«A partir du 1er avril, compte tenu de la décision prise aujourd’hui, personne – ni pays de l’Opep ni pays de l’Opep+ – n’a l’obligation de baisser la production». Cette déclaration faite, vendredi à Vienne, par le ministre russe de l’Energie annoncerait-elle donc la fin de l’accord de réduction entre les pays de l’Opep et leurs partenaires, dont la Russie, en vigueur depuis début 2017 ?
Beaucoup d’indices plaident, en tous les cas, en faveur de cette thèse, d’autant plus que l’intervention d’Alexandre Novac face à la presse a eu lieu au sortir de la très tourmentée réunion de l’Opep+, qui a vu la Russie rejeter la recommandation du cartel concernant des coupes supplémentaires de 1,5 million de barils par jour pour juguler la dégringolade dangereuse des cours du brut provoquée par l’épidémie du coronavirus.
En plus du refus russe d’adhérer à la démarche de l’Opep, quitte à ce que les prix poursuivent leur chute, la déclaration de M. Novak semble s’inscrire dans une nouvelle démarche que son pays voudrait adopter vis-à-vis de l’évolution du marché sans devoir se soumettre à tout un engagement avec l’organisation ou autre.
Cette déclaration rappelle, en effet, la fin très proche, soit dès le 31 mars, de l’accord de réduction. Mais bien plus qu’un rappel, elle exclut la prolongation de cet accord, recommandée jusqu’à la fin 2020 et, à l’occasion, remet la cadence de la production à l’époque d’avant sa conclusion entre les 13 pays de l’Opep et leur 11 partenaires pour juguler la chute des prix du pétrole entamée en 2014 et qui avait fait baisser les prix jusqu’à 30 dollars le baril.
Les signes en provenance de Moscou montrent bien depuis quelques semaines que le seul intérêt auquel doit obéir la production pétrolière du pays est celui qui a trait à son équilibre. Et cette réalité a été déjà mise en évidence la semaine dernière par le président russe Vladimir Poutine, ce dernier ayant affirmé que «les Russes peuvent vivre avec un baril à 40 dollars et il semble qu’ils soient prêts à supporter des prix encore plus bas à court terme».
Cette affirmation expliquerait à elle seule la distanciation dont se distingue la Russie depuis le début de l’année à l’égard de ses partenaires de l’Opep, dont particulièrement l’Arabie saoudite, en sa qualité de chef de file de l’organisation, mais aussi grand perdant dans la réduction de la demande mondiale d’or noir. Ce qui fait dire à des analystes que si la Russie n’a pas suivi l’Opep, c’est qu’elle ne voulait plus suivre l’Arabie saoudite, sachant que la perspective russe «est très différente de celle de l’Arabie saoudite et des autres membres de l’Opep» et que «l’économie russe, plus diversifiée que celle de la plupart des membres du cartel, est moins dépendante du pétrole».
Par ailleurs, la Russie n’a sans doute pas apprécié le passage récent des Etats-Unis au rang de premier producteur mondial d’or noir, la reléguant à la seconde position devant l’Arabie saoudite. Cette situation n’a pas manqué de ramener de l’eau au moulin des groupes énergétiques russes qui ont constamment remis en cause les déductions opérées par Moscou dans le cadre de l’accord Opep+, considérant que cette démarche était opérée au détriment de leurs capacités de production.
Ces groupes se trouvent certainement aujourd’hui confortés dans leurs positions maintenant que la Russie est passée derrière les Etats-Unis qui extraient plus de 13 millions de barils par jour et en exportent entre 3 et 4 millions de barils par jour sans devoir se conformer à un quelconque accord conclu avec une autre partie. Or, l’une des priorités de Moscou consiste justement de ne rien céder au rival américain.
Une chose est certaine, la position russe est en train de faire passer à l’Opep l’un des pires moments de son histoire, et l’après-31 mars risque de mettre l’organisation dans une impasse d’où seule la disparition du coronavirus, suivie d’une relance rapide de la croissance pourrait la faire sortir de cette conjoncture.