Mouloud Bakli est spécialiste du saliciure – ou salicide en anglais – technique hautement technologique pour élever les rendements électriques obtenus dans les circuits à base de silicium – matériaux utilisé pour la fabrication de panneaux photovoltaïque.

Invité hier à la Radio nationale à donner son appréciation sur la transition énergétique en Algérie, il résume l’état actuel des choses dans ce qui suit : le programme de transition, donc la partition, existe, mais pas l’orchestre approprié, dans la mesure où ce qui manque à ce programme national, c’est une politique claire de mise en œuvre et de déploiement, année après année, afin d’instaurer une courbe d’apprentissage.
La transition énergétique ne se fait pas en une poignée d’année, tout autant que les technologies associées qui ne s’acquièrent pas en peu de temps, mais sur la durée, par apprentissage, retour d’expérience et d’implémentation. C’est ce qu’entend M. Bakli par «courbe d’apprentissage». En revanche, s’il devait choisir une source d’énergie propre qui servira la transition énergétique nationale, M. Bakli opte sans coup férir pour le solaire. «Sans aucun doute», appuie-t-il. Pourquoi ? «Si vous regardez aujourd’hui toutes les énergies renouvelables, le thermique, l’éolien et la biomasse, le solaire est véritablement celui qui sort du lot : d’abord parce que le coût du photovoltaïque a été divisé par six ces sept dernières années, et il est même beaucoup moins cher que le gaz», explique M. Bakli. A 2 DA le kilowattheure d’électricité produite à partir du solaire contre 4 DA le kilowattheure que paie actuellement l’Algérien, une énergie principalement produite à partir du gaz et qui plus est subventionnée à hauteur de 8 DA pour un coût de production de 12 DA contre 4 cents – moins de 3 DA – pour le solaire, il est évident, aux yeux de M. Bakli, que la balance penche pour le solaire ! «C’en est évident», dit-il. Mais au-delà de son intérêt économique «sonnant et trébuchant», le panneau photovoltaïque est devenu, au fil des ans, extrêmement fiable, au point que les producteurs sont capables de les garantir 25 ans ; assez de temps donc pour amortir l’investissement sur un panneau solaire actuellement aux environs d’un demi-dollar le wattheure. «Et les panneaux qui vont sortir dans un an le seront 35 ans ! Vous imaginez un panneau qui est là, qui ne bouge pas, ne demande pratiquement aucune maintenance mis à part le nettoyer, et qui, durant 25 ans, il produit de l’énergie…», s’exclame encore M. Bakli, qui ne voit dans le solaire que des vertus. Cependant, conseille-t-il, il serait avantageux et judicieux pour le pays d’aller en «douceur» vers le solaire en l’intégrant davantage dans le mix énergétique national, ce qui, peu à peu, permettra à l’Algérie de moins «brûler» son gaz dans les turbines de production d’électricité et le consacrer alors à l’exportation. Mais l’essor du photovoltaïque passe aussi et surtout par le privé, qui mettra en place lui-même un tissu industriel en mesure de générer 40 emplois par mégawatt installé ! Sous réserve de reconsidérer les droits de douanes sur les composants et matériaux qui entrent dans la production de panneaux photovoltaïques et de donner aux investisseurs davantage de visibilité, dit-il, sans être platonique.
Enfin, il faut simplement rappeler que le programme national en énergie renouvelables ou de transition énergétique doit réaliser pour les besoins domestiques 22 000 MW, dont plus de 4 500 MW le seront d’ici à 2020. Par filière technologique, il s’agira de produire 13 575 Mw du solaire photovoltaïque, 5 010 Mw de l’éolien, 2 000 Mw du solaire thermique, 1 000 Mw de la biomasse, 400 Mw en cogénération et 15 Mw de géothermique. Il est attendu que la réalisation de ce programme permette d’atteindre, à l’horizon 2030, une part de renouvelable de près de 27% dans le bilan national de production d’électricité. Mais surtout d’épargner 300 milliards de m3 de gaz, soit un volume équivalent à 8 fois la consommation nationale de la seule année 2014.