Les prix du gaz en Europe devraient rester à des niveaux record au moins jusqu’au printemps prochain, ce qui permettra à la compagnie nationale d’hydrocarbures Sonatrach, un des fournisseurs du Vieux Continent, de générer des revenus supplémentaires…

Par Hakim Ould Mohamed
L’Europe est confrontée à une pénurie de gaz sans précédent avec, au tableau, des prix atteignant des niveaux record. Les analystes sont allés, cette semaine, jusqu’à avertir que certains pays pourraient être confrontés à des pannes d’électricité lorsque l’hiver s’installera. La crise énergétique que connaît le Vieux Continent pourrait même forcer la fermeture d’usines. Face à cette crise, dont la Gazprom en est un des facteurs, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a appelé la Russie à fournir plus de gaz naturel à l’Europe, affirmant que la crise énergétique était une opportunité pour le pays de montrer qu’il est un «fournisseur fiable». La Russie respecte ses obligations contractuelles d’expédier du gaz vers l’Europe, mais ses exportations vers le continent sont toujours en baisse par rapport aux niveaux de 2019, avant la pandémie mondiale, a indiqué l’agence.
Plus de gaz provenant de l’est aidera l’Europe à augmenter ses stocks avant l’hiver. Cependant, la crise pourrait durer longtemps et la mise en service du Nord Stream II, loin d’être un fleuve tranquille, est un chemin parsemé d’embûches. En plus de la baisse de l’offre transitant via l’Ukraine en raison d’un vieux différend politique, la demande est repartie en flèche en raison de la reprise économique post-pandémie sur les trois marchés européen, asiatique et américain. Le Qatar, un des plus grands importateurs mondiaux de gaz, a indiqué, par la voix de son ministre de l’Energie, Saad Al-Kaabi, que «la demande est énorme et nous avons essentiellement une capacité définie». «Nous avons une énorme demande de tous nos clients et, malheureusement, nous ne pouvons pas répondre à tout le monde», a-t-il souligné. Les prix du GNL en Asie ont grimpé de près de 50 % ce mois-ci pour atteindre 27,19 dollars par million d’unités thermiques britanniques. Sur la semaine, les prix ont augmenté de plus de 30% et de plus de 10% rien que durant la journée de lundi en Europe. Depuis le début de l’année, les prix du gaz ont grimpé en flèche en Europe et en Asie pour atteindre des sommets historiques. Réagissant à cette tension, que le marché gazier n’a que peu vécu jusqu’ici, le secrétaire général de l’Opep, Mohammad Barkindo, a déclaré que la crise du gaz en Europe soulignait la nécessité d’investir davantage dans les combustibles fossiles.
L’effet pervers de la transition énergétique
Les gouvernements doivent réaliser que le passage à des formes d’énergie plus propres ne peut se faire que lentement, a-t-il déclaré. Abondant dans le même sens, le ministre qatari de l’Energie a estimé, hier, qu’il y a «une euphorie autour de la transition énergétique qui oblige les entreprises à ne pas investir». «Les gens ne devraient pas oublier que de nouveaux investissements sont nécessaires pour maintenir la production à un niveau soutenu. Les gens se rendent compte maintenant qu’il y a une pénurie d’approvisionnement et que nous ne sommes même pas encore entrés dans la saison hivernale».
Ainsi, alors que l’économie mondiale consolide sa reprise après la pandémie de la Covid-19, les marchés du GNL et du gaz au sens large se resserrent dans le monde, la demande dépassant l’offre et les prix grimpent à des niveaux peu soutenables pour les économies. Les prix du gaz en Europe devraient rester à des niveaux record au moins jusqu’au printemps prochain, ce qui permettra à la compagnie nationale d’hydrocarbures Sonatrach, un des fournisseurs du Vieux Continent, de générer des revenus supplémentaires, étant donné que la plus grande partie de ses ventes est commercialisée sur le marché européen à travers des contrats de long terme. Dans ce contexte, Bank of America s’attend à ce que les prix du gaz restent élevés en Europe et devraient progresser d’environ 30% en septembre et de 7% en octobre prochain, tandis que les experts espagnols, cités par des médias locaux, estiment que la tendance à la hausse des prix se poursuivra jusqu’au printemps prochain au moins. Dans l’indice néerlandais du gaz TTF, considéré comme une référence pour le continent européen, le prix du mégawattheure a atteint 79 euros, un record que les prix du gaz n’avaient jamais pu atteindre auparavant en Europe. Ces évolutions indiquent que la compagnie nationale d’hydrocarbures Sonatrach, qui commercialise l’essentiel de sa production de gaz sur le continent européen, va engranger des revenus record au moins jusqu’au printemps prochain, ce qui permettra au groupe public de compenser les pertes subies durant l’année 2020 lorsque les ventes ont diminué en raison de la pandémie et ses conséquences sur le prix du brut. n