Au centre des loisirs et des sports à la cité Kechid, siège de la Direction de la culture, une intense activité est remarquée en ce premier jour, pour entamer un mois entier, consacré à la protection et à la  promotion du patrimoine. A la même direction, Kabour Amar supervise cette opération un mois durant, sachant que plusieurs activités sont au programme.

En dépit de son agenda des plus chargés, le premier responsable de la culture à Batna a bien voulu nous donner plus d’informations quant au programme consacré à cette occasion dont les activités à travers toute la wilaya se déroulent sous le slogan «Mon patrimoine, mon avenir». Cette énième édition du mois du patrimoine est destinée plutôt à sensibiliser et impliquer les enfants (écoliers et collégiens). Le programme, nous dit-on, vise plusieurs axes, dont le plus important reste l’enfant et son implication pour ne plus en faire un simple spectateur.  M. Kabour nous dit à ce propos : « Les travaux (des dessins et même des peintures des écoliers et collégiens)  de Batna, mais surtout des zones rurales, vont être exposés ici et un peu partout à travers la wilaya. Nous leur avons expliqué que ces travaux sont un patrimoine, le leur. Une forme de valorisation et d’estime de soi tant négligée. Le deuxième axe sera consacré aux récentes recherches en matière archéologique dans les Aurès, pour qu’on puisse aller vers les spécificités de chaque région. Une rencontre  aussi bien des spécialistes que des enfants et prévue à Timgad. Enfin, une partie du programme est destinée au site du Ghouffi, où nous avons des partenaires qui vont réaliser un relevé topographique du site, des prises de vue et aussi des films grâce aux drones et ce, pour la première fois. »  Pour rappel, la wilaya de Batna est parmi les régions du pays où se trouve le plus grand nombre de sites et points archéologiques. En effet, il y a pas moins de 22 sites dont un (01) classé site mondial, en l’occurrence Timgad, et 570 points archéologiques recensés. La liste reste ouverte, car sans cesse des découvertes sont faites et plus souvent de manières fortuite. La situation des sites archéologique dans la wilaya de Batna n’est pas des meilleures et ce, depuis plusieurs années, voire depuis l’indépendance, sachant que la situation ne s’est pas améliorée. Bien au contraire, elle ne cesse de se dégrader pour mettre en péril un patrimoine qu’on veut justement protéger, classer et promouvoir. C’est  l’avis aussi bien des spécialistes que du mouvement associatif  qui porte un regard critique, voire alerte quant à cette situation. La responsabilité est partagée, nous dit Karim, jeune archéologue, qui déplore que ce sujet est abordé comme s’il s’agissait de la sécurité nationale ou d’un secret d’Etat. Il ajoute : « Essayez de comprendre pourquoi le tombeau Imedghassen est dans cet état, c’est-à-dire parmi les 10 sites les plus menacés au monde. Les dernières pluies diluviennes ont pénétré directement à l’intérieur du tombeau, puisqu’il n’a plus de dôme, retiré dans le cadre d’une opération de restauration. Où est passée la pierre inaugurale de Batna ? C’est un patrimoine non ? »
A Tazoult (Lambèse), M. Bouhara, l’un des rares  jeunes responsables  qui accepte d’en parler, se dit dépassé par une nouvelle pratique, le vol, le pillage et les fouilles sauvages, que connaît d’ailleurs toute la région sans exception.  En effet, des citoyens désemparés signalent çà et là  des individus, équipés de pelles et de pioches, et dans certains cas, de détecteurs de métaux, sillonnant de nuit les régions les plus connues pour leur richesse en patrimoine archéologique, Narra, Sriana, Chemora et bien d’autres, si l’on ne parle que de la wilaya de Batna et de cette forme de pillage, car les escalades, les écritures et graffitis sauvages sont très nombreux, et c’est ce qu’on peut constater sur les lieux. Interrogé à ce sujet, à savoir la protection du patrimoine, sa visibilité et sa promotion, pour la valorisation de l’image de l’Algérie, M. Bourhane, propriétaire d’une agence de voyages, estime  qu’il faut mettre le paquet et aller vers les sanctions. On ne badine pas avec l’histoire et la mémoire d’un peuple. Et d’ajouter : «Le manuel scolaire n’a jamais joué son rôle, bien au contraire, les auteurs de ces manuels ont toujours négligé, voire zappé, ce patrimoine, au point que nos enfants ne le considèrent pas comme le leur, ce qui est grave». Il n’en demeure pas moins que de telles initiatives de la Direction de la culture sont à pérenniser et à encourager.