Suite à la sortie médiatique récente du ministère de l’Industrie pharmaceutique Lotfi Benbahmed, qui a maintenu la probabilité de la mise sous tutelle de son ministère de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP), le Syndicat des professionnels de la santé maintiennent également leur position de principe et insistent sur le respect de la loi sanitaire qui place l’Agence sous la tutelle du ministère de la Santé afin d’accomplir sa principale mission de santé publique et d’assurer la sécurité des soins du malade.
Pour rappel, le ministre de l’Industrie pharmaceutique a confié, sur les ondes de la Radio nationale que le placement de l’ANPP sous la tutelle de son ministère n’engendrerait pas de «conflit d’intérêts», mais contribuerait au déblocage de la production nationale de l‘industrie pharmaceutique et, par conséquent, réduirait fortement la facture d’importation de médicaments. Un argument de Lotfi Benbahmed en réponse à la fronde des différents syndicats des professionnels de la santé qui ont pris une position de principe en alertant les pouvoirs publics pour le maintien de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques sous l’égide du ministère de la Santé conformément à la loi sanitaire.
Le président du Syndicat des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP), Mohamed Yousfi, également chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital de Boufarik, nous déclare qu’«en tant que praticien et syndicat, on a toujours soutenu notre industrie pharmaceutique nationale qui a fait un grand bond ces dix dernières années en permettant une autonomie en médicaments de plus de 50%». Et affirmant que «la position des différents syndicats des professionnels de la santé est claire pour le soutien de la production nationale de médicaments, et ce, depuis des années». Il enchaîne : «Mais, là où nous tirons la sonnette d’alarme, c’est qu’il y a un principe, comme cela se fait dans la majorité des pays développés dans le monde, c’est l’agence, placée sous la tutelle du ministère de la Santé, qui s’occupe de tout ce qui est produits pharmaceutiques.»
Notre interlocuteur insiste sur le fait que si cette agence est placée sous la tutelle du ministère de la Santé c’est que sa principale mission est une mission de santé publique et ne se résume pas à juste enregistrer des médicaments, mais bien au-delà. Le président du SPSSP nous explique à ce sujet que «l’ANPP ne s’occupe pas seulement, comme on a tendance à dire, de l’enregistrement des médicaments. Ce qui peut causer des blocages et alourdir la facture des médicaments». Il s’insurge à ce sujet : «C’est faux. Cela est seulement une des missions de cette agence. L’ANPP s’occupe aussi de contrôler tout ce qui est médicament et consommable de la santé et de faire des essais cliniques. Donc ce sont des missions de santé publique dans l’intérêt des malades.»
Le docteur Mohamed Yousfi ajoute que si les différents syndicats des professionnels de la santé sont montés au créneau pour alerter les pouvoirs publics sur le risque de «conflits d’intérêts» c’est, au final, dans «l’intérêt du malade et du secteur de la santé publique et non pour d’autres intérêts mercantilistes comme l’a sous-entendu le ministre de l’Industrie pharmaceutique.»
Le président du SNPSSP maintient que le placement de l’agence sous tutelle du ministère de l’Industrie pharmaceutique mènerait inéluctablement à «une situation de conflit où l’intérêt de l’industrie pharmaceutique va l’emporter sur l’intérêt de la santé publique et du malade». Il en veut pour argument que «tous les pays développés que cela soit aux Etats-Unis ou en Europe ont placé leur agence de médicaments sous la tutelle du ministère de la Santé. Parce que tout simplement, le ministère de l’Industrie pharmaceutique ne peut pas assurer une mission de santé publique, il ne peut pas être juge et partie, c’est la logique des choses de par le monde.»
Priorité à la sécurisation des soins pour les malades
Il rappelle à ce sujet que le but final de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques «c’est de mettre des produits à la disposition des malades et qu’ils soient les plus sécurisants pour sa santé».
Notre interlocuteur nous souligne que «beaucoup de choses sont dites concernant l’anomalie de l’enregistrement des médicaments». Il met en exergue que, concrètement, l’agence n’est pas encore fonctionnelle et que «si on veut vraiment qu’elle le soit, on a toujours dit qu’elle doit être dotée de tous les moyens humains et matériels». Il ajoute : «Je tiens à préciser que le conseil d’administration de cette agence est composé d’une dizaine de ministères, dont celui de l’Industrie pharmaceutique, mais présidé par le ministère de la Santé conformément à la loi sanitaire», insistant sur le fait que «la loi sanitaire, adoptée en 2018, est claire à ce sujet. Cette loi dit clairement que l’agence est sous l’égide du ministère de la Santé.»
Le Docteur Mohamed Yousfi insiste également pour dire que «notre principal intérêt en tant que praticiens, c’est la santé du malade et la principale mission de cette agence, c’est aussi la santé du malade».
Il tient également à répondre aux accusations du ministère de l’Industrie pharmaceutique portées à l’encontre de certains praticiens et syndicats : «Avec tout le respect que nous avons pour le ministre de l’Industrie pharmaceutique, lorsqu’il nous accuse en tant que praticiens ou en tant que syndicats que nous avons des intérêts mercantilistes, je tiens à préciser que les syndicats des professionnels de la santé que nous représentons ne sont concernés ni de près ni de loin dans le fonctionnement de l’agence de médicament où de l’enregistrement des médicaments. Notre principal souci est de défendre le secteur de la santé publique et de facto la santé du malade. Et l’intérêt du malade, c’est d’avoir une industrie nationale forte.» Il conclut : «On demande en tant que Syndicats le respect de la loi sanitaire et que l’on donne les moyens humains et matériels à cette Agence pour qu’elle puisse enfin démarrer et fonctionner pour assurer ses missions de santé publique.» n