Mise au banc des accusés après le décès tragique du militant des droits de l’Homme Kamel Eddine Fekhar, l’administration pénitentiaire a décidé de rompre le silence et de livrer sa propre version des faits, afin de démentir la multitude de rumeurs et propos qui imputent cette disparition aux responsables de la prison de Ghardaïa, où le défunt avait observé une grève de la faim avant d’être transféré à l’hôpital de la ville, puis au CHU Franz-Fanon de Blida, où il a rendu l’âme, le 28 mai dernier, après la détérioration de son état de santé.

Selon le directeur général de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion, au ministère de la Justice, Mokhtar Felioune, Kamel Eddine Fekhar a été traité «dans le respect des droits de l’Homme en vigueur de par le monde, sans distinction, ni négligence», a-t-il affirmé, samedi à Koléa, dans la wilaya de Tipasa.
Dans un point de presse animé en marge de la sortie de trois promotions de fonctionnaires à l’Ecole nationale des fonctionnaires de l’administration pénitentiaire de Koléa,
M. Felioune a répondu aux accusations, sans hésiter à s’en prendre à «certaines parties» qui, a-t-il estimé, «ont colporté de nombreuses erreurs et mensonges à propos de la mort de Kamel Eddine Fekhar». Référence faite, en premier lieu, à l’avocat du militant disparu, Salah Debouz, qui a qualifié la mort de son client de «crime» et annoncé un dépôt de plainte réclamant l’inculpation des responsables de cette mort.
Alors que les défenseurs du défunt et sa famille continuent à clamer que ce dernier a perdu la vie suite aux négligences dont il a été victime au sein du centre de détention de Ghardaïa, le premier responsable de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion dément et affirme que Kamel Eddine Fekhar «bénéficiait d’un contrôle médical deux fois par jour», conformément à «neuf critères en vigueur dans ce domaine au niveau de tous les établissements pénitentiaires». Ces critères, a-t-il expliqué, «sont appliqués par tous les établissements pénitentiaires abritant des détenus en grève de la faim qui suivent un protocole élaboré par des médecins spécialisés du Centre hospitalo-universitaire Mustapha-Bacha, portant sur la prise de mesures inhérentes à la surveillance du taux de sucre, de la tension, du poids et de la respiration, entre autres».
Pour étayer ses dires, M. Felioune précisera que le dossier médical du défunt constitue «la preuve de sa très bonne prise en charge médicale», attestée par la commission d’enquête, constituée et diligentée par le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, qui s’était rendu à cet établissement carcéral où était détenu Kamel Eddine Fekhar pour s’enquérir des circonstances de sa mort. Le même responsable a également évoqué les conditions de transfert du défunt vers l’hôpital de Ghardaïa, le 28 avril dernier, pour attester que, lors de cette opération, le défunt a bénéficié «d’une bonne prise en charge, après que les médecins de la prison (de Ghardaïa) aient constaté son état d’épuisement», soulignant qu’il avait bénéficié de «toutes les analyses et contrôles médicaux nécessaires».

«Pas de traitement de faveur» pour les hauts responsables en détention
Le directeur général de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion s’est également exprimé sur l’état de santé de la secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), Louisa Hanoune, en détention provisoire dans une prison civile à Blida, et aussi sur le traitement réservé à d’ex-hauts responsables actuellement incarcérés dans la prison d’El Harrach, dont les deux ex-Premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal.
Concernant Louisa Hanoune, il a indiqué qu’«elle jouit de tous ses droits pour une prise en charge médicale conforme aux lois et réglements en vigueur, au même titre que tous les détenus». Pour rappel, les avocats de la secrétaire générale du PT ont déjà déposé deux demandes de mise en liberté provisoire en raison de son état de santé «en dégradation», mais que la justice a rejeté.
Interrogé sur un «éventuel traitement de faveur» pouvant être accordé à de hauts responsables ou hommes d’affaires poursuivis dans des affaires de corruption, à l’image des ex-Premiers ministres, M. Felioune a affirmé qu’il «n’existe aucune distinction dans le traitement des détenus. La loi s’applique à tous et il n’existe pas de salles de luxe pour les personnalités importantes, comme répandu par la rumeur», ajoutant que les établissements carcéraux en Algérie «traitent sur un pied d’égalité leurs prisonniers, au nombre de 65 000, et il n’existe aucune distinction dans leur prise en charge et traitement, tant au plan pénal, que sanitaire et social ou sur le droit de visites, et ce, conformément à la législation internationale dans ce domaine, quels que soient la qualité et le niveau du détenu».