Reporters : Le rapport de conjoncture de l’Institut technique des élevages (ITELV) prévoit une hausse des prix sur le poulet de chair due à une offre du marché de la production en baisse. Confortez-vous cette prévision ?
Moumen Kali : Nous allons enregistrer une hausse des prix sur les étals par l’effet d’une offre en deçà de la demande. La production va baisser parce que les petits éleveurs, et ils sont nombreux, ne sont plus en mesure de mettre en place des batteries d’élevage de poulet de chair. Le prix de revient est devenu tellement élevé qu’il leur est très difficile de s’approvisionner en quantité suffisante et indispensable en aliment. Et à ce titre, il faut savoir que le prix du quintal de maïs, qui était de 2 600 DA jusqu’au mois de juin dernier, est passé en ce début d’année à 5 500 DA. A partir de là, on comprend la situation des petits éleveurs.

Le PDG de l’Office national des aliments du bétail (ONAB) vient de rassurer les éleveurs d’une baisse des prix de l’aliment…
Nous l’espérons, car des centaines de familles dépendent de cette activité. Il faut aussi savoir que notre filière a besoin avant tout d’une régulation du marché de l’aliment, car les petits éleveurs ne se retrouvent plus. Ils dépendent du diktat des spéculateurs sur l’aliment de nutrition avicole et, également, des rabatteurs qui font la pluie et le beau temps sur le circuit de la commercialisation.

Toujours à propos de régulation du marché de la production avicole, un cahier des charges a été élaboré et adopté par les parties concernées au mois de juin dernier. Où en est-on ?
Le cahier des charges est entré en vigueur depuis peu. C’est un soulagement pour l’ensemble des acteurs de la filière avicole. Nous estimons que ce cahier des charges, s’il est appliqué à la lettre et surtout sans demi-mesure, et grâce à la nouvelle stratégie en amont et en aval de la filière, réduira considérablement l’activité informelle. Laquelle est responsable en grande partie du dysfonctionnement actuel du circuit production/commercialisation. C’est d’autant plus une priorité, quand on sait que l’activité informelle domine notre filière à hauteur, selon les estimations du ministre de tutelle, de 70%. C‘est à travers cette opération que toutes les exploitations avicoles seront identifiées et, par voie de conséquence, de régulariser les éleveurs versés dans l’informel.
Si l’on comprend bien, grâce à ce changement, les acteurs de la filière, les commerçants et les consommateurs seront tous gagnants…
C’est le but visé si l’on veut que le marché de la volaille sorte une fois pour toute du désordre chronique dans lequel il est plongé depuis des années.