A l’instar de l’ensemble des experts du secteur de l’énergie en Algérie, Mourad Preure continue à prôner inlassablement la rupture avec le tout conventionnel et le basculement rapide vers les énergies renouvelables.
La transition énergétique ne peut plus attendre, soutient M. Preure, insistant sur l’urgence pour le pays de diversifier ses ressources énergétiques, d’autant plus que la production locale d’hydrocarbures se trouve aujourd’hui face à une consommation nationale qui n’en finit pas de prendre du volume, insiste-t-il. Elle a carrément explosé ces dernières années, et «on consomme 46 milliards de mètres cubes de gaz annuellement, soit une augmentation de 53 % depuis 2009, c’est excessif», a relevé l’expert, hier, sur les ondes de la radio publique.
La balle est aujourd’hui dans le camp de Sonatrach, souligne-t-il, et le groupe énergétique national doit orienter ses efforts pour devenir un «grand leader» de la transition énergétique. Lequel doit, certes, reprendre le développement des ressources conventionnelles connues en pétrole et gaz et relancer l’exploration de nouvelles ressources dans laquelle le partenariat jouera un rôle clé, dira encore M. Preure dans une autre intervention à l’APS. Mais, «il faut s’engager de manière volontariste et visionnaire dans la transition énergétique en développant massivement les énergies renouvelables notamment le solaire», a-t-il recommandé. Sur ce registre, il rappellera le potentiel «exceptionnel» dont jouit le pays, grâce à un ensoleillement de «3 500 heures par an sur 86 % du territoire national», a-t-il noté.
«Cette transition doit être considérée comme une ambition industrielle entraînant, sous la direction d’un champion national Sonatrach, universités et entreprises nationales», précisera-t-il, non sans insister sur le nécessaire respect de la chaîne de valeurs, allant de la production des cellules photovoltaïques en silicium jusqu’à la fabrication de batteries lithium-ion et viser des partenariats stratégiques avec des leaders technologiques internationaux, détaillera-t-il. Interrogé par la même agence officielle sur la nationalisation des hydrocarbures qui boucle son cinquantenaire en ce 24 février 2021, l’expert en énergie dira qu’il s’agit d’un acquis «à préserver», avec Sonatrach dans le rôle d’un puissant acteur énergétique national et international, afin d’assurer l’indépendance énergétique du pays.
«L’objectif sera aujourd’hui, dans l’esprit du 24 février, de construire un puissant acteur énergétique national, Sonatrach, qui s’imposera parmi les leaders de la transition énergétique dans le monde.

Il assurera ainsi l’indépendance énergétique à long terme de notre pays, accroîtra les ressources financières de l’Etat et entraînera dans son sillage un puissant écosystème dédié à l’énergie qui, en retour, renforcera de manière déterminante et sa position concurrentielle et la puissance de la Nation dans le monde», a-t-il souligné en ce sens.

«Sonatrach doit opérer sa mue»
Mais pour grandir d’avantage et assurer ce rôle, Sonatrach doit «opérer sa mue» en bénéficiant d’un élargissement de ses prérogatives par l’Etat qui permettra à l’Algérie de «s’engager avec succès dans les challenges technologiques du nouveau millénaire et de réussir sa transition énergétique, a expliqué M. Preure, considérant que le pays «doit profiter de la crise qui affecte l’économie mondiale et, par incidence, l’industrie pétrolière, pour donner un élan décisif à son industrie énergétique nationale.
Sonatrach a également besoin de renforcer ses plans technologique et managérial et d’un soutien afin de «se projeter des théâtres d’opération internationaux, détenir des réserves pétrolières à l’étranger, s’intégrer dans l’aval gazier et la génération électrique sur ses marchés stratégiques en Europe et se déployer dans les renouvelables en profitant des avantages comparatifs naturels de l’Algérie.
Pour cela, la compagnie, soutient-il, «doit rechercher des alliances avec des entreprises leaders, notamment européennes, mises en difficultés par la concurrence asiatique et dont la survie est aujourd’hui en question», recommande-t-il, et ce, via des filiales communes, jusqu’à des liens de capital, précise-t-il.
Concernant le domaine minier algérien, Mourad Preure estime qu’il est «prospectif incontestablement» et que le sous-sol est «encore riche en ressources et réserve de bonnes surprises pour l’exploration». Il devrait se développer et se mettre en valeur en comptant sur un partenariat international, a-t-il néanmoins préconisé, évoquant, à ce propos, «les avantages de la nouvelle loi sur les hydrocarbures, dont «le contrat de partage-production», notant que celui-ci «est familier des compagnies internationales et présente l’avantage de préserver la souveraineté nationale sur les ressources tout en reportant le risque et l’effort d’investissement sur le partenaire étranger de Sonatrach.