La ministre de l’Education nationale, Nouria Benghebrit, a évoqué hier le chantier de réforme que poursuit son secteur depuis des années. A moins de se tromper, c’est la première fois qu’elle déclare à ce sujet que, pour assister aux premiers résultats

de ce processus de modernisation de l’école algérienne, il faut attendre neuf ans encore. C’est-à-dire quand les élèves qui sont actuellement au cycle du primaire accéderont au collège puis au lycée. La déclaration de Mme Benghebrit confirme ce que disent depuis longtemps déjà et dans la confidentialité des structures et des laboratoires dans lesquels travaillent les pédagogues et les didacticiens. Ceux-là, qui travaillent notamment à l’Institut national de recherche en éducation (INRE), déclarent depuis l’arrivée de Mme Bengbrit à la tête de l’éducation nationale qu’en matière de réforme, on est encore au « soft ». Pour le « hard », ajoutent-ils, il faut attendre encore plusieurs années tellement le chantier est lourd et complexe à gérer et tellement l’appareil d’Etat qu’est l’école est dans un tel état de malaise ! Soit. On a donc bien compris qu’on ne fait pas une réforme dans le secteur de l’Education nationale comme on change de machine dans une usine défaillante. Pour autant, ce chantier de réforme, pour que les conditions de sa réussite soient les plus nombreuses, car ce n’est pas gagné d’avance dans un domaine où le plus décisif reste l’adhésion humaine qui, semble-t-il, n’est pas encore totalement au rendez-vous, gagnerait à être accompagné de discours de vérités. L’une de ces vérités est de rappeler qu’un ministre, Boubekeur Benbouzid, a fait perdre au secteur dix longues années qui auraient pu suffire pour qu’il boucle une réforme dont le président de la République a signé l’acte fondateur en 2003. Sur les mandats longs et successifs de ce ministre, personne n’a réclamé un devoir d’inventaire pour qu’on se trouve à bégayer les mêmes discours depuis plus de quinze ans !
Une autre vérité, tout aussi amère, consiste à rappeler que dans certaines régions il existe des écoles, des collèges et des lycées sous-encadrés au plan pédagogique et que leurs élèves sont suivis par des personnes pour lesquelles l’enseignement n’est pas une vocation, mais un moyen de fuir le chômage. Une autre encore – et non des moindres – est d’insister sur le fait dramatique qu’on en est encore à épiloguer sur les moyens d’enseigner les langues étrangères quand celles-ci ne sont pas noyées dans des vacations confiées à des enseignants sous-qualifiés. Un autre rappel ? Monsieur Benbouzid a passé le plus clair de son temps à vanter les efforts du secteur à veilleur au bon équipement de ses établissements. Aujourd’hui, on apprend que des milliers d’écoles sont fermées à cause du grand froid et parce qu’il n’y a pas de chauffage. Alors, pitié, arrêtons, de parler pour parler et de donner des chiffres qui n’ont aucun sens sauf celui de nous convaincre de l’éducation molle qu’on sert de mauvaise leçon à nos enfants.