De l’avis de tous les observateurs, ici à Ouargla, la scène sociale dans la région s’est « brouillée » et il est devenu difficile de savoir « qui fait quoi » et qui « organise avec qui » les fréquentes manifestations devant la wilaya et l’Agence d’emploi.

Pour certains, c’est l’absence des leaders du Comité national pour la défense des droits des chômeurs (Cnddc) du terrain qui a engendré le désordre constaté. Les interpellations qui ont ciblé ses animateurs, l’usure et le départ de certains des ténors ont changé profondément la carte des luttes sociales et des revendications pour l’emploi en particulier.
A la place du comité anti-chômage, plusieurs groupes à l’identité difficile à cerner ont émergé, le plus souvent dans des logiques de concurrence réelle, mais jamais avouée. Sans stratégie, sans porte-parole, leurs initiatives se multiplient sans cohérence hormis celles de porter la colère sur l’espace public.
Ce phénomène a commencé depuis 2015. Cette année a vu les demandeurs d’emploi se mobiliser en dehors du Cnddc, qui a marqué l’histoire des luttes sociales dans la région en janvier 2013 en mobilisant près de 10 000 manifestants dans la seule ville de Ouargla. Difficile qu’il ne reste presque rien de cette période de mobilisation ?
Malek Aibek, un des principaux porte-paroles du Cnddc qui avaient acquis un savoir-faire militant, affirme à «Reporters» que la « surveillance et la répression policière ont gravement affaibli son mouvement». Il indique cependant que les militants, absents du terrain, se rencontrent et suivent les événements de près «en perspective d’un nouveau déploiement» qui bénéficierait des « leçons passées ». En attendant, l’espace de la protestation ne cesse de prendre de l’ampleur.
« Le chômage menace toute une génération qui a sué pour obtenir un diplôme qui s’avère vain et insuffisant pour avoir un emploi », explique A. Mossaâb, un des fondateurs d’un autre collectif de revendication : l’association nationale pour la défense du droit et la promotion de l’emploi, bureau N’goussa. Pour ce diplômé, plus de 1 500 sociétés, dont 210 pétrolières, sont implantées à Hassi Messaoud.
Ces entreprises recrutent chaque année des centaines d’ouvriers, mais «les gens du Sud n’ont que les miettes ». « Les postes qui leur ont été offerts se comptent sur les doigts », affirme-t-il