A observer le secteur de l’épargne, la conjoncture actuelle nécessite de réconcilier les Algériens avec les banques. Etant donné que les liquidités sont en baisse et que l’argent hors circuit bancaire est en hausse constante, la reprise se fera en partie avec les dépôts des épargnants

La note de conjoncture de la Banque d’Algérie, rendue publique cette semaine, est révélatrice à plus d’un titre de la vulnérabilité à laquelle sont confrontées les banques de la place. Autant la liquidité a légèrement augmenté au quatrième trimestre de l’année dernière, bien qu’elle reste à des niveaux bas pouvant compromettre les espoirs de relance, autant l’épargne est en chute libre, alors que les quantités d’argent circulant hors banque connaissent une forte hausse.
En effet, «la circulation fiduciaire hors banques a augmenté de 12,93 %, passant de 5 437,6 milliards de dinars à fin 2019 à 6 140,7 milliards de dinars à fin 2020. Elle représente 34,73 % de la masse monétaire M2 à fin 2020 contre 32,94 % à fin 2019». Cet indicateur donne un aperçu de la valeur des quantités d’argent non-bancarisées et dont certaines profitent à l’économie souterraine, à l’heure où les entreprises, moteur de la reprise tant espérée et attendue, peinent à accéder aux prêts bancaires. Vieux réflexe sécuritaire chez eux, les Algériens préfèrent thésauriser en période de crise plutôt que d’épargner à des taux dissuasifs, voire négatifs. La crise financière et, depuis peu, le choc pandémique, conjugués aux multiples interventions de la Banque centrale sur le taux de change du dinar, ont réveillé chez eux le très connu principe de précaution en périodes d’incertitudes politiques et économiques. Preuve en est que la valeur de l’argent circulant hors banques est évaluée à 6 140,7 milliards de dinars à fin 2020.
L’argent circulant hors banques a connu une hausse de plus de 600 milliards de dinars entre janvier et décembre 2020, évoluant de 5 582 milliards de dinars à fin janvier 2020 à 6 140,7 milliards de dinars à fin décembre de la même année. La monnaie fiduciaire en circulation est passée de 4 629 milliards de dinars en janvier 2017 à 4 842 milliards de dinars en janvier 2018 et à 5 047 milliards de dinars en janvier 2019. Le phénomène s’est accentué durant les années 2019-2020, en évoluant de plus de 600 milliards de dinars sur une année.
La hausse des quantités de monnaies circulant hors banques est due, en partie, à la politique des taux d’intérêt appliqués par les banques de la place et qui ne favorisent pas à la fois l’épargne et l’investissement. Les dépôts sont rémunérés à hauteur de 2% en moyenne, soit au-dessous du taux d’inflation, ce qui fait que les épargnants ne gagnent pas au change, voire perdent de l’argent sur les montants déposés. En revanche, les taux d’intérêt appliqués aux investisseurs à l’octroi des crédits oscillent entre 6 et 8% en fonction de la signature et des garanties, ce qui est jugé aberrant, voire dissuasif par les opérateurs économiques.
La note de conjoncture de la Banque centrale vient de révéler que les quantités de monnaie circulant hors banques a encore augmenté pour la énième année, alors que les banques ne s’investissent presque pas dans la collecte de cet argent. Exception faite des guichets dédiés à la finance islamique, qui se substituent d’ailleurs à une vraie politique bancaire à l’adresse des épargnants, les établissements bancaires se contentent de réinvestir les dépôts, collectés sans efforts, et espérer un retour sur investissement grâce à une politique de taux d’intérêt aussi absurde qu’improductive. Il est même établi que certaines banques de la place dégagent de la profitabilité sur les dépôts collectés presque gratuitement en les réinventant dans les prêts bancaires. Or, la conjoncture exige une grande mobilisation des banques pour la collecte de l’épargne en vue de sa mobilisation pour l’économie. En arbitre, le gouvernement a maintes fois appelé les établissements bancaires à redoubler d’effort aux fins de bancariser l’argent circulant hors banques, mais ces efforts étaient réduits à investir dans des guichets dédiés à la finance islamique.