Dans la nuit du dimanche à lundi, et sur ordre du président Joe Biden, l’armée de l’air américaine a ciblé des centres opérationnels et des dépôts d’armes dans deux endroits en Syrie et un endroit en Irak, des installations utilisées par des milices soutenues par l’Iran, a annoncé le Pentagone.

Synthèse Anis Remane
Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), les raids ont détruit un entrepôt et une position de milices irakiennes membres du Hachd al-Chaabi près de Boukamal (est de la Syrie), près de la frontière irakienne. Au moins sept combattants irakiens ont été tués, a affirmé cette ONG disposant d’un vaste réseau de sources dans la Syrie en guerre, où plusieurs milices armées étrangères ont combattu au côté du régime syrien contre les rebelles et les jihadistes.
Selon le Pentagone, les raids qui pourraient avoir un bilan humain plus lourd, ont été menés en représailles aux attaques ayant visé ces derniers mois les intérêts américains en Irak et imputées par les Etats-Unis aux factions irakiennes fidèles à l’Iran, ennemi de Washington.
Le Hachd al-Chaabi, fer de lance de l’anti-américanisme en Irak, a confirmé la mort dans des frappes de quatre de ses membres dans la région d’Al-Qaïm, dans l’ouest de l’Irak, près de la frontière syrienne. Les combattants «remplissaient leur mission habituelle visant à empêcher l’infiltration» de jihadistes venus de Syrie, a indiqué le Hachd al-Chaabi dans un communiqué, assurant qu’ils «n’étaient impliqués dans aucune activité hostile à la présence étrangère en Irak».
«Les positions bombardées n’abritaient aucun dépôt, contrairement aux allégations américaines», a-t-il affirmé. Selon le Pentagone, les cibles visées sont des «installations» utilisées par les milices «impliquées dans des attaques à l’aide de véhicules aériens non-habités (UAV) contre des personnels et des installations américaines en Irak».
Le Hachd al-Chaabi dément agir hors d’Irak, mais certaines de ses factions implantées dans l’est syrien combattent -en leur nom propre- au côté du régime Assad. «Nous vengerons le sang de nos martyrs (…) Nous avons déjà dit que nous ne resterions pas silencieux face à la présence des forces d’occupation (…)», a menacé le Hachd dans un autre communiqué.

Baghdad dénonce une atteinte à sa souveraineté
Baghdad a dénoncé avec force les frappes américaines meurtrières menées avant l’aube contre des positions de milices pro-Iran sur son territoire et en Syrie voisine. Le Premier ministre irakien Moustafa al-Kazimi a dénoncé dans un communiqué une «violation flagrante de la souveraineté» de son pays, tout en appelant «à éviter l’escalade». Il a réitéré son refus de voir l’Irak utilisé «comme un terrain de règlement de comptes». Depuis des années, les autorités irakiennes mettent en garde contre la possibilité que ses deux grands alliés, le grand voisin iranien et les Etats-Unis, ne se servent de son sol comme d’un champ de bataille où régler leurs comptes, dans un contexte toujours tendu autour du dossier nucléaire. L’Iran a lui accusé, après les raids, les Etats-Unis de «perturber la sécurité régionale». Les frappes américaines sont intervenues alors que des efforts sont en cours pour un retour des Etats-Unis à l’accord sur le nucléaire iranien, qui offre à Téhéran un allègement des sanctions en échange de son engagement à ne jamais se doter de l’arme atomique, et d’une réduction drastique de son programme nucléaire.
Intégré il y a quelques années aux troupes régulières, le Hachd a aujourd’hui selon des experts la haute main en Irak, où l’Iran jouit d’une grande influence et où les Etats-Unis maintiennent encore quelque 2.500 soldats. Il salue les attaques anti-américaines, mais n’en revendique pas la responsabilité. L’utilisation des drones est un casse-tête pour les Etats-Unis car ces engins peuvent échapper aux batteries de défense C-RAM, installées par l’armée américaine pour faire face aux tirs de roquettes. Washington a offert jusqu’à trois millions de dollars pour des informations sur les attaques anti-américaines.
L’opération américaine est la deuxième du genre contre des milices pro-Iran en Syrie depuis l’arrivée au pouvoir de Joe Biden en janvier. Une vingtaine de combattants ont péri dans la première frappe en février. Depuis le début 2021, plus de quarante attaques aux roquettes ou drones ont visé les intérêts des Etats-Unis en Irak et Washington accuse les factions pro-Iran. n