Le monde syndical algérien célèbrera, ce mardi, la Fête internationale des travailleurs. Plusieurs festivités sont inscrites au menu de ce rendez-vous sociopolitique important, notamment dans le contexte national et international actuel marqué par une reconfiguration générale de la notion du travail.

Cette fête intervient également après la publication, par le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, de la liste des syndicats agréés et autorisés à dialoguer et à mener des actions de protestation pendant l’année en cours.
Le premier élément qui ressort de cette liste est le nombre important, voire impressionnant, d’organisations syndicales reconnues par la loi. Avoir 65 syndicats dans un monde du travail qui compte 7 millions de travailleurs seulement tous secteurs confondus ne peut être une bonne nouvelle, si on sait que la loi exige une représentativité d’au moins 20% pour pouvoir mener des séances du dialogue avec l’employeur et appeler à des actions de protestation. Multiplier le nombre de sigles et d’entités a eu des répercussions directes sur l’exercice de l’activité syndicale. En effet, les travailleurs ne savent plus à quelle organisation adhérer ou à qui s’adresser en cas de besoin. A titre d’exemple, dans le secteur de l’éducation nationale, il existe plus de 10 syndicats.
Chacun tente d’avoir une place parmi les travailleurs et d’arracher à lui seul des acquis socioprofessionnels. Cette dispersion des rangs a fini par coûter cher à toute la lutte ouvrière. Seul un syndicat de ce secteur a pu avoir le seuil minimum de représentativité exigé par la loi. La guerre de leadership entre  CLA, Cnapeste, Snapeste et Unpef n’a pas été sans conséquences sur le secteur. Aucun de ces quatre syndicats ne figure dans la liste des organisations syndicales remplissant les conditions légales de représentativité exigées par la loi. Ainsi, et jusqu’à aujourd’hui, en attendant de fournir les éléments réclamés par le ministère du travail, ils sont tous exclus du dialogue et interdits de mener des actions de protestation.
L’égoïsme et les luttes fratricides dominent les rapports entre les organisations syndicales autonomes. Toutes les tentatives menées avant 2016, visant à créer un front syndical, ont échoué. A titre illustratif, l’alliance entre le CLA et le Cnapeste, créé en 2003, n’a pas duré longtemps. La disparition du fondateur du CLA, Redouane Ousmane, en décembre 2007, a enterré l’idée de créer un front syndical dans le secteur de l’Education nationale. Depuis cette date, les relations entre les deux syndicats se sont détériorées. Après son divorce d’avec le CLA, le Cnapeste s’est tourné vers l’Unpef. Les deux syndicats ont mené des actions de protestation depuis 2010, avant que des divergences n’éclatent entre eux après la décision du Cnapeste d’élargir son champ d’existence aux deux paliers, moyen et primaire. Une décision qualifiée par l’Unpef de tentative de récupération de sa base militante.
Dans le secteur de la santé publique, les choses ne vont pas mieux. Alliés pendant des années, le SNPSP et le SNPSSP ont mis fin, en 2014, à leur alliance. Les deux syndicats ne se rencontrent plus. Pis, ils se critiquent à chaque occasion. A l’origine de cette rupture, le changement de stratégie décidée par le SNPSSP. Un changement qui consiste à ne plus mener d’actions de protestation et de se contenter du dialogue avec la tutelle. Toujours dans le secteur de la santé publique, il y a lieu de rappeler la tentative de réunir tous les syndicats du secteur en 2011. Après une action grandiose au CHU Mustapha-Pacha, le projet a vite tourné court.

Deux projets de confédération
Malgré sa pertinence, le projet de créer une confédération des travailleurs n’a pas réussi à faire le consensus au sein des syndicats autonomes du pays. Deux projets qui ont le même but sont en gestation. Le premier est mené par l’Intersyndicale, qui s’étale à finaliser son projet d’une confédération, et le second est porté par le Snapap, l’aile Rachid Maloui, qui travaille également sur le lancement d’une autre confédération. Avoir deux projets similaires pour la même cause ne fait qu’épuiser les forces ouvrières.