Reporters : Des manifestations violentes ont eu lieu dans la soirée de samedi dernier dans plusieurs villes tunisiennes. Quelle lecture faites-vous de cet évènement ?
Moncef Aouissaoui : Ces protestations coïncident avec la célébration du dixième anniversaire de la révolution qui a fait chuter le régime de Ben Ali et qui a avait pour slogan «Travail, Liberté, Dignité». Symboliquement, c’est un rappel très fort des revendications des Tunisiens pour le respect des libertés et une vie meilleure. Concrètement, elles interviennent pour manifester leur colère face à la dégradation des conditions économiques et de vie dans le pays. Une décennie après la révolution, tous les gouvernements ont échoué à répondre aux revendications du peuple tunisien relatives principalement à l’emploi et au développement. La crise économique et sociale est aiguë et a sabordé le pouvoir d’achat des couches populaires.

Cette déflagration de colère était-elle prévisible ?
Elle était non seulement prévisible mais susceptible de se multiplier si le climat socio-économique, fortement impacté par la crise sanitaire et ses effets sur l’économie du pays, ne s’améliore pas. Le malaise social en Tunisie est palpable depuis des années déjà. Il s’est aggravé en 2020 et davantage aujourd’hui avec la hausse considérable des prix des produits alimentaires. Cette flambée des prix à la consommation a mis le pouvoir d’achat des Tunisiens à terre. Elle est rendue plus dangereuse en raison d’un climat politique marqué par l’échec des politiciens à être à la hauteur de la révolution et de ses ambitions Les protestations actuelles reflètent un mécontentement populaire profond sur fond de constat d’échec de la classe politique, celle au gouvernement en particulier, d’aller vers les réformes sociales et économiques nécessaires pour améliorer la vie quotidienne dans le pays.

Quid de la réaction de la classe politique tunisienne ?
Plusieurs partis politiques notamment de tendance sociale, démocrates et progressistes, ont exprimé leur soutien indéfectible à la mobilisation de la rue et aux revendications légitimes des citoyens. Ces partis ont même plaidé plusieurs fois auprès du gouvernement Lamchichi pour activer dans l’urgence les projets et les programmes liés au développement local. Ils ont appelé au dialogue national pour trouver des solutions radicales aux différents problèmes socio-économiques et sauver le pays de l’inconnu. Car c’est là une hypothèse à ne pas négliger avec l’effondrement de pans entiers de son économie. <