La nécessité, voire l’impératif, d’une révision du mode de fonctionnement du commerce extérieur de l’Algérie fait l’unanimité chez nos experts et analystes en économie. Ces derniers ne ratent pas une occasion de s’exprimer pour appeler à une révision en la matière, notamment à travers les accords de libre échange dans le cadre des zones économiques et régionales, ceux-ci étant jugés sans réel avantage pour les rentrées en devises du pays, alors qu’ils s’avèrent très suffisamment rentables pour ses partenaires.
C’est pourquoi «des transformations profondes devraient être introduites graduellement aussi bien dans la structure des échanges que dans les relations bilatérales avec les principaux partenaires et pour les accords commerciaux qui nous lient à certaines zones économiques», plaide aussi l’expert en économie et ancien directeur du commerce extérieur au ministère du Commerce, Mouloud Hedir.
Dans un entretien accordé à l’APS, M. Hedir appuie l’engament du gouvernement concernant l’évaluation profonde des accords de libre-échange existants. Il considère toutefois que cette évaluation ne devrait pas être «confinée» dans l’administration, mais doit donner lieu à un «large» débat et une «plus grande transparence». Il y a lieu de rappeler qu’en matière de débats, le ministère du Commerce avait organisé, en février dernier, un colloque national sur l’évaluation des accords commerciaux conclus entre l’Algérie et ses partenaires économiques. A l’occasion le ministre de la tutelle Kamel Rezig avait indiqué que la relation économique de l’Algérie avec ses principaux partenaires est «régie par des accords commerciaux, nobles en apparence, mais qui ont maintenu, des années après leur mise en vigueur, l’économie nationale dans un état de dépendance et de consommation continue de tout ce qui est importé». Il y a lieu de remettre de «l’ordre» et de la «cohérence» dans la politique du commerce extérieur, insiste l’expert, soulignant qu’il s’agit d’«une nécessité aussi bien pour les acteurs économiques internes que pour l’ensemble de nos partenaires extérieurs».
M. Hedir ne limite pas son évaluation et ses recommandations aux seuls accords qui lient l’Algérie à des zones de libre-échange, mais évoque dans la même logique l’état de la balance commerciale, rappelant ses très forts déficits enregistrés ces dernières années sous le poids de factures d’importations qui continuent à dépasser largement les recettes des exportations réalisées.
A un rythme de «20 à 30 milliards de dollars» par an, ces déficits sont en train de mettre le pays dans une situation qui «va rapidement devenir intenable», avertit-il en guise de soutien à ses recommandations pour des changements urgents dans le domaine du commerce extérieur. Pour étayer son analyse, il a cité, à ce propos, la Chine, en tant que premier fournisseur de l’Algérie, en faisant remarquer que ce cas illustrait parfaitement cette nécessité de changement de la structure des échanges commerciaux. L’expert a ainsi mis en exergue le niveau du déficit commercial avec ce pays asiatique qui oscille entre 6 à 8 milliards de dollars/an, dépassant à lui seul, le déficit global du commerce extérieur. Cet état de fait est valable aussi, a-t-il signalé, avec les deux autres principaux partenaires commerciaux de l’Algérie, à savoir l’Union européenne et les Etats-Unis.
Le Coronavirus doit accélérer la diversification de l’économie
Le changement prôné par l’intervenant est plus que jamais d’actualité en cette période de pandémie de coronavirus qui impacte lourdement les échanges bilatéraux et les flux de transports, relève encore l’intervenant. Comprendre que les transformations qui doivent être opérées au profit du commerce extérieur de l’Algérie se font avec un réel renforcement de l’appareil productif national.
Partant de la réalité que cette crise sanitaire, à travers son impact économique, est venue «confirmer la faiblesse de notre système de production, qui privilégiait pendant des années durant le recours à l’importation pour répondre aux besoins de la population. (…) M. Hedir considère que «c’est cette politique structurelle qu’il convient de remettre en cause, pour la réorienter dans le sens de l’appui à la production locale», explique-t-il, ajoutant que «dans l’immédiat, la question qui se pose est celle de la résilience de notre système économique et de sa capacité à faire face à cette crise sans précédent avec le minimum de dégâts possible».
Estimant qu’il était encore tôt d’évaluer les conséquences du Covid-19 sur l’économie nationale, l’expert en économie ne manquera pas pour autant d’en percevoir une obligation incontournable pour les pouvoirs publics d’aller vers la diversification de cette économie. Ces derniers doivent «tirer les leçons de cet événement brutal» qui vient de s’abattre sur l’économie mondiale en vue de «mettre en œuvre des réformes profondes», dira-t-il.
«La diversification de l’économie n’est plus une simple option, c’est une obligation que ce phénomène du coronavirus va sans doute imposer encore plus vite», a tenu à souligner M. Hedir, persuadé que le «modèle» économique suivi à ce jour est «arrivé à son terme».
F. N.