L’initiative des propositions de sortie de crise des trois personnalités, Ali Yahia Abdennour, avocat et militant des droits humains, Ahmed Taleb Ibrahimi, ancien ministre, et Rachid Benyellès, général à la retraite, est louable et son contenu raisonnable, estime l’universitaire, écrivain, historien et acteur politique Mohand-Arezki Ferrad.

«Les propositions du trio de personnalités sont raisonnables. Pour plusieurs raisons. Mais aussi parce qu’elles sont d’abord et avant tout en phase avec les revendications et les aspirations du mouvement citoyen qui n’a eu de cesse de les renouveler voilà déjà treize semaines maintenant», a déclaré Mohand-Arezki Ferrad à « Reporters ».
Le trio, à travers une lettre rendue publique hier, appelle nommément «le commandement de l’ANP à nouer un dialogue franc et honnête avec des figures représentatives du mouvement citoyen (Hirak), des partis et des forces politiques et sociales qui le soutiennent, pour trouver au plus vite une solution politique consensuelle en mesure de répondre aux aspirations populaires légitimes qui s’expriment quotidiennement depuis bientôt trois mois». Voilà un appel on ne peut plus clair et, selon M. Ferrad, il est tout à fait normal que cet appel soit fait à l’adresse du commandement de l’armée vu le contexte difficile que vit le pays.
Il trouve donc raisonnable leur proposition de dialogue que devrait initier l’Armée nationale populaire (ANP) car, explique-t-il, «il est notoire maintenant que c’est l’institution militaire qui constitue le seul garant de la période de transition. Cette idée de dialogue est bonne également dans le sens où cela éviterait au commandement militaire de prononcer un discours politique chaque semaine. Alors, avec cette proposition, au lieu que ce soit l’institution militaire qui prend des initiatives et les présente, pourquoi ne serait-ce pas toutes les forces vives du pays, toutes sensibilités confondues parmi les partis politiques, les syndicats, les associations, les universitaires, etc. qui dialoguent pour trouver une solution à la crise politique du pays qui n’a que trop duré».
Vers une conférence nationale ?
Il poursuit que le rôle de l’armée devrait être celui d’accompagnement de la période de transition mais, avant cela, il faut qu’elle fasse l’annonce de la préparation d’une conférence nationale. Car c’est ce que laisse entendre la proposition du trio, quand il déclare «demander à l’armée de nouer un dialogue franc et honnête (…) afin de trouver une solution politique consensuelle en mesure de répondre aux aspirations populaires légitimes».
A propos du fait que les manifestants «exigent l’instauration d’un Etat de droit et d’une véritable démocratie, en passant préalablement par une période de transition de courte durée, conduite par des hommes et des femmes n’ayant jamais appartenu au système corrompu» et de «la situation de blocage à laquelle nous assistons par le maintien de la date du 4 juillet qui ne pourra que retarder l’avènement inéluctable d’une nouvelle république», M. Ferrad dit être d’accord sur toute la ligne avec les déclarations d’Ali Yahia Abdenour, Rachid Benyellès et Taleb Ibrahimi.
«En abordant l’élection électorale, ils disent qu’elle ne devrait pas se tenir à la date du 4 juillet et c’est ce que le peuple réclame. La période de transition, c’est vrai, ne devrait pas être trop longue. Certains la situent à six mois et d’autres qu’elle peut même atteindre une année. Mais, en tout état de cause, il est vrai que le mieux serait que cette période ne soit pas trop longue», selon M. Ferrad.
Il poursuit en affirmant que, dans leur lettre, les trois personnalités auraient pu ajouter parmi leurs propositions une autre relative à la nécessité de mettre en place une instance présidentielle.
L’instance présidentielle est très importante, selon notre interlocuteur, car «c’est à elle que devra, normalement, échoir la charge de gérer la période de transition jusqu’à l’élection du futur président de la République. C’est cette instance présidentielle qui aura, également, à désigner les membres du gouvernement. Je trouve également qu’il est raisonnable que le trio dise, entre les lignes, que l’actuel chef de l’Etat Bensalah et son Premier ministre Bedoui ne peuvent pas préparer l’élection présidentielle». Pour conclure, M. Ferrad a tenu à souligner que la lettre de Taleb Ibrahimi, Benyellès et Yahia Abdennour «est une bonne et louable initiative dans l’ensemble et qui peut également être enrichie par d’autres propositions et d’autres idées, comme la mise en place de l’instance présidentielle qui, à mon sens, est importante à inclure, vu que c’est elle qui dirigera le pays durant la période de transition».<