Le procès de la politique de «montage automobile» et du financement «occulte» de la campagne électorale du cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika devrait aboutir, le 28 janvier prochain, par l’annonce du verdict final. Le «fond du dossier», qui implique pour rappel les anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, aux côtés de plusieurs ministres, responsables et hommes d’affaires, dont Ali Haddad, met en avant les «liens d’intérêt» ayant existé, selon l’accusation, entre les pouvoirs politiques et les grandes fortunes du pays sous l’ère Bouteflika. Les accusés, contre qui le procureur a requis le «durcissement des peines», en rappellent l’importance des charges, ont pour leur part clamé leur «innocence». Les anciens responsables politiques précisent en substance que toutes leurs décisions étaient des «actes de gestion» mettant en œuvre la politique du gouvernement. Même chose pour les investisseurs du secteur de l’automobile qui expliquent avoir «appliqué la législation» sans jamais bénéficier «d’indus avantages».
En ce sens, la dernière journée d’audience a été marquée, samedi, par la plaidoirie des avocats de l’homme d’affaire Ahmed Mazouz. Ces derniers, en rejetant les charges de «blanchiment d’argent», «financement occulte» mais aussi de «pression sur des fonctionnaires» retenues contre leur client, ont également mis en cause la probité de l’enquête et de l’instruction. Une accusation ayant abouti, selon eux, à un «faux rapport» en se basant sur de «fausses informations». Plus tôt dans la semaine, Ahmed Mazouz avait, en effet, réfuté l’accusation de perception «d’indus avantages» pour ses trois projets de montage de véhicules. «Au contraire», précisait-il, le gouvernement de l’époque aurait même été «un obstacle» à ses investissements. «On m’a dit que Ouyahia avait refusé mon projet de véhicule de tourisme au motif que leur prix de vente aurait été inférieur à 1 000 000 dinars». Quant à la question du financement «occulte» de la campagne d’Abdelaziz Bouteflika. Les déclarations du même prévenu avaient, pour rappel, appuyé l’accusation «d’intermédiaire» lancée contre l’ancien président du Forum des chefs d’entreprise Ali Haddad. «(Mohamed) Bairi m’a contacté, me disant que la campagne allait commencer, et qu’il fallait aider le candidat libre Bouteflika (…) Il m’a dit que Ali Haddad avait déjà donné 180 milliards», explique ainsi Ahmed Mazouz, en ajoutant avoir donné «39 milliards de centimes». Une version que la justice devra démêler, d’autant qu’Ali Haddad a, de son côté, nié avoir participé à la «collecte des fonds», son seul lien avec le frère de l’ancien président de la République ne serait que professionnel. «Saïd Bouteflika m’avait demandé de trouver un comptable financier (…) jamais il ne m’a demandé de collecter de l’argent».
Procès par ailleurs très médiatisé et commenté, suite aux déclarations de l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia sur l’origine de son patrimoine financier, faisant savoir, dès le 9 janvier, qu’il avait vendu sur le «marché parallèle» des lingots d’or reçus en cadeau de la part de visiteurs de pays du Golfe. Ce ne serait finalement, selon ses avocats, qu’un «mensonge légal circonstanciel» ayant eu pour objectif de dénoncer ses conditions de détention. «Les déclarations liées aux lingots d’or provenaient de la prison d’Abadla de Béchar (…) Si Ouyahia était ici devant nous, à la Cour d’Alger, il n’aurait jamais tenu de tels propos».
Défense, déclarations et accusations mutuelles qui ne semblent pas avoir convaincu le Procureur de la République. Le réquisitoire prononcé jeudi est, en effet, resté tout aussi ferme que lors du procès en première instance au Tribunal de Sidi M’hamed. Ainsi les deux anciens Premiers ministres risquent jusqu’à 20 ans de prison ferme et une amende d’un million de dinars, alors que les anciens ministres de l’Industrie, Mahdjoub Bedda et Youcef Yousfi, risquent 15 ans de prison. Quant à l’ex-président du FCE, Ali Haddad, ainsi que les hommes d’affaires Hassan Arbaoui, Ahmed Mazouz et Mohamed Baïri, le procureur requiert contre eux 10 ans de prison ferme et une amende d’un million de dinars pour chacun. <