Dans cet entretien, l’économiste livre son approche sur les changements que compte opérer le nouveau président de la République en rapport avec le commerce extérieur du pays.

Reporters : Le nouveau président de la République a révélé, lors sa première conférence de presse organisée vendredi dernier, qu’il comptait mettre en place de nouvelles règles dans le commerce extérieur du pays, notamment pour ce qui concerne les importations.Peut-on connaître votre avis sur le sujet ?
Mourad Goumiri : Le commerce intérieur et extérieur est une séquence économique importante dans le marché mondial. Il est donc normal que le prochain gouvernement prenne en charge ce dossier. D’autant que dans notre pays, le flux se fait dans un seul sens à 90%, puisque nous sommes quasiment des mono-exportateurs, il est donc important de définir de nouvelles règles du jeu en matière d’importations.
D’abord pour réguler les flux, compte tenu du niveau de nos réserves de changes qui diminuent chaque année un peu plus, pour assurer la traçabilité et la transparence des opérations, qui en ont bien besoin. Ce secteur a servi à transférer illégalement d’énormes montants de devises et à blanchir toutes les ressources nées de la corruption et de tous les autres trafics. Comment agir ? C’est à la fois facile et complexe, dans la mesure où c’est simple du fait d’étudier le système, mis en place par les autres pays, qui ont réussi à construire des procédures fiables, fluides, rapides et difficilement « traficables ». Complexe, car il sera très difficile de changer les mentalités et les pratiques multiples qui se sont érigées en « normes » et qui ont généré une corruption inimaginable !

Le chef de l’Etat a aussi parlé de s’attaquer au phénomène de la surfacturation afin d’y mettre un terme. Y arrivera-t-il ?
Comment font les autres pays ? Pourquoi ce phénomène se développe-t-il uniquement en Algérie ? En développant des systèmes informatiques intelligents et fiables, bases de données… nous arriverons à éradiquer ce phénomène qui pourrit tout le commerce extérieur ! Il suffit d’avoir la volonté de le faire, d’initier des nouvelles règles et de réprimer tous les contrevenants de tous bords. Il me semble que le nouveau Président a les moyens de mener à bien cette politique, dans la mesure où il s’appuie sur les compétences à tous les niveaux et notamment en matière de ressources humaines.
Il faut que notre pays se dote d’une vision économique et sociale à moyen et long termes de manière à cesser de naviguer à vue. Le maître-mot en la matière, c’est de développer des capacités d’anticipation, de définir des étapes séquentielles de réalisation de projets rentables et de libérer l’acte de gestion, afin de permettre aux opérateurs économiques d’entreprendre dans un environnement stabilisé et des règles claires qui ne laissent aucun espace à l’improvisation et ou à la discrimination. C’est un programme ambitieux, mais il faut donner à notre économie des ambitions saines, à moyen et long termes et ne pas hésiter à entreprendre des partenariats publics-privés ainsi qu’avec le reste du monde, de type gagnant-gagnant.