Les conflits socioprofessionnels dans les secteurs de la Santé et de l’Education nationale et qui ont été récemment à l’origine de nombreux débrayages et de mouvements de protestation ont eu un écho important à El Mouradia.

Par Lyes Sakhi
Ils ont résonné en tout cas en Conseil des ministres, et l’importance qui leur a été réservé durant ce tour de table entre la présidence de la République et l’Exécutif Djerad, dimanche 2 mai, indique à l’évidence que le chef de l’Etat cherche à répondre aux revendications du monde du travail, qui ont été accentuées récemment par la flambée des prix à la consommation et l’érosion du pouvoir d’achat, et à détendre le climat social.
Preuve en est sa décision d’ordonner au gouvernement d’ouvrir le dialogue avec les différents partenaires sociaux des secteurs de la Santé et de l’Education nationale pour «l’examen de la situation socioprofessionnelle» de leurs personnels. Une initiative qui devrait ranimer les canaux de concertation entre ces deux départements et leurs syndicats, alors que les récents mouvements de protestation et les journées de débrayage qu’ils ont organisés ont montré des divergences de fond et une difficulté sérieuse à faire avancer les dossiers à l’ordre du jour des contestations.
Si pour le secteur de la Santé, les indications sur les questions que le ministère va aborder en priorité avec les syndicats restent encore à connaitre, celles concernant l’Education nationale sont identifiées. Le département de Mohamed Oudjaout va négocier avec ses partenaires sociaux la «révision du statut particulier de l’enseignant», une dénomination tout de même générique qui devrait le conduire à discuter avec eux des revendications socioprofessionnelles qui ont motivé les récents mouvements de grève telles que l’accès au logement, les primes, les salaires…
S’il faut, bien sûr, attendre de voir comment l’instruction donnée par le président Tebboune va être appliquée sur le terrain entre le gouvernement et les syndicats – une prudence dictée par la qualité de la relation qui lie les deux parties et les crispations qu’on connait entre les ministères qui connaissent une ébullition et les partenaires sociaux -, il y a lieu de croire à une volonté du chef de l’Etat de regarder la réalité socioéconomique du pays en face et d’aller vers un compromis avec les syndicats autonomes, l’UGTA étant pratiquement dans le choix de ne pas se départir de sa ligne d’appui au gouvernement Djerad. Il semble même se révéler quelque part moins étatiste que son Premier ministre désormais recadré après les propos qu’il a eus le 28 avril dernier sur le front social et que les syndicats de l’Education nationale et de la Santé ont considérés comme une provocation.
Après le Conseil des ministres du 2 mai 2021, on ressent une écoute du syndicalisme revendicatif et combatif pour éviter une crispation du débat avec ses acteurs et une aggravation du champ de la contestation socio-économique. Cela semble tenir d’une nouvelle analyse du terrain et des conclusions à tirer sur l’action des syndicats autonomes et, plus sûrement, de la grogne du salariat qui se répand aujourd’hui jusqu’au corps constitué des agents de la Protection civile, les pompiers.
Cette nouvelle écoute n’exclut pas une révision de la loi sur les syndicats, selon ce que l’on a compris hier de la déclaration du ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale. Hachemi Djaaboub a évoqué hier dans une déclaration à la chaine I de la radio nationale la probabilité de rouvrir le texte sur l’activité syndicale dans le pays (lire article de Fazil Asmar en page 5), au moins pour donner aux confédérations qui ont émergé récemment le contenu juridique qui leur manque actuellement et les empêcher d’agir en tant que telles. L’annonce par M. Djaaboub de la mise à jour de la loi syndicale en ce moment de forte pression sociale sur le gouvernement et le partenaire historique UGTA, qui ne gagne plus de points, mais en perd constamment, n’exclut pas toutefois l’hypothèse d’un durcissement limitant l’incidence de l’action syndicale. A suivre, donc.