Même si la ministre Houda Feraoune s’est défendu hier depuis le CIC, à Alger, où se tenait la conférence nationale sur la micro-entreprise et l’entrepreneuriat d’un quelconque gel par le gouvernement de la loi sur la poste et les télécommunications(lire en page 4), il n’empêche que cette décision a fait de nombreux mécontents parmi les spécialistes du secteur, notamment ceux, nombreux, qui revendiquent une réforme en mesure d’améliorer les prestations en ouvrant les portes aux opérateurs particuliers dans les services Wifi, ADSL et de fibre optique.

 

C’est le cas du professeur universitaire et analyste économique Mohamed Cherif Belmihoub, qui considère la proposition de casser le monopole étatique dans ces services comme étant la « plus importante » parmi celles contenues dans le projet de loi. « J’espère que cette disposition ne sera pas supprimée, sinon il ne servira à rien de faire une loi », a-t-il indiqué, hier, en marge de la
« Conférence sur la concurrence et son impact sur l’économie, l’entreprise et le consommateur », organisé à Alger par le Conseil national de la concurrence. Pour essayer d’expliquer l’attentisme qu’il attribue aux pouvoirs publics, M. Belmihoub fera remarquer que l’enjeu à ce niveau du changement « est colossal », car, poursuit-il, « il s’agit d’un secteur très rentable, hautement technologique. Il y a dans ce secteur une réserve de rentabilité et de rente qui fait qu’on ne va pas permettre à tout le monde d’y accéder ».
« Les évolutions technologiques dans de nombreux secteurs ont rendu les justifications du monopole caduques, ces évolutions ont impacté plus particulièrement les télécoms », dira-t-il, non sans plaider pour un retrait de l’Etat du secteur, car « l’Etat doit se consacrer à mettre en place un système régulateur pour donner de la voie à la concurrence à travers l’ouverture du réseau Internet aux tiers ». Considérant, à juste titre, qu’un opérateur comme Algérie Télécom ne pourrait demeurer seul détenteur de l’accès à Internet filaire et, en même temps, vendre du service à d’autres opérateurs concurrents, notre économiste spécialisé en TIC considère que la levée du monopole fera qu’« une grand partie des infrastructures, c’est-à-dire les réseaux, sera divisible, et l’autre partie pourra être utilisée en commun dans le cadre de la politique de la régulation ».
M Belmihoub affirmera, toutefois, que le secteur des TIC ne pourrait être divisible entre plusieurs opérateurs. « Vous ne trouverez dans aucun pays au monde plus de cinq opérateurs, et lorsque ça arrive, ceux qui sont en plus meurent rapidement ». C’est pourquoi, préconise-t-il, qu’en cas d’ouverture des services Internet filaire à de nouveaux opérateurs, c’est à la puissance publique de savoir si elle doit favoriser ou non des marchés de cette nature. « C’est là que l’on distingue la politique de la concurrence du droit de la concurrence », souligne-t-il encore. En considérant que « le véritable défi pour les autorités de régulation et de la concurrence est celui de mettre en place des dispositifs appropriés à ces nouvelles activités à forte valeur ajoutée ».
Sur sa lancée, l’expert interpelle l’assistance : « Imaginez la situation si le secteur était resté sous le monopole », faisant référence à l’ouverture aux opérateurs privés de la téléphonie mobile et des technologies  2 G, 3 G puis 4 G.
Pour répondre à cette interpellation qui a tout d’une question, il fera parler les chiffres pour mieux plaider en faveur du projet de loi sur la poste et les télécommunications qui ouvre droit aux opérateurs privés d’investir les services de l’Internet filaire. Il dira, dans ce sens, qu’en Algérie, le marché de la téléphonie mobile enregistre une croissance stable depuis 10 ans avec 48 millions d’abonnés en 2016, soit un taux de pénétration de 120%, et que ce marché est composé de trois opérateurs qui fournissent des services GSM, 3G et plus récemment des services 4G. Cette ouverture a permis de porter le nombre des abonnés Internet à 28 458 257 Algériens, contre 18 583 427 en 2015 et 10 110 938 en 2014.