises humanitaires au monde selon l’ONU.
Des dizaines de milliers de personnes, la plupart des civils, ont été tuées et des millions déplacées selon des ONG internationales. Les parties en conflit ont été accusées par l’ONU d’exactions et de violations et atteintes au droit international et au droit humanitaire. n