Le procès de la politique de montage automobile, mais aussi du financement de la campagne électorale avortée du candidat Bouteflika en 2019 doit se poursuivre aujourd’hui et durant les prochains jours avec les dernières plaidoiries de la défense et le prononcé du verdict final après une semaine riche en rebondissements suite à l’audition de certaines des plus importantes personnalités de l’époque Bouteflika. Le fond du dossier, rouvert pour rappel suite à la décision de la Cour suprême d’accéder au pourvoi en cassation, aura été d’éclaircir les «liens d’intérêt» entre les opérateurs du montage automobile et les responsables de l’époque. Une corruption dans les deux sens, à travers l’octroi de concessions et d’avantages fiscaux, «en retour» du financement de la campagne.
En effet, premier dossier de corruption traité par la justice, ouvert dès décembre 2019 par le Tribunal de Sidi M’hamed, et aujourd’hui instruit à la demande de la Cour suprême et la désignation d’une «composante judiciaire spéciale», son déroulement n’a cependant apporté que peu d’éléments nouveaux, l’ensemble des parties mises en cause par la justice ayant campé sur leurs positions. Le réquisitoire du Procureur général a en ce sens porté jeudi dernier sur un «durcissement des peines» prononcées en première instance et en appel. Une peine d’emprisonnement de 20 ans a ainsi été requise à l’encontre des deux anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, en plus d’une amende d’un million de dinars. Des peines de 10 ans de prison ferme et une amende d’un million de dinars ont été demandés pour l’ancien président de l’ex-Forum des chefs d’entreprise (FCE), Ali Haddad, ainsi que pour les hommes d’affaires Hassan Arbaoui, Ahmed Mazouz et Mohamed Baïri.
Quant à la très médiatisée «révélation» d’Ahmed Ouyahia, qui avait spontanément fait savoir samedi dernier, au premier jour du procès, qu’il avait reçu des lingots d’or de la part de visiteurs des pays du Golfe, des «cadeaux» qu’il a par la suite vendu sur le marché parallèle et qui expliquent l’origine des fonds retrouvés sur les trois comptes bancaires qu’il avait «oublié» de déclarer ; la plaidoirie des avocats de la défense a légèrement nuancé les faits. Ainsi, la défense qui demande «l’annulation» des peines en considérant «l’absence de liens entre les faits et les préjudices y afférents» a fait savoir que ces précédentes déclarations étaient un «mensonge légal circonstanciel». Un moyen comprend-on, de pointer les conditions de détention du prévenu. «Les déclarations liées aux lingots d’or provenaient de la prison d’Abadla de Béchar (…) Si Ouyahia était ici devant nous, à la Cour d’Alger, il n’aurait jamais tenu de tels propos». Le même avocat en réfutant les accusations de «blanchiment» et «octroi d’indus avantages» retenus contre son client ajoute également, en marge de l’audience et en réponse aux questions de journalistes : «C’est un mensonge légal. Je me limite à cette phrase, je n’irai pas plus loin. L’histoire en jugera.»
«Affaire dans l’affaire» qui reste ainsi la source de nombreuses questions pour la justice. Il en est de même pour le dossier du financement occulte de la campagne électorale, d’autant qu’Ali Haddad, qui était apparu lors des précédents procès comme «l’intermédiaire» chargé de récolter les fonds auprès des hommes d’affaires, a totalement nié les faits. L’ancien président du FCE s’est, en effet, défendu d’avoir été «contacté» par qui que ce soit pour collecter des fonds pour la campagne électorale du cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika. Il indique seulement que le frère de l’ancien président, Saïd Bouteflika, «lui a demandé de lui adresser un comptable de confiance pour travailler à la direction de campagne». Expliquant que ce dernier avait eu «peur» que les fonds ne soient volés. Les autres hommes d’affaires entendus durant les audiences, notamment Ahmed Mazouz et Mohamed Bairi, ont, quant à eux, fait des déclarations contradictoires. Ainsi si Mazouz reconnaît avoir donné à titre personnel une somme de 39 milliards de centimes à la campagne de Bouteflika, Hassen Larbaoui a, pour sa part, réfuté «avoir contribué à la campagne présidentielle de l’ancien président, Abdelaziz Bouteflika, avec 20 mds de centimes, des véhicules et d’autres équipements».
Quant à la ligne de défense des accusés dans le dossier du montage automobile, les anciens hommes politiques et ex-investisseurs ont tous déclaré, au cours de cette semaine d’audience, avoir respecté la législation de l’époque. Une défense d’autant plus «justifiée» pour les anciens ministres qui n’auraient fait qu’appliquer la politique définie par l’Etat, ont en substance soutenu les avocats. Ainsi la défense d’Abdelmalek Sellal a insisté jeudi sur «l’irresponsabilité» pénale de son client, l’ensemble des décisions qui lui sont reprochées par la justice ne seraient que des actes de gestions : «Sellal n’a fait qu’appliquer un programme présidentiel adopté par les deux chambres du Parlement.» L’ancien Premier ministre, bien que président du Conseil national d’investissement (CNI), n’aurait également pas accordé «d’indus avantages» aux opérateurs du secteur de montage automobile : «Les décisions du Conseil national des investissements étaient prises de manière consensuelle par les ministres qui le composaient.» n