Les chamboulements que provoque la guerre en Ukraine sur le marché des énergies, depuis plusieurs mois, et la nouvelle cartographie géostratégique qui est en train de se dessiner constituent incontestablement une opportunité historique pour l’Algérie en sa qualité de fournisseur incontournable en la matière.

Par Feriel Nourine
Un fournisseur dont la fiabilité est constamment mise en avant par ses clients, notamment chez les pays européens où la crise énergétique se fait le plus ressentir suite aux multiples sanctions prises par l’Union européennes contre la Russie, alors que les alternatives au pétrole et gaz de ce pays s’avèrent toujours difficiles à trouver.
Alors que la crise, notamment du gaz, ne cesse de s’amplifier en Europe, mettant le Vieux Continent dans une situation socio-économique des plus intenables, l’Algérie est sollicitée comme jamais auparavant, aussi bien par ses clients européens traditionnels que par d’autres pays européens qui souhaitent s’approvisionner des champs gaziers du Sud algérien.
Cette situation renforce manifestement la position de l’Algérie, et notre pays doit exploiter ces données à leur juste valeur, estime l’expert en énergie, Mourad Preure, qui recommande un déploiement à la mesure des avantages qu’est capable de tirer le pays de la crise énergétique en cours.
«Aujourd’hui, l’Algérie a un alignement d’étoiles et une fenêtre d’opportunités», qu’il faudra saisir, a fait remarquer M. Preure, hier sur les ondes de la Radio nationale. Une occasion qui, «peut-être, ne se répètera jamais», a-t-il souligné pour insister sur la nécessité de ne pas la rater.
«Nous avons une Europe qui est en difficulté, en besoin pressant d’énergie. L’Algérie doit saisir cette occasion», martèle l’expert.
En ce sens, il recommande aux autorités du pays d’adopter une «démarche agressive» qui lui permettrait de faire valoir les atouts dont il dispose actuellement sur le marché énergétique mondial. Lesquels atouts lui confèrent un statut de décideur dans ce marché et d’attirer les investissements nécessaires à l’augmentation de ses capacités énergétiques.
«Le gaz est un levier sur la base duquel on peut avoir des ambitions stratégiques. Il faut saisir cette opportunité pour renforcer sa position concurrentielle», explique-t-il.
«Moi, je ne vois pas mon pays comme seulement exportateur de matières premières. Je le vois d’abord comme acteur énergétique qui a la chance d’avoir un potentiel énorme en énergies fossiles, découvert ou à découvrir», dira-t-il à ce propos. «Nous avons surtout une compagnie nationale d’hydrocarbures, nous avons un deuxième énergéticien, à savoir Sonelgaz, et nous devons saisir cette occasion pour nous redéployer et pour le pouvoir de négociation qui n’a jamais été aussi fort dans le secteur énergétique qu’aujourd’hui», répètera encore M. Preure, avant d’évoquer le défilé, ces derniers temps, de responsables étrangers en quête de gaz algérien.
«Aujourd’hui, ils viennent tous en Algérie pour le gaz parce qu’ils comprennent que l’Algérie est une source fiable», affirmera-t-il, rappelant que «même pendant la décennie, il n’y avait jamais eu de rupture dans les approvisionnements de Sonatrach».
Le manque dont souffre actuellement l’offre énergétique mondiale fait que les énergéticiens européens «doivent venir en Algérie pour investir avec nous et développer des capacités en fonction de leurs besoins», poursuit l’intervenant. Il précisera que les capacités auxquelles il fait référence «ne concernent pas seulement l’exploration et l’exploitation, mais aussi les énergies vertes». De cette manière, «nous libérerons une partie du gaz destiné à la consommation nationale vers l’exportation», souligne-t-il. Le statut d’acteur doit être actionné par l’Algérie en cette période précise pour accélérer la venue d’investisseurs étrangers dans les énergies vertes, recommande encore le même expert. Ceci d’autant que la question des coûts de l’énergie est loin de plaider en faveur d’investissements en Europe, fait-il remarquer. Bien au contraire, «le coût de l’énergie en Europe est aujourd’hui pénalisant pour les investisseurs», souligne-t-il, alors que la nouvelle loi relative au secteur offre des avantages que ces derniers doivent plutôt saisir et développer leurs activités.
Le pouvoir de négociation de l’Algérie est «très fort et il ne faut pas le sous-estimer», insistera M. Preure. «Ces questions de partenariat stratégique doivent être traitées au plus haut niveau de l’Etat, avec des choix stratégiques lourds», recommande-t-il, partant du principe que «nous sommes dans la solution et non dans le problème de l’Europe».
Interrogé sur les mesures de plafonnement du prix du gaz que l’UE va mettre en place à partir de février prochain, l’expert en énergie n’hésite pas à qualifier cette démarche de «grossière plaisanterie». Il explique que «le marché est un marché d’offreurs et non un marché de demandeurs». En d’autres termes, «ce ne sont pas les demandeurs qui définissent les prix et cela est connu de tout le monde», dira-t-il. <