«L’Algérie ne peut plus asseoir son économie sur les hydrocarbures dès lors où elle s’est retrouvée piégée dans une extrême vulnérabilité, pour avoir lié son économie aux seuls dividendes tirés de l’exploitation des hydrocarbures», avertit l’analyste en économie, Mohamed Chérif Belmihoub.
Ce dernier, intervenant, hier, à la Chaîne III, observe dans ce sens qu’il devient vital que «ces dividendes ne puissent désormais plus être perçus comme des incontournables leviers de la croissance». Comme il a insisté sur le fait que ce sont notamment les pays en développement producteurs de brut, à l’exemple de l’Algérie, qui vont avoir à subir les plus forts contrecoups économiques de la pandémie du coronavirus et ce, en raison, explique-t-il, de la chute des marchés mondiaux. Toutefois, pour l’analyste, la crise sanitaire mondiale «pourrait représenter une opportunité pour des pays émergents afin de réfléchir à l’idée d’une nouvelle vision économique». Dans cette perspective l’invité de la radio juge qu’il faudra en premier lieu réformer en urgence l’administration et le système bancaire. En clair, «lever ces verrous qui n’ont eu de cesse de barrer la route aux initiatives de porteurs de projets, d’opérateurs économiques, etc.» Ajoutant : «Avec une population de 42 millions d’âmes lui permettant de disposer d’un marché viable, d’infrastructures industrielles importantes et d’un positionnement géostratégique et géopolitique avantageux, le pays dispose d’atouts considérables pour se projeter et devenir un acteur régional important.» En somme, pour cet analyste «il faudra au plus vite libérer les initiatives qui puissent booster l’économie. C’est d’autant plus impératif, qu’il est indéniable qu’à la fin de la crise sanitaire mondiale, un nouvel ordre économique va prendre place», a-t-il souligné. Et de lancer : «Il faut que le pays renoue avec la créativité. Un pas dans ce sens vient de se concrétiser et cela après que des universitaires et entreprises ont tenu à contribuer dans la lutte contre le virus en mettant en exécution des projets fort utiles en ce moment de crise sanitaire. Pour preuve, en 15 jours, le numérique s’est considérablement développé. Ce qui veut dire que le pays peut s’en sortir, il suffit seulement pour cela de libérer les initiatives.»
Interrogé sur les effets du confinement, notamment pour ce concerne l’activité du tissu économique en nette baisse, l’invité de la radio a avancé tout de go : «L’Etat doit assurer le maintien en activité des entreprises qui font face à des difficultés financières particulièrement par le départ en congé de leur personnel tout en leur assurant un salaire alors que leurs recettes sont en baisse.» Selon les prévisions de Benmihoub, le budget de l’Etat est appelé à supporter encore pour tout au moins deux mois de salaires des travailleurs des entreprises à l’arrêt, «afin d’éviter une stagflation aux conséquences dramatiques, celle de se retrouver avec des milliers de chômeurs», a-t-il suggéré. Toujours dans ce même registre, il fera remarquer que l’Etat se doit d’assurer des salaires aux travailleurs mis en congé «car sans rémunération mensuelle cela va se traduire forcement par voie de conséquence par une baisse du pouvoir d’achat des consommateurs, entraînant par ricochet des difficultés d’écoulement de marchandises dans le secteur de l’industrie agroalimentaire et ainsi des méventes dans les produits frais. C’est d’autant plus primordial à ce que les salaires soient maintenus car c’est à cette condition que les entreprises peuvent se maintenir en activité». Pour ce dernier, la machine économique du pays «a besoin d’un pouvoir d’achat de consommateurs solvables». Faisant observer dans la foulée «et quand bien même, la pandémie disparue, conduisant à une reprise des entreprises, à quoi cela servirait si le pouvoir d’achat des consommateurs se serait effondré».
Concernant la demande du patronat de différer les charges fiscales et autres charges sociales, l’invité de la radio considère que c’est une demande légitime «dans la mesure où les entreprises sont en difficultés financières. Et partant, va leur permettre de maintenir leur trésorerie à un niveau qui puisse les maintenir en activité». Il dira également que dans la situation actuelle, il serait plus judicieux que les pouvoirs publics, patronat et syndicats s’impliquent dans le partage des charges. «Aux patrons d’assurer au moins la moitié des salaires de leurs personnels, les syndicats d’accepter le retrait des indemnités, c’est-à-dire pour que ne reste que le salaire de base, et les pouvoirs de prendre le déficit financier des entreprises. De cette manière, le minima d’activité de l’outil de production peut être assuré». «Mais il faudra que les salariés comprennent que même s’ils reçoivent la moitié de leur salaire, c’est déjà pas mal», a conclu Belmihoub.<