La disette avait duré longtemps sur la distance. L’Algérie n’avait plus remporté de médaille sur 800 m aux Championnats du Monde d’athlétisme depuis l’édition 2003 tenue à Paris (France). A l’époque, Aïssa Djabir Saïd-Guerni avait pris l’or sur cette distance. Dix-neuf ans plus tard, au moment où l’athlétisme algérien connaît une nette régression, Djamel Sedjati a aidé la discipline à, comme Makhloufi (argent) en 2019 à Doha (Qatar) sur 1500 m, retrouver un peu de ses traditions en s’adjugeant l’argent en finale des tours de piste aux Mondiaux-2022 d’Eugène (Etats-Unis).

L’exploit est remarquable parce qu’il intervient dans une passe où l’athlétisme Dz n’a pas la meilleure des mines à l’international. A 23 ans, Sedjati connaît le premier vrai haut fait de sa carrière. Trois semaines après avoir pris l’or du 800 m aux Jeux Méditerranéens 2022 à Oran, l’enfant de Tiaret a réussi à se mettre au diapason pour s’illustrer dans une compétition aux standards bien plus élevés : les Championnats du Monde. Avec la crème du demi-fond planétaire, le Dz s’est bien battu dans une ultime course où concourait aussi le non moins prometteur Slimane Moula (23 ans) qui a terminé à une encourageante 5e place. Dernier à la cloche après les 400 premiers mètres, et 5e avant la dernière ligne droite, Sedjati a attendu le dernier virage pour prendre l’extérieur et aller coiffer le Canadien Marco Arop (1 :44.28) pour l’argent avec un chrono de 1 :44.14.

Potentiel inépuisable

Devant, Emmanuel Korir, archi-favori pour le sacre, a terminé en 1 :43.71. Il n’était pas vraiment inquiété. D’ailleurs, après la course, le Kenyan reconnaît néanmoins que « c’était difficile ».
Il a aussi admis qu’il s’attendait « à une course plus rapide, mais j’ai gagné et je suis très content de ce résultat. Je savais qu’il y avait des gars juste derrière moi dans les 100 derniers mètres. Je m’attendais à ce que quelqu’un vienne, mais personne n’est venu. » L’écart entre le vainqueur et Sedjati était assez important sur cette course. On notera toutefois que Sedjati avait couru en 1 :43.69 en avril dernier. Un temps qui lui aurait valu le vermeil avant-hier sur la fameuse piste de Hayward. Mais il faut savoir que le rythme des courses et les tactiques changent. Et les chronos avec. Plus concrètement, cette performance de Sedjati vient de confirmer le constat que nous a fait Noureddine Morceli dans l’entretien paru dans nos colonnes dans l’édition d’hier.
« Je pense qu’on a la pâte et le potentiel pour avoir de très bons coureurs sur la distance. On a besoin d’être professionnels. Il faut donner tous les moyens aux jeunes. C’est comme ça qu’ils pourront progresser et atteindre le niveau mondial qui est très exigeant. Il est primordial de croire en nos capacités de retrouver cette notoriété. Et il faut essayer de faire cela dès 2024 », avait assuré le triple champion du monde et champion olympique sur 1500 m à Atlanta (Etats-Unis) en 1996.

La FAA doit couver Sedjati & cie

Le fait que l’Algérie soit un réservoir inépuisable de champions semble indéniable et incontestable. Moula et Sedjati viennent consolider ce constat. Il y a aussi Gouaned (20 ans) qui est certainement un champion en devenir du demi-fond. On pense aussi au triple sauteur Triki (25 ans) qui pourrait s’illustrer dans l’avenir. Sans oublier le hurdleur (110 m haies) Bouanani (25 ans).
Certes, l’athlétisme n’affiche pas la plus excellente des santés, mais il y a de quoi se porter mieux. Les Mondiaux-2023 à Budapest (Hongrie) et les Olympiades 2024 de Paris (France) seront les prochains gros tests. Avant cela, la Fédération algérienne d’athlétisme (FAA) devra trouver la meilleure stratégie qui soit pour que ces athlètes et d’autres puissent avoir une progression permanente afin de pérenniser les performances à ce niveau.