Le nombre quotidien de contaminations de Covid-19 qui joue au yoyo dans une fourchette qui a fait dire aux spécialistes que c’est une situation épidémiologique «stable» a fini par franchir la barre des 300 cas deux jours de suite.

PAR INES DALI
C’est, certes, une barre psychologique, comme certains la qualifient, elle reste, néanmoins, un indicateur qui alerte sur une hausse des cas confirmés qui ne se fait pas franchement, mais progressivement et presque insidieusement.
«Tous ces derniers temps, je n’ai pas cessé de dire qu’il y a une stabilisation en augmentation», a affirmé le Dr Mohamed Yousfi, président de la Société algérienne d’infectiologie, contacté par Reporters.
Si on ne prend en considération que la semaine en cours, le constat est qu’il y a eu une hausse continue, avec 258 cas samedi, 269 cas dimanche, 288 cas lundi et 305 cas mardi et 322 cas hier mercredi. Pour le Dr Yousfi, ce n’est pas une surprise qu’il y ait une augmentation des cas vu les comportements qui ne répondent pas aux exigences de la situation épidémiologique.
Était-ce donc prévisible ? Il répond sans hésiter par l’affirmative.
«Il était clair que le relâchement de la population en matière de respect des gestes barrières ne pouvait que conduire à une hausse des cas confirmés et que tant qu’il n’y a pas eu de réaction par rapport à cela, ça allait nous conduire vers une hausse». Le non-respect des gestes barrières est, en effet, visible partout, dans la rue, dans les bus, dans les trains et dans les autres lieux publics. Ni port de masque ni respect de la distanciation physique. C’est un relâchement total.
C’est ce qu’il relève avant de souligner qu’il y a, tout de même, une deuxième cause, à savoir le manque de réactivité des autorités concernées par rapport à ces comportements. «L’autre constat est qu’il n’y a pas de contrôle, voire une absence totale de contrôle. Personne ne se fait rappeler à l’ordre dans les lieux que ce soit pour le port du masque, pourtant obligatoire, ou pour la distanciation physique. On ne le dira jamais assez, il faut respecter les gestes barrières !». Et de conclure sur ce registre que tant qu’il y a encore ces deux causes qui font que le virus puisse circuler, les hausses des cas Covid peuvent se poursuivre elles aussi.
Cela a des effets directs sur le personnel médical, a tenu à souligner le Dr Yousfi, qui est également chef de service des maladies infectieuses à l’Etablissement public hospitalier (EPH) de Boufarik. «Le personnel médical et paramédical est fatigué. Nous avons reçu à notre niveau le premier cas de Covid-19 en fin février 2020. Nous venons de boucler quinze mois de travail non-stop il y a quelques jours et nous entamons le seizième», a-t-il tenu à rappeler.
Le personnel de l’EPH de Boufarik n’a pas eu de répit depuis plus d’une année. «Nous avons reçu et pris en charge plus de 4.000 malades à l’hôpital de Boufarik, un nombre que n’a eu aucune autre structure hospitalière, ni CHU ni autre», a-t-il fait savoir, notant que le nombre des lits occupés par les cas Covid est en hausse actuellement et que le taux d’occupation qui était de 10 à 15% en mars a augmenté à 25/30% par la suite avant de grimper à 50% au niveau des hôpitaux.

«Nous n’avons aucune information sur les variants»
Ce taux est encore plus important à l’EPH de Boufarik avec une occupation de 70% de la capacité d’accueil, a-t-il ajouté, précisant, par ailleurs, que l’hôpital de Blida a également vu le nombre des cas en réanimation doubler ces jours-ci. «A l’EPH de Boufarik, notamment celui du service Covid, est épuisé moralement et physiquement. On a demandé aux autorités concernées à ce que nos équipes médicales soient renforcées en ressources humaines, mais il n’en fut rien. Aucun appui n’est venu», a regretté le Dr Yousfi.
Son désarroi se fait encore plus accru lorsqu’on évoque avec lui les 636 cas de variants britannique, nigérian et indien recensés jusque-là sur le territoire national. Ces cas sont disséminés à travers plusieurs wilayas du pays mais aucune information précise n’est venue éclairer les spécialistes. «Nous n’avons aucune information là-dessus et on l’a dénoncé à plusieurs reprises», a martelé le Dr Yousfi.
«On est au même titre que le citoyen lambda. Ce n’est pas normal. On apprend dans un communiqué le nombre de variants et c’est tout. Rien de plus. Mais où sont-ils ces variants, où ont-ils été détectés, dans quelle région au juste d’une wilaya donnée. S’ils sont hospitalisés, dans quel hôpital sont-ils ? Nous, personnel de la santé, qui sommes en contact permanent avec les malades, nous devons savoir si nous avons devant nous un cas de variant pour qu’on sache comment se comporter, pour qu’on prenne encore plus de précautions.
On doit savoir en temps réel où sont ces cas par le biais du ministère de la Santé et non par le biais d’un communiqué qui est destiné à la population générale !», a tonné notre interlocuteur. En somme, «comme pour la campagne vaccinale, nous ne sommes pas informés comme il se doit», soutient notre interlocuteur.
«On a dit qu’il y a des cas de variants à Blida. Mais on ne sait pas où exactement, dans quelle région ? Lorsqu’on reçoit un malade d’une région où on sait qu’il y a le variant, par exemple, cela nous aide dans notre travail et on envoie son test directement à l’Institut Pasteur pour le séquençage, pour savoir s’il est porteur du variant ou non», a expliqué le Dr Yousfi pour étayer ses propos.
Il faut savoir que les 636 cas de variants annoncés en début de semaine ne sont «que les cas diagnostiqués, il doit y en avoir bien plus» dans la nature qui n’ont pas encore été dépistés en raison du faible séquençage, sachant qu’il n’y a que l’Institut Pasteur d’Alger qui effectue cette opération avec des capacités très limitées.