Par Rouchdi BERRAHMA
Lorsque le romancier français Jean-Patrick Manchette a commencé sa carrière d’écrivain dans les années 70, il a créé par inadvertance un nouveau genre de crime noir, influencé par sa politique radicale et ses opinions de gauche, le néopolar. Le résultat est à la fois très actuel et très en avance sur son temps.
D’une ambiance souvent violente, le néopolar dénonce la société contemporaine et affectionne le monde des marginaux. Question polar, il faut avouer que Jean-Patrick Manchette a vraiment révolutionné le genre.
« Morgue pleine » est la première des enquêtes du détective privé Eugène Tarpon, un des héros de référence du polar francophone, personnage positif attachant et très humain créé par J.-P. Manchette qui, au fil d’aventures policières parfois dramatiques mais souvent rocambolesques et hilarantes, nous plonge avec bonheur au cœur des années 1970, de leur mode de vie débridé et de leur esthétique extravagante.
Le roman a été adapté au cinema en 1984 sous le titre « Polar » et en bande dessinée en octobre 2021 (Dupuis) par Max Cabanes, qui poursuit sa série remarquée d’adaptations de Jean-Patrick Manchette (Nada, Fatale…), passant du roman noir au polar comique, et des anti-héros à un vrai héros positif, libérant son style grahpique pour nous faire vivre une enquête aussi délirante que mémorable.
Paris, 1975 : les années pop, le papier mural à fleurs, les pattes d’eph’… Eugène Tarpon, un ex-gendarme désabusé, a quitté la police à la suite d’une bavure pour s’établir détective privé à son compte.
Tarpon est un brave type au grand cœur, toujours prêt à défendre les plus faibles. Mais la chance lui tourne décidément le dos… Un soir, après quelques verres de trop, il décide de renoncer à son nouveau métier et de retourner vivre chez sa mère, en province. C’est alors qu’au beau milieu de la nuit, Tarpon voit débouler à sa porte une jeune femme en état de choc, qui répond au doux nom de Memphis Charles. Memphis a un sérieux problème, sa colocataire a été égorgée et elle a peur que la police l’accuse du crime. N’écoutant que son courage, le détective va se porter à son secours et se retrouver entraîné dans un tourbillon d’événements qui le dépassent totalement…
« Morgue pleine » a tous les attributs d’un roman noir classique : un détective sardonique dans le style de Raymond Chandler et Dashiell Hammett, une belle jeune femme brutalement assassinée, un nombre de cadavres en augmentation rapide et une bonne dose de misogynie. Ce qui m’a séduit, c’est le personnage principal, Eugène Tarpon, un détective privé cynique et malchanceux. J’ai apprécié qu’il n’était pas dans cette histoire l’équivalent d’un super héros comme on le voit si souvent chez les détectives de romans policiers, et il en est d’autant plus sympathique.
Il trébuche, il tombe, il panique, il prend des coups. Il était beaucoup plus nuancé que ce à quoi je m’attendais, surtout compte tenu de l’époque de l’écriture de ce roman. Ce n’est pas le BD polar le plus tordu ou le plus effrayant mais, honnêtement, ce ne sont pas des qualités auxquelles je mets beaucoup d’importance de toute façon. Si vous recherchez un classique noir en BD, alors « Morgue pleine » est peut-être celui qu’il vous faut. n