Environ 40 000 palmiers dattiers risquent de mourir, alors que des milliers sont déjà anéantis. Les cultivateurs de la zone agricole d’Aouinet-Moussa craignant le pire et lancent un cri de détresse.
Selon le président de la Chambre de l’agriculture de Ouargla, Bouziane Choukri, plus de 30 000 hectares sont déjà submergés par les eaux. « Les eaux sont à moins de cinq centimètres de la surface seulement », dit-il. « On a un sérieux problème avec la montée des eaux de la nappe superficielle. On risque de tout perdre », a déclaré le président de la Chambre de l’agriculture. Le phénomène, selon lui, refait surface et d’une façon plus importante et plus grave qui met en péril les exploitations agricoles après tant d’années de labeur. « Il faut une réelle prise en charge cette fois et non pas du bricolage. »
Constat alarmant
De Bour El Haïcha jusqu’à la localité de Aouinet-Moussa, sur 6 km, la montée des eaux est apparente. Elles ont atteint même les habitations, comme on a pu le constater. Cette remontée exceptionnelle est due aux rejets des eaux de drainage et résiduaires urbaines dans la nature. L’ONA, au lieu de réparer les pompes de drainage en pannes, a procédé au versement anarchique des eaux à travers des drains secondaires vers le plan d’Oum Raneb (zone humide). Pour éviter les débordements, des chenaux sont creusés pour détourner les eaux vers la localité de Bour El-Haïchi jusqu’à Aouinet-Moussa, notamment les zones agricoles et des sites proches des agglomérations au lieu de réparer ces appareils, s’exclame ce responsable. « On a tenté de combler les surfaces submergées par des couches de sable, mais l’eau remonte à chaque fois. Ces eaux de drainages trop salées pourraient être évacuées vers Sebkhet Safioune, à 40 km au nord de la ville de Ouargla, donc suffisamment éloignée, pour éviter en cas de débordement d’affecter les zones agricoles et habitées », souligne-t-il.
Pôle agricole par excellence, Aouinet-Moussat, considérée comme le fournisseur principal de légumes et fruits du marché local, risque de disparaître si rien n’est fait.
Le président de la Chambre de l’agriculture affirme que la montée des eaux s’accélère et gagne de plus en plus de terrain. La situation est très grave et nécessite une intervention rapide et sérieuse, s’alarme-t-il. Selon ce responsable, des centaines d’exploitations sont inondées et des fellahs se sont retrouvés au chômage. La zone se situe à environ 128 m au-dessous du niveau de la mer, c’est donc une cuvette qui se remplit constamment d’eau. Pour la dégager, les opérations nécessitent l’emploi de pompes géantes capables d’évacuer les grandes quantités qui proviennent, selon lui, des stations et des drains de l’ONA. Ces eaux sont déversées anarchiquement à travers des détroits secondaires vers la localité de Bour El-Haïcha, la zone humide d’Oum Raneb, Aouinet-Moussa, Chott et autres points de cumul. Dans la zone de Aouinet-Moussa et Oum Raneb, l’eau est doublement montée par rapport aux années passées et menace de submerger des exploitations entières. Le phénomène touche également les localités d’El Hadidja, Adjaja, Goug et Taïbet, ajoute M. Bouziane dans un entretien avec Reporters.
Un autre élément menaçant cette zone est l’accumulation locale de sels. La salinité excessive des sols influent dangereusement sur la plantation, les arbres fruitiers et les palmiers. La concentration importante en été est liée à la sécheresse du climat en cette saison de grande chaleur. La culture des agrumes n’est pas possible dans cette région car elle ne supporte pas ce taux de salinité. Tandis que la céréaliculture, notamment les lentilles, est de très bonne qualité et en grandes quantités destinées surtout à la plantation.
Les eaux usées dépolluées encore plus dangereuses
Les eaux usées traitées et dépolluées, qui passent par les stations, ne peuvent en aucun cas être utilisées dans l’irrigation. Le président de la Chambre de l’agriculture a mis en garde tous les agriculteurs de la région de Ouargla contre l’emploi de ces eaux dans l’irrigation. Ces eaux sont fortement salines et sulfureuses et contiennent de métaux lourds.
Les analyses effectuées en 2018, lors d’une commission de terrain installée au niveau local, suite à l’épidémie de choléra qui a touché plusieurs villes du Nord et qui a mis en cause les eaux d’irrigation des cultures, ont révélé un taux de salinité de 15 g/l et une quantité importante de métaux lourds, notamment le soufre. « Il est donc impossible d’employer ces eaux dans l’irrigation. Bien que le palmier supporte les eaux salées mais pas au-delà de 9 g/l. A 15 g/l de sel, aucune plante ne peut survivre. On a donc mis en garde les exploitants et agriculteurs et on n’a, jusqu’à maintenant, enregistré aucune opération d’irrigation au niveau régional. Nos fellahs sont conscients des dangers et ne peuvent mettre en péril les efforts de plusieurs années de travail », a assuré M. Bouziane. Le deuxième bilan d’analyses, effectué en juillet 2018, alors que le besoin en eau d’irrigation est plus important dans cette période de sécheresse, a révélé un taux de salinité de 30 g/l suite au procédé d’évaporation des plans d’eau et des bassins.
Actuellement, les exploitations de la zone de Aouinet-Moussa sont irriguées par les eaux souterraines grâce à 600 puits cartésiens. L’eau est extraite d’une profondeur de 30 à 45 m avec un taux de salinité ne dépassant pas les 2,5 g/l, ce qui la rend acceptable et ne gêne pas. Nos produits sont donc sains et presque bio. On veille à la qualité de nos produits qui est reconnue au niveau national.
Etant le principal fournisseur du marché local en légumes et fruits, Aouinet-Moussa est considérée comme le cœur battant de l’agriculture à Ouargla. Selon le président de la Chambre, on compte près de 1 200 serres agricoles dans la seule zone d’Aouinet-Moussa. En plus de 40 000 palmiers, 5 000 oliviers et 80 000 arbres fruitiers, à savoir poiriers, vignes, figuiers, grenadiers… Pour les agrumes, le sol est trop salé donc impossible de réussir cette culture, par contre, les autres zones agricoles comme Hassi Benabdallah et Taibet (Touggourt) ont produit, en ce début de saison, de grandes quantités d’oranges et de mandarines de très bonne qualité.
Ouargla, pôle agricole par excellence
Ouargla dispose dispose de 5 millions d’hectares, selon Bouziane, dont 4 millions d’hectares pastoraux et 1 million d’hectares agricoles. Mais environ 263 000 hectares sont uniquement exploités, dont 74 000 hectares en irrigué. Dans le cadre du plan vert, et en coordination avec les ministères des Ressources en eau et de l’Agriculture, la région a bénéficié de près de 117 pivots par 30 hectares. Nous avons des rendements meilleurs que certaines villes du Nord, souligne M. Bouziane. Avec ces capacités, d’ici 2020, la wilaya réalisera une autosuffisance en blé et améliorera son autonomie agricole.
On produit 1,500 million quintaux de légumes chaque année à Aouinet-Moussa uniquement. Et pour la qualité des céréales, on produit chaque année 100 000 quintaux, notamment la lentille, destinée surtout à la plantation, vu sa qualité supérieure et neutre. n