Par Adlène Badis et Hichem Laloui

L’annonce de soutien du candidat Ali Ghediri par Zoubia Assoul, la présidente de l’Union pour le changement et le progrès (UCP), commence à avoir, comme prévu, ses effets sur le mouvement Mouwatana. Le coordonnateur national Djilali Soufiane s’est voulu intransigeant sur la question. «On ne peut pas soutenir un candidat et rester porte-parole de notre projet politique. Cela s’apparenterait à un double discours que le mouvement ne saurait tolérer», a-t-il dit hier pour commenter la sortie surprise du parti de Assoul. Le mouvement dénommé «citoyenneté-démocratie» (Mouwatana) mis en place lors d’une réunion tenue au siège de Jil Jadid, à Alger, le 6 juin 2018 visait à «contribuer au véritable changement dont a besoin le pays». A deux mois et demi de l’élection présidentielle ce mouvement est mis sous pression à l’image de cette lutte feutrée entre deux principales personnalités. Pour Soufiane Djilali, les membres et les partis de Mouwatana étaient libres de soutenir X ou Y. Cependant, un porte-parole ne peut être un «accompagnateur d’un double discours» qui «sème la confusion». «Si moi coordonnateur du mouvement devait soutenir un candidat, je prendrais mes responsabilités quant à la position que j’occupe à Mouwatana», ajoute-t-il. L’allusion paraît pour le moins claire quant à une éventuelle démission de Assoul. «Nul ne peut s’accommoder d’un double discours. Mouwatana ne peut en aucun cas apporter son soutien à quiconque au risque de perdre sa crédibilité», a-t-il dit, ajoutant que ce mouvement est «un espace de débat, de concertation et de militantisme en faveur de la citoyenneté». Soufiane Djillali a également expliqué que ce mouvement «n’est pas un parti politique» pour prendre «part à une bataille électorale». Ce mouvement crée par un collectif composé par l’avocat Me Salah Dabouz, l’économiste Ali Benouari, le journaliste Saâd Bouokba, Amira Bouraoui, Soufiane Djilali, Zoubida Assoul et Ahmed Benbitour, semble passer probablement par la première crise depuis sa création. Mouwatana qui avait pour objectif affiché de «faire un diagnostic précis de la situation du pays et élaborer un programme commun pour les réformes politiques» semble déjà subir les soubresauts du rendez-vous du 18 avril. Une réunion serait prévue dans les prochains jours pour statuer sur le cas Zoubida Assoul. Soufiane Djilali avait pris le soin de rappeler la libre position de chaque membre et de chaque formation politique qui active au sein de cette structure politique collégiale.
Pour lui, Mouwatana peut apprécier un programme d’un candidat mais ça ne doit en aucun cas en faire un comité de soutien. Il notera que les idées de Ghediri et Benflis sont proches et par conséquent «on ne peut soutenir l’un au dépend de l’autre». Assoul qui s’est dite «surprise par cette demande», estime qu’elle n’est nullement dans une configuration de confrontation avec Soufiane Djilali. Entre les deux personnalités politiques les plus en vue de ce mouvement semble s’installer déjà une confrontation feutrée. L’on dit que Djilali Soufiane entretient une certaine «jalousie» envers l’aisance verbale de Zoubida Assoul et son discours de raison, ce qui lui ravit la vedette au sein du mouvement. Le président de Jil Jadid tiendrait-là l’occasion d’une revanche, et peut-être une possibilité de se débarrasser d’une personnalité qui lui faisait de l’ombre ? Concernant la candidature d’Ali Ghediri, Soufiane Djillali ne semble pas prêter beaucoup de crédit à la démarche du candidat, tant qu’il estime qu’on ne peut en aucun cas «partir rassurant dans une élection que tout montre comme fermée». A propos d’un probable soutien à ce candidat, le chef de Jil Jadid et coordinateur national de Mouwatana se dit prêt à travailler pour lui s’il «s’engage, une fois élu, à réaliser le projet de Jil Jadid». n