C’est incontestablement un évènement d’ampleur historique pour l’Eglise d’Algérie ! L’Algérie a donné son accord au Vatican pour la béatification à Oran des moines de Tibhirine assassinés en 1996 par le GIA dans la wilaya de Médéa, a annoncé hier mardi à Paris le ministre des Affaires étrangères.

Le pape François, rappelons-le, avait ouvert la voie à la sanctification des religieux en les déclarant «martyrs», fin janvier dernier, aux côtés de douze autres religieux et religieuses tués dans le pays entre 1994 et 1996, dont l’ancien évêque d’Oran, Pierre Claverie. La présence du souverain pontife à la cérémonie, qui aura lieu dans «quelques mois» ou «quelques semaines», n’est pas exclue selon
les déclarations du chef de la diplomatie algérienne hier mardi à Paris.
«L’Algérie a donné son accord pour la béatification de ces moines et cela a été signifié au Vatican», a déclaré Abdelkader Messahel à la Chaîne de télévision France 24 en marge de la visite qu’il a effectuée en France, annonçant que cette béatification «se fera dans quelques mois ou dans quelques semaines à Oran». Soutenant que l’Algérie «n’a pas peur de la vérité», M. Messahel a expliqué que «tout le monde sait dans quelles circonstances ils ont disparu, les Français le savent, les Algériens le savent», en rappelant que «la coopération entre les appareils judiciaires algérien et français a été totale, nous avons travaillé en toute transparence». Le ministre des Affaires étrangères réagissait aux polémiques qui entourent en France le dossier d’enquête sur l’assassinat des religieux. La dernière en date remonte au 29 mars dernier à la publication du dernier rapport d’expertise qui n’a apporté rien de nouveau par rapport à ce qu’on avait su des circonstances de cette tragédie sauf d’animer à nouveau des commentaires fortement orientés et d’une nouvelle hostilité aux autorités algériennes.
Parmi les auteurs de ces commentaires, l’avocat des familles des moines, Patrick Baudouin, qui avait déclaré que la version officielle algérienne – à savoir un enlèvement et une exécution par le GIA – «ne tient pas». Comment ? Et pourquoi ? Maître Beaudouin ne s’est plus exprimé depuis mais il n’est pas invraisemblable qu’il le fasse encore sur les plateaux des médias et dans les journaux, en accusant les autorités algériennes d’opacité, ce qui ne correspond naturellement pas aux faits. En juin 2016, en effet, les autorités algériennes ont accepté de transmettre aux magistrats les prélèvements nécessaires à l’analyse scientifique des crânes des moines, leurs corps n’ayant jamais été retrouvés.
Les doutes que Maître Beaudouin ainsi que des courants d’opinion continuent de faire peser sur la thèse officielle ont été balayés par le ministre des Affaires étrangères : «Tout le monde sait dans quelles circonstances ils ont disparu, les Français le savent, les Algériens le savent. La coopération entre les appareils judiciaires algériens et français a été totale, nous avons travaillé en toute transparence», a déclaré Abdelkader Messahel. Interrogé sur une possible présence du pape à cette cérémonie en Algérie, le chef de la diplomatie algérienne ne l’a pas exclue : «On verra, pourquoi pas ?» Sur un autre registre, M. Messahel a indiqué que le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, «a entamé une œuvre grandiose de reconstruction au niveau national qui a porté ses fruits», relevant que «l’Algérie d’aujourd’hui, ce n’est plus l’image qu’on en a des années 1990». «L’Algérie d’aujourd’hui est sereine, apaisée, réconciliée avec elle-même, avec son passé, son histoire. C’est un pays stable, sûr et en plein développement économique», a-t-il déclaré, ajoutant que «cette œuvre doit être poursuivie». M. Messahel a soutenu par ailleurs que «le président Bouteflika vaque à ses obligations le plus normalement du monde».