A la progression alarmante des cas confirmés de Covid-19 est venue s’ajouter une autre, celle du nombre de décès qui sont de plus en nombreux ces derniers jours, parmi lesquels bon nombre de personnel de la santé dont on déplore une dizaine de morts depuis la fin de la semaine dans de nombreuses wilayas. D’où une nouvelle stratégie de lutte et de prévention s’impose devant cette menace virale, de l’avis des professionnels de la santé.

La pandémie de coronavirus poursuit sa propagation sans donner de répit ni au corps médical et paramédical, ni aux autorités sanitaires, ni aux citoyens soucieux de leur santé. Avec cette progression des cas quotidienne enregistrant, à chaque fois, un nouveau pic détrônant celui de la veille pendant quatre jours consécutifs, la situation est en passe de devenir incontrôlable. Mais il n’y a pas que le nombre de cas confirmés qui inquiète après avoir largement dépassé la barre des 800 cas par jour. Le nombre de décès est lui aussi entré dans une phase préoccupante. Alors qu’il était resté sous la barre d’une dizaine de morts par jour pendant une longue période, actuellement il se rapproche de la vingtaine avec un pic de 18 décès jeudi dernier et l’Algérie compte aujourd’hui plus de 2100 décès dus au Covid-19.
Les médecins avaient, à maintes reprises, affirmé que la mortalité constituait une sorte de baromètre pour dire que la situation épidémique était plus ou moins «maitrisée», mais force est d’admettre qu’il en est autrement avec la hausse continuelle des décès. Ainsi, le taux de mortalité est lui aussi en train d’augmenter et le taux des contaminations est passé de 0,3 cas pour 100.000 habitants au début du mois dernier à 2 cas pour 100.000 habitants avant-hier vendredi. Ce qui démontre, une fois de plus, la gravité de la situation et confirme que la courbe épidémique est en train de poursuive, résolument, sa tendance haussière entamée il y a un près d’un mois.
La pandémie de coronavirus continue, ainsi, de progresser en emportant avec elle nombre parmi le personnel soignant tous corps confondus. Celui-ci continue, en effet, de payer un lourd tribut, lui qui combat quotidiennement la pandémie de Covid-19 depuis près de neuf mois, en perdant de plus en plus de médecins, d’infirmiers et autres, totalisant près de 150 décès dont une dizaine durant les trois jours et quelques sept mille contaminés, et ce, dans de nombreuses wilayas, parmi lesquelles Alger, Blida, Béjaïa, Jijel et Tizi Ouzou.
A cette allure, la hantise est de ne plus avoir le nombre suffisant d’effectif médical, comme l’ont clairement déclaré de nombreux responsables médicaux. Le Dr Mohamed Yousfi, chef de service infectieux à l’EPH de Boufarik (wilaya de Blida) qui n’a pas désempli de malades Covid depuis mars dernier, a déjà tiré la sonnette d’alarme après les pertes nombreuses parmi le personnel médical et paramédical, en déclarant que «si on continue de perdre ainsi les effectifs, il n’y aura même plus de personnel soignant pour les malades !».
La recrudescence de la pandémie qui a vu également une hausse du nombre de morts est-elle une situation normale ? Dr Mohamed Bekkat Berkani, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus, répond : «Nous assistons à un nombre de décès en hausse, ce qui est normal car c’est la conséquence des cas graves de malades hospitalisés. Plus il y a de cas graves, plus il y a de décès». Ce qui corrobore la déclaration du Pr Noureddine Zidouni, chef du service de pneumologie au CHU Béni Messous (Alger), selon lequel «il y a une corrélation : quand le nombre de cas augmente, il y a plus de décès. Il y aura le nombre de décès en fonction des cas contaminés».
Ces déclarations des médecins sont toutes suivies d’appels à une vigilance accrue de la population à respecter les mesures de prévention et les gestes barrières, surtout que les hôpitaux sont dans leur majorité saturés et d’autres au bord de la saturation. Un exemple concert vient de la wilaya de Béjaïa qui a connu un nombre de morts inquiétant en 48 heures. Le CHU a enregistré 21 cas de décès durant les deux jours de jeudi et vendredi derniers, au niveau des hôpitaux Khellil Amrane (14) et Frantz Fanon (7). Ce chiffre effrayant a été communiqué par Hafid Boudrahem en sa qualité de surveillant médical à l’hôpital Khellil Amrane, qui a ajouté que la moyenne d’âge des personnes décédées varie entre 65 et 85 ans.
La wilaya d’Oran se retrouve en tête de liste des wilayas les pus contaminées qui, du reste, augmentent de jour en jour, avec 127 nouveaux cas confirmés sur les 867 cas enregistrés vendredi à l’échelle nationale.

«Un plan B» pour une meilleure lutte contre le Covid-19
La courbe épidémiologique s’emballe et la ralentir à défaut de la freiner devient un exercice compliqué. De nouvelles dispositions peuvent pourtant être prises et il n’est pas trop tard de les mettre en œuvre sachant que le coronavirus est encore «parmi nous» et que l’hypothétique vaccin anti-Covid n’est pas pour demain. Il faudra songer à une autre «stratégie de lutte et de prévention», de l’avis du Dr Bekkat Berkani.
«Il faut certainement un plan B, a-t-il affirmé, concernant la prévention, la réaction des autorités, la révision des dispositions du confinement comme revoir qu’est-ce qu’on doit fermer ou laisser ouvert et dans quels horaires, etc.» En outre, avec ce qui se passe dans les hôpitaux, «il serait plus judicieux de dédier un grand hôpital (toutes les grandes villes en disposent) seulement pour les malades Covid au lieu de les envoyer d’un hôpital à un autre à la recherche d’une place d’hospitalisation», a ajouté Dr Bekkat Berkani, estimant qu’il n’est pas trop tard pour le faire, l’essentiel étant de mettre au point «une meilleure stratégie» devant la hausse des cas à laquelle on assiste.
Notre interlocuteur va plus loin en suggérant que pour une meilleure organisation, on devrait, pourquoi pas, «acheter un hôpital de campagne ou demander à l’Armée de nous en prêter un», soutenant qu’il n’est pas trop tard pour cela. Il est «encore temps de prendre des mesures importantes et réfléchies par rapport à de nombreux points dont la circulation des personnes, car tout le monde a constaté que les citoyens circulent partout et sans protection croyant que le virus a disparu surtout lorsqu’ils avaient vu les cas baisser. Aujourd’hui, le résultat est là et toutes les ouvertures qui ont été faites sans le respect de la population des gestes barrières, c’est ce qui fait qu’on se soit retrouvé avec un nombre de malades en hausse, notamment les cas graves, ainsi qu’un nombre de décès malheureusement en hausse aussi», a conclu Dr Bekkat Berkani, qui est également président du Conseil national de l’Ordre des médecins.