Reporters : Il y a quelques jours, le Directeur du livre au ministère de la Culture et des Arts a annoncé que la 25e édition du Salon international du livre d’Alger (Sila) n’aura pas lieu sous sa forme traditionnelle, mais serait organisée de manière virtuelle. Pouvez-vous nous donner plus de détails sur cette annonce ?
Mohamed Iguerb : J’ai également lu l’information telle que rapportée par la presse nationale, mais ce que je peux vous dire, c’est qu’à l’heure actuelle, je n’ai pas encore été destinataire d’une instruction officielle quant à la tenue ou pas de la prochaine édition du Sila, et ce, sous quelque forme que ce soit.

Et pourtant, nous nous approchons à grands pas de la date traditionnelle du Sila. Habituellement, à la fin du mois d’août, il y a déjà une visibilité sur l’organisation de ce rendez-vous de grande envergure et les grandes lignes de cet événement sont déjà tracées…
Oui, en effet, en temps normal, il est de tradition qu’à cette période de l’année, l’ensemble des préparatifs et la logistique nécessaire à cet important évènement sont finalisés et mis en place. Cette année, hélas, le contexte imposé par la Covid-19 et que nous subissons à l’instar du reste du monde d’ailleurs est à l’origine du chamboulement de notre agenda évènementiel.
Même scénario à l’international. Les grands salons du livre 2020 dans le monde n’auront pas lieu à cause de cette pandémie. De par mes contacts réguliers avec les directeurs des salons arabes, notamment, ces derniers ont annoncé qu’à l’exception des salons de Sharjah et des Emirats arabes unis, ceux du monde arabe ont été annulés pour cette année.

Justement quand y aura-t-il une annonce officielle pour le Sila 2020 ?
D’abord, faut comprendre que de par l’envergure et la place qu’occupe le Sila dans le monde, à savoir le 3e par la fréquentation et la participation, il n’est pas aisé pour les pouvoirs publics et le ministère de la Culture en particulier de se prononcer trop tôt sur sa tenue ou son annulation dans un contexte aussi particulier que celui de la pandémie de la Covid-19.
Nous connaissons l’intérêt que représente le Sila pour les éditeurs. Je suis moi-même dans l’édition et le livre – je vis de cela – et je comprends fort bien l’attente des éditeurs quant au devenir du Sila cette année. En effet, étant la seule rentrée littéraire et l’unique véritable opportunité d’affaires pour ces professionnels, le Salon international du livre d’Alger demeure l’événement de l’année très attendu. La rentrée sociale n’étant qu’à quelques jours devant nous, je pense que nous aurons l’opportunité d’y revenir pour mieux étayer le sujet.
Dans le cas où le ministère de la Culture penche pour l’organisation d’un Sila virtuel, concrètement parlant comment cela va-t-il se traduire sur le terrain ?
De manière générale, lorsque l’organisation traditionnelle d’un évènement ne peut avoir lieu, comme c’est le cas en cette période épidémique, on peut penser le faire de manière virtuelle. Cette dernière consisterait en la mise en place d’une plate-forme électronique consultable par internet et intégrant l’ensemble des fonctionnalités et paramètres pouvant assurer l’exposition-vente des titres de livres, les achats en ligne, le suivi des conférences-débats, etc., comme si ça se déroulait au Palais des expositions des Pins-Maritimes. Cela du point de vue technique. Sa réalisation demanderait 30 à 40 jours environ. Mais ce procédé à ses limites dans le cas du Sila dans la mesure où la vente du livre étranger est subordonnée à la présence de ce dernier, le problème étant qu’il doit être importé et par qui ? De même pour la réexportation des invendus éventuels, le transfert des produits des ventes, la faiblesse, voire l’inexistence de l’e-commerce pour la vente… C’est un peu tous ces écueils, grosso modo, qu’il va falloir lever dans le cas d’une organisation virtuelle du Salon.

En plus des rencontres entre les lecteurs et les auteurs de livres, il est de notoriété publique que le Sila est le grand rendez-vous attendu par les éditeurs algériens, car c’est le moment où ils enregistrent leur plus grand chiffres d’affaires. Dans le cas où le Sila serait organisé d’une manière virtuelle, comment se déroulerait la vente des livres ?
Dans le cas d’un Sila virtuel, il est évident que les rencontres physiques et les échanges aux moments des signatures, que je qualifierai de magiques, entre le lecteur et son auteur, sont manifestement ce qui manquerait dans pareil cas.
En effet, le Sila est l’évènement attendu tant par les éditeurs nationaux qu’étrangers, mais également par le public. Pour les nationaux, il représente l’unique rentrée littéraire permettant de porter à un large public ses nouveautés et de manière générale, la période propice durant laquelle les éditeurs maximisent leurs ventes et donc leurs profits.
Donc dans le cas où le Sila serait organisé de manière virtuelle, la vente de livres pourrait avoir lieu, d’abord par la disponibilité des livres nationaux et étrangers au niveau de la plate-forme électronique, par leurs titres, leurs couvertures et prix publics et que le paiement électronique puisse se faire pour toute opération d’achat effectuée par un tiers et que la livraison puisse être assurée. A ces conditions doivent répondre l’ensemble des éditeurs-exposants sinon, le cas échéant, il devrait y avoir la mise en place d’une administration des ventes qui pourrait être assurée par un libraire à la condition que ce dernier réponde aux même exigences. C’est une condition sine qua non.
En plus de l’exposition-vente de livres, il y a le volet animation culturelle qu’il va falloir assurer, également, au niveau de la plate-forme et qui consiste en la possibilité d’assister à distance comme dans le cas de visioconférences. Ce volet est le plus facile à réaliser même s’il demande aussi du temps compte tenu des choix des thèmes, des validations… et des feedback des animateurs. Il s’agit en gros d’arrêter et valider un ensemble de thématiques et désigner un panel de conférenciers susceptibles d’en assurer l’animation.

Quelles sont vos attentes et vos espoirs pour cette 25e édition du Sila ?
Le Sila, de par son envergure et ses retombées positives tant à l’échelle nationale qu’à l’étranger, gagnerait à être consolidé dans ses acquis et capitalisé par ses retombées économiques.
Il est devenu au fil du temps une fenêtre de notre culture ouverte sur le monde et portée aux quatre coins du globe, notamment par la présence des exposants dont sont issus les éditeurs et auteurs étrangers invités. Mon souhait est que ce bel évènement livresque, devenu ainsi un phénomène social dans notre pays, puisse gagner davantage en succès et en professionnalisme, et ce, au grand bonheur des professionnels et du grand public, mais également de la tutelle, le ministère de la Culture, pour lesquels je rends hommage.